Remboursements à 100% : la promesse floue d’Emmanuel Macron

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait promis le remboursement à 100% pour les lunettes, les prothèses dentaires et les audioprothèses. Une  promesse floue, irresponsable et inutile.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Carte vitale by François et...(CC BY-NC 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Remboursements à 100% : la promesse floue d’Emmanuel Macron

Publié le 28 août 2017
- A +

Richard  Guédon.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui renoncent encore à des soins essentiels en raison des frais qui restent à leur charge… s’agissant des lunettes, des prothèses dentaires et de l’audition, je fixe l’objectif de 100 % de prise en charge d’ici à 2022.

Mais quelle mouche populiste a donc piqué Emmanuel Macron pour qu’il se laisse aller à une telle promesse pendant la campagne électorale ? Ou comme aurait dit Molière « Qu’allait-il donc faire dans cette galère ? ». C’est aussi ce que doit se demander Mme Buzyn, ministre de la Santé, qui souque pour faire avancer la galère dans laquelle le Président l’a mise à sa place.

Une promesse floue, irresponsable et inutile

Cette promesse est floue, car personne n’est capable de déterminer la nature de ce que M Macron veut rembourser à 100 %.

Prenons l’exemple des montures de lunettes. Sur le site de la Sécu Ameli.fr, la prise en charge par la Sécu est ainsi libellée :

La monture de lunettes est remboursée à 60 % sur la base d’un tarif fixé à 2,84 euros.

Soit aujourd’hui un remboursement de 1,70 euro. S’il parle du remboursement par la Sécurité sociale, la promesse de M. Macron signifie qu’il augmente de 60 % à 100 %  le remboursement des montures de lunettes et donc qu’au lieu de 1,70 euro, vous serez remboursé de 2,84 euros.

Dans ce cas la promesse de M. Macron fera augmenter votre remboursement de 1,14 euros, ce qui, admettons-le, ne mérite pas qu’on déplace une foule en meeting pour le lui annoncer les bras en croix.

En revanche, si la promesse de prise en charge à 100 % signifie que, dorénavant, au lieu de 1,70 euro, la Sécu va vous rembourser aux frais réels, c’est-à-dire à 100 % du prix d’achat de vos montures, alors vous allez tous vous précipiter chez votre opticien pour lui acheter des montures griffées de luxe incrustées de diamants.

Concernant les prothèses dentaires, la promesse est tout aussi floue : quand M. Macron nous dit que les prothèses dentaires seront remboursées à 100 %, on peut se demander s’il inclut, par exemple, les implants, qui ne sont actuellement remboursés ni par la Sécu, ni par les complémentaires ? Car, en bon Français, un implant dentaire correspond exactement à la définition d’une prothèse. Ce serait  une bonne nouvelle, mais où va-t-il trouver un argent qu’il n’a pas ?

Qui va rembourser ?

Cette promesse est irresponsable car il ne nous dit pas qui va rembourser à 100 %. S’il parle de la Sécu, alors il lui faudra, à périmètre actuel, trouver 4,5 milliards d’euros, ce qui est, en effet, irresponsable.

S’il parle des complémentaires, qui sont des organismes privés, leur argent n’est pas public mais appartient à chaque communauté d’assurés qui versent leurs cotisations pour être remboursés. Le chef de l’État est l’ultime garant de la protection de la propriété privée et il est irresponsable de faire croire qu’il va pouvoir disposer librement de cet argent.

Le renoncement aux soins qui fait pschitt !

Cette promesse est inutile pour les soins optiques et dentaires. M. Macron affirme que les gens qui renoncent aux soins optiques et dentaires pour des raisons financières sont  nombreux. Cela a tout l’air d’une évidence, reprise en boucle par la quasi-totalité des médias, et pourtant, en regardant d’un peu plus près, on s’aperçoit que ce renoncement fait pschitt.

En dentaire, les enquêtes faites au niveau européen montrent que 9 % des Français déclarent renoncer à des soins dentaires, pour 8 % en Europe en moyenne. Parmi ces 9 %, la moitié déclare ne pas aller chez le dentiste par peur (eh oui !). Au final ce sont donc seulement 4,5 % des gens qui renoncent aux soins dentaires pour raisons financières. On sait par ailleurs que les Français sont couverts par une complémentaire santé à 96 %, ce qui est cohérent avec ce chiffre.

Quand, dans un pays, plus de 96 % soit la quasi-totalité des gens peuvent se faire soigner les dents, on se moque du monde en montant en épingle les 4 % restants qui, de plus, s’ils sont démunis, ont droit à la CMU, c’est-à-dire à l’assurance maladie et à la complémentaire gratuites.

Quant au reste à charge de cette immense majorité, est-ce vraiment un scandale, quand on en a les moyens, d’avoir à participer au financement de ses propres soins ?

