700 millions d’excédent pour la Sécu ? Rendez-nous l’argent !

ice cream by Jennifer(CC BY-NC-ND 2.0) — Jennifer, CC-BY

Un excédent budgétaire pour la Sécu ? Ne nous réjouissons pas trop vite…

Par Phoebe Ann Moses.

C’est le scoop de la semaine : la Sécu « est repassée dans le vert » pour Les Échos, « La Sécu enfin dans le vert » titre Le Monde, « Le budget en excédent en 2019 » selon Le Point.

Tout va très bien madame la Marquise !

Ces affirmations optimistes vont dans le même sens que la joie affichée par Marisol Touraine en 2016 :

« La droite avait multiplié les franchises et creusé le déficit. Nous aurons sauvé la Sécu. »

En somme, tous les deux ans, on nous ressort le sauvetage de la Sécu et les Français sont priés de se satisfaire du trésor nouvellement déterré. Ou plutôt du trésor « estimé » puisque ce ne sont là que des prévisions pour 2019.

En regardant d’un peu plus près, on comprend que la dette de la Sécu existe toujours bel et bien. 23 milliards encore, tout de même. Mais un petit tour de passe-passe comptable « transfère » 15 milliards du trou de la Sécu à un autre organisme, la CADES, qui est chargée de résorber la dette.

Comme le sous-titre du Point l’indique :

« Une partie des déficits accumulés par la Sécurité sociale vont à nouveau être transférés à la Caisse d’amortissement de la dette sociale. »

La CADES éponge la dette de la Sécu depuis plus de 20 ans.

Mais que faire de cet excédent ?

Si vous vous réjouissiez de cet « équilibre budgétaire » enfin retrouvé, vous risquez d’être déçus. Gérald Darmanin, par exemple, a déjà invité à

« imaginer ce qu’on peut faire de cet argent en plus, à la fin des fins ».

Agnès Buzyn a quant à elle expliqué :

« Ce rétablissement des comptes, c’est ce qui nous permet d’être en capacité d’agir et d’être ambitieux ».

Imaginer des trucs et être ambitieux avec l’argent des autres, c’est ce que les politiciens savent faire de mieux…

Avec ces 700 petits millions, l’État compte agir en faveur des Ehpad, instaurer le « zéro reste à charge« , lutter contre la pauvreté, revaloriser le minimum vieillesse, corriger la hausse de la CSG pour les retraités. On peut parier que les 700 millions se transformeront au fil des distributions en poignées de centimes pour quelques-uns.

Et d’ici que les prévisions d' »excédent budgétaire » aient été estimées un peu trop  favorablement –comme cela se fait systématiquement pour les prévisions de la croissance–, on peut faire le dos rond en attendant la prochaine débâcle.

De plus, la nouvelle Loi de finance 2018-2022 a d’ores et déjà planifié ce qu’il adviendrait de tout bénéfice de la Sécu : il devra être réinjecté dans le budget général de l’État. Une curiosité comptable… L’État qui ne sait décidément pas se restreindre, a senti l’odeur d’argent frais et s’est arrangé avec une loi pour pouvoir se servir le premier.

Bizarre : quand mon assureur privé constate un trop-perçu, il me rembourse, lui…