Marlène Schiappa et Mounir Mahjoubi : ensemble contre le porno

Marlène Schiappa by Force Ouvrière(CC BY-NC 2.0) — Force Ouvrière, CC-BY

Marlène Schiappa et Mounir Mahjoubi tentent par tous les moyens de réguler l’accès au porno. Ou comment ils décident pour vous de la société dans laquelle vous devez vivre.

Par Phoebe Ann Moses.

Décidément, les semaines passent et se ressemblent : pas de répit pour les âneries politiques, on se croirait revenu au bon vieux temps de la présidence Hollande.

Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité homme-femme, médiatique contemptrice de la virilité, s’allie les services de l’inénarrable Mounir Mahjoubi, le très virtuel secrétaire d’État en charge du numérique et accessoirement candidat à la mairie de Paris. C’est dire si cet attelage improbable aura de la saveur.

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Leur dernier combat : « Réguler l’accès aux sites pornographiques » pour les mineurs. Comprenez : « Interdire ». Nos deux secrétaires d’État ont l’intention à la fois de remplacer les parents dans l’éducation qu’ils ont envie de donner à leurs enfants, de rééduquer les ados qui auraient eu l’idée, certes complètement inattendue, de regarder des vidéos porno, et de créer pour cela un fatras habituel de règlements complètement inadaptés.

Marlène Schiappa écrit le scénario de la rééducation

Selon Marlène Schiappa :

On ne peut pas laisser des enfants pré-pubères et des jeunes adolescents avoir comme seule représentation de la sexualité une représentation issue de la pornographie.

C’est évident, « il faut » faire quelque chose pour aller contre ce terrible penchant naturel qu’ont les ados à vouloir tout le temps regarder l’anatomie en couleur, en mouvement et en VO. C’est Marlène qui vous le dit, ce n’est pas bon.

Marlène Schiappa reprend ici le combat mené par une précédente ministre, Laurence Rossignol, qui expliquait en 2017 qu’il fallait

lutter contre l’industrie pornographique, ce qu’elle suppose d’avilissement pour celles et ceux qui y travaillent. Et il faut lutter contre l’accès des jeunes, des mineurs à l’image pornographique qui est avilissante pour l’amour, l’égalité femmes-hommes et la représentation qu’on a de ce qu’est la sexualité.

Parler d’avilissement à propos d’un travail, quel qu’il soit, est déjà révélateur : il y aurait donc des métiers nobles et d’autres qui ne le sont pas. Et puis cette manie d’associer le sexe à l’amour est pour le moins curieuse chez ces socialistes qui se disent féministes, d’esprit libre, et de plume leste.

Le fichier des vilains consommateurs de porno

Alors Marlène souhaite empêcher les petits chenapans grivois de se connecter à des sites pornos. Ce qu’elle a prévu : que les utilisateurs de ces sites communiquent leur identité pour justifier leur âge. Un bon gros fichier des pornovores en perspective.

Ce qu’elle oublie, au passage, c’est que cela va supposer que tous les utilisateurs, y compris majeurs, fassent de même. Pas sûr que l’idée de décliner son identité suscite l’enthousiasme des amateurs de vidéos pornos. Par ricochet, la fréquentation des sites en question risque aussi d’en pâtir.

Ne pouvant pas faire fermer les sites pornos, on s’attaque ainsi à leurs utilisateurs, dans le plus pur style Najat Vallaud-Belkacem qui en 2016, ne pouvant interdire la prostitution, en interdisait la consommation avec sa loi pénalisant les clients des prostituées. Encore une loi qui a eu l’effet inverse de celui escompté. Mais si on ne répétait pas les erreurs de l’histoire, on ne serait pas un bon politicien.

Enfin, rappelons que Marlène Schiappa a un peu allégé sa demande de législation : au départ, elle souhaitait un filtrage fait directement par les opérateurs. Une idée lumineuse inspirée d’un pays où les libertés sont toujours mises à l’honneur et où la justice est plus rapide que chez nous : la Chine. Déjà évoquée aussi par Laurence Rossignol, autre chantre des injustices faites aux femmes, cette idée de proposer à votre opérateur préféré d’appliquer lui-même une censure via par exemple le blocage des IP ou divers filtrages  était digne du « grand firewall de Chine ».

Mounir Mahjoubi à la technique

C’est là qu’intervient Mounir Mahjoubi, avec ses connaissances en numérique. Il sait qu’il y a un risque à confier toutes ces identités à des sites diffusant du porno. D’autant qu’avec le RGPD, ces sites eux-mêmes sont très réticents à conserver une telle base de données. Mounir a la soluce, comme l’explique FranceInfo :

« Il faut empêcher les sites pornographiques d’organiser eux-mêmes ce contrôle de l’âge. « La tentation, notamment pour les plus gros d’entre eux, c’est l’opportunité incroyable de créer une méga-base de données intermédiaire », estime-t-il, ce qui représente un risque pour les utilisateurs, dont le profil pourrait être cerné afin de les enfermer dans « une galaxie de sites ». Selon le secrétaire d’État, la mise en place d’un « tiers de confiance » limiterait ce risque, avec un système « le plus éclaté possible, sans avoir à créer [de] compte ».

Bien entendu, selon nos deux experts, le piratage de ces données est absolument impossible. Ils semblent aussi oublier qu’avec un VPN, n’importe qui peut se connecter n’importe où et contourner les lois archaïques françaises. À quoi sert-il d’avoir créé un poste « en charge du Numérique » si c’est pour pondre des réglementations obsolètes et visiblement incompatibles avec l’usage d’internet ?

On rappelle à nos deux érudits qu’il existe des filtres parentaux que, justement, les parents peuvent activer pour protéger leurs enfants. On n’est pas dans « la protection des mineurs par l’État », mais dans tout bêtement, l’éducation de ses enfants.

Un domaine sur lequel l’État aimerait tant étendre sa grande main protectrice, afin de formater les chères petites têtes à sa convenance.

L’État est-il vraiment le mieux placé pour nous éduquer ?

Quand on voit les résultats de l’Éducation nationale, la pénurie de médicaments dans un système de santé étatisé, l’état des routes supposées être entretenues par l’État, les consignes nutritionnelles recommandées par l’État, c’est sûr : on n’a pas envie que Marlène et Mounir s’occupent d’éduquer nos gamins.

Et si l’État s’occupait de ce qui le regarde et nous fichait la paix ? Ce qui appartient à notre vie privée doit rester privé. Le porno ne fait de mal à personne et les ados ont une famille avant d’avoir un État-nounou.

Le prétexte est « de mieux protéger les mineurs ». La semaine dernière, il fallait aussi « mieux protéger les femmes ». Et puis avant, « mieux protéger les animaux ». « Mieux protéger les minorités ». On se demande vraiment qui, des supposées victimes ou de leur protecteur, ne voit la société qu’au travers du prisme d’inégalités contre lesquelles il faut lutter.

Vous n’aimez pas le porno, n’en regardez pas. Et n’en privez pas les autres.

« You have to be able to tolerate what you don’t necessarily like so you can be free. » Larry Flynt