En optique, la signification des enquêtes sur les renoncements aux soins est d’autant plus obscure qu’une paire de lunettes contient 2 éléments de nature économiques très différentes : des verres, qui sont des prothèses de nature médicale, qu’on ne choisit pas, et des montures qui, outre qu’elles font tenir les verres sur le nez, sont des éléments de personnalisation esthétiques du visage, qu’on choisit comme un bijou.

En pratique, sauf en cas de défauts visuels très particuliers, il est toujours possible de trouver une paire de lunettes correspondant à son budget. On peut en effet mettre les très nombreux magasins d’optique en concurrence, on peut acheter moins cher sur internet. On peut aussi utiliser les plateformes mises en place par les complémentaires (Sévéane, Santéclair, Carte blanche…) qui analysent les devis des opticiens et donnent des adresses d’opticiens partenaires.

Pour les prothèses auditives, l’État est responsable à 100 %

Concernant l’audio prothèse, il y a en effet un problème, puisqu’en moyenne le reste à charge après pose d’un appareil auditif est de 1100 euros par oreille. C’est l’État et lui seul qui en est responsable à 100 % en organisant pénurie et monopole : pénurie d’audioprothésistes en raison d’un numerus clausus serré, monopole des audioprothésistes sur la vente des prothèses auditives.

Chirurgiens-dentistes et complémentaires sommés de mettre la main à la poche ?

La façon dont Mme Buzyn s’y prend pour mettre en œuvre la promesse de son patron n’est pas rassurante. Car elle, pardonnez-moi l’expression, fait la manche auprès des chirurgiens-dentistes et des complémentaires santé en leur demandant de mettre la main à la poche pour améliorer la prise en charge.

Demande-t-elle aux énarques et aux cadres de la Sécu de mettre la main à la poche parce qu’ils ont creusé un déficit historique ?

Elle a aussi déclaré qu’elle allait « mettre les complémentaires santé en concurrence pour améliorer la transparence ». Mais les complémentaires n’ont pas attendu que Mme Buzyn sorte de sa tour d’ivoire hospitalière pour se livrer une concurrence acharnée. D’autant que de nombreux sites indépendants permettent à cette concurrence de s’exercer en toute transparence en proposant la comparaison des contrats.

Si Mme Buzyn croit aux vertus de la concurrence, qu’elle mette en concurrence les caisses de Sécurité sociale dont le fonctionnement est opaque et le déficit abyssal.

Quelques conseils pratiques

Pour terminer, voici 3 conseils pratiques que l’on se permettra de donner à Mme Buzyn pour sortir de sa galère :

  • En matière de lunettes, de prothèses dentaires et d’audioprothèses, les complémentaires remboursent plus et mieux que la Sécu. Sortez donc la Sécu du système et confiez le remboursement aux complémentaires dès le premier euro.
  • Laissez les complémentaires travailler librement et les restes à charge s’amélioreront. Elles ont déjà beaucoup investi dans ces 3 domaines en créant des plateformes de conseils et des réseaux de professionnels. Facilitez-leur la vie en permettant, par exemple, qu’elles puissent accéder aux informations nécessaires à leur travail.
  • Desserrez le numerus clausus des audioprothésistes et mettez fin aux monopoles générateurs de rentes.

Au lieu de mobiliser à grands frais élus ministres et fonctionnaires pour mettre en œuvre des promesses populistes, il faut les laisser s’occuper enfin des vrais sujets : la libéralisation de la gestion des hôpitaux publics, le libre choix par chacun de sa caisse de Sécurité sociale, l’encouragement de l’innovation par la liberté donnée aux acteurs, le développement réel de la prévention par des mesures d’incitation, et bien d’autres…

Voir les commentaires (7)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (7)
  • Le cas des prothèses auditives est le plus révoltant.
    Il devrait s’agir moins de les rembourser à 100% (en prélevant plus à tout le monde évidemment) que de laisser spontanément s’établir le vrai coût des dites prothèses qui n’a aucune raison valable d’atteindre 4000€ la paire.
    En effet, le contenu matériel et logiciel d’une prothèse auditive est ridicule en comparaison de celui d’un smartphone qui ne coûte que 200€. Et une bonne partie du magot va aux officines d’audioprothésistes protégées par leur monopole du droit de réglage des appareils alors qu’un logiciel bien conçu saurait le faire au moins aussi bien sur PC ou smartphone à la maison.
    Il en va de même pour les logiciels intégrés de traitement du signal acoustique qui, conçus dans un environnement « open source », seraient rapidement plus performants.
    On peut dire que l’intrusion des pouvoirs publics et leur connivence avec les industriels dominants du secteur contribue à entretenir des solutions médiocres et hors de prix privant de soins la grande majorité des sourds et malentendants.

    • « En effet, le contenu matériel et logiciel d’une prothèse auditive est ridicule en comparaison de celui d’un smartphone qui ne coûte que 200€. Et une bonne partie du magot va aux officines d’audioprothésistes protégées par leur monopole du droit de réglage des appareils alors qu’un logiciel bien conçu saurait le faire au moins aussi bien sur PC ou smartphone à la maison.
      Il en va de même pour les logiciels intégrés de traitement du signal acoustique qui, conçus dans un environnement « open source », seraient rapidement plus performants. »

      Bien vu tout ça !

      « Il devrait s’agir moins de les rembourser à 100% (en prélevant plus à tout le monde évidemment)… »

      Par contre là y’ à dire car le trou de la Sécu n’ est que fictif.
      D’ ailleurs ce fameux « trou » (avec rien autour aurait ajouté R. Devos) n’ est pas de notre fait mais de tous les ayants-droits qui ne devraient pas y avoir droit !

  • Intéressante, la notion de « mettre en concurrence les mutuelles ». Surtout si on la met en relation avec la volonté du gouvernement précédent d’imposer des mutuelles de branche (après avoir généralisé la mutuelle d’entreprise… on a vu mieux pour promouvoir la concurrence).
    Dans tous les cas, si ça pouvait mettre un coup d’arrêt aux projets de Marisol en connivence avec sa clique de syndicats ça ne serait pas un mal.

  • Il aurait promis la lune y auriez vous cru ?
    Une promesse politique n’est qu’un but à atteindre…si on en a les moyens..avec 2000 milliards de dettes la seule promesse qui pourrait se réaliser est l’augmentation des taxes et prélèvements divers…ça fait moins rêver un joueur impénitent du loto ,mais Macron aurait pu tenter la chose pour se faire elire si il était différent des autres mais , son élection étant gagnée d’avance la facilité l’a emporté.

  • Pour l’optique, la question des réseaux de soin est épineuse. En effet, les opticiens ayant été sélectionnés suite à l’appel d’offre, va sélectionner les produits lui rapportant le plus d’argent. Au contraire, une personne n’ayant pas de mutuelle se verra proposer le meilleur rapport qualité prix. Les mutuelles sont inflationnistes concernant l’optique, mais en en ayant fait son produit d’appel pendant des années puis en l’accusant de tous les maux, sont les seules gagnantes. L’opticien passe plus de temps à gérer de la paperasse avec le 1/3 payant, le client repart avec un produit correspondant à sa mutuelle mais pas forcément ses souhaits (du moment qu’il ne paye pas, l’assure français s’en fout), et l’assureur encaissé des bénéfices records.

  • bon article mais vous voyez les complémentaires comme des saints… j’adore le  » l’argent des complémentaires appartient à leur cotisants » c’est comme de dire que l’argent que vous avez en banque vous appartient, c’est n’importe quoi.
    les réseaux de soins une solution ? je vous rappelle que le premier et le plus abouti des réseaux de soins c’est la secu française, tout y est : conventions, nombre de praticien limité via le numérus clausus, évaluation ridicule du coût des soins, remboursement misérables… vous croyez vraiment que les assureurs feront mieux, alors que les mutuelles viennent d’être rendues obligatoires??
    Il faudrait surtout rendre leur liberté aux patients, liberté de choisir une mutuelle et une sécu comme bon leur semble et même de pas en avoir si ils veulent, liberté de choisir un praticien (ce que ne permettent pas les réseaux de soins qui commencent à faire du remboursement différencié), et rendre leur liberté au soignants également

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
sécurité sociale
2
Sauvegarder cet article

Récemment, la Cour des comptes a refusé de certifier les comptes de la Sécurité sociale pour des raisons de fiabilité sur le montant de son déficit. Entre autres : un désaccord de près de 10 milliards d'euros sur le déficit du régime général entre 2020 et 2021… mais aussi des erreurs importantes sur le versement des prestations de retraite.

Cela n’aura échappé à personne : en plus d’être une gabegie financière, la Sécurité sociale souffre d’un cruel manque de transparence. Aujourd’hui, le niveau d’étatisation est tel que la France occu... Poursuivre la lecture

C’était une catastrophe annoncée. Le système sanitaire français s’effondre par pans entiers.

L’ensemble des secteurs sont concernés. La ville, la campagne, la médecine prétendument libérale, la médecine hospitalière publique ou privée, les EHPAD, etc.

Ce qui focalise l’attention des médias en ce moment est la fermetures des services d’urgences hospitaliers.

Malgré l’hospitalocentrisme qui a guidé la politique de santé française depuis des décennies, le secteur hospitalier français public est en grande difficulté. Le secte... Poursuivre la lecture

Dans cette première partie d'une série de trois articles, nous allons rappeler les faits.

Une épidémie peu grave

Dans le contexte d’affolement que nous vivons il est indispensable de le rappeler.

Quand est apparu SARS-coV2, nouveau virus qui a donné la Covid-19, l’inquiétude était très forte. L’épidémie s’est vite révélée moins grave qu’on ne le craignait. Depuis, les épidémies suivantes dues à des variants différents ont été de moins en moins graves. L’épidémie à Omicron est moins grave que celle au variant indien, elle-même mo... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles