Vers une 2ème journée de… solidarité ?

Old people sign by Richard Riley(CC BY 2.0)

La « solidarité » est un concept bien commode pour introduire un nouvel impôt.

Par Phoebe Ann Moses.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a évoqué la possibilité d’instaurer une deuxième journée de solidarité pour la prise en charge des personnes âgées dépendantes. Un deuxième « lundi de Pentecôte », en somme, supposé apporter financièrement de quoi répondre à un problème qui semble se poser de façon continuellement inattendue : le vieillissement de la population et son lot d’invalidités diverses entraînant la dépendance.

Du financement à foison

Nous payons déjà des cotisations sociales faramineuses, pour une Sécurité sociale qui prend de moins en moins en charge (sans pour autant que baissent les cotisations).

Ce système de solidarité que le monde nous envie ne suffisant pas à absorber nos dépenses vieillesse, la CSG avait été augmentée a plusieurs reprises.

Et comme si cela ne suffisait pas, les maisons de retraite proposent souvent des tarifs exorbitants. Malgré cela, le personnel de ces Ehpad fait ces temps-ci la Une des journaux pour expliquer à quel point les conditions de travail se sont dégradées. Ils ont de moins en moins le temps de s’occuper convenablement des patients et sont à la limite de la maltraitance.

C’est à se demander où sont passés tous les financements pléthoriques destinés à ces établissements. Des sous, il y en a à foison, sortant de notre poche. Mais il semblerait que ce ne soit pas suffisant. Se perdraient-ils en route, au milieu de cet enchevêtrement médico-administratif plutôt gourmand, quand on fait le compte du personnel administratif de certains établissements ?

C’est pourquoi on va de nouveau faire appel à votre sens de la solidarité.

La journée de « solidarité »

En 2004 on nous a vendu la « journée de solidarité », qui devait permettre de financer la dépendance. Les sommes dégagées, bien qu’importantes, ne suffisent pas. 30 milliards tout de même, en 14 ans.

14 ans plus tard, il est question d’une 2ème journée de solidarité. C’est à croire que les politiques n’ont pas été capables de faire des projections en observant une pyramide des âges.

D’après Le Figaro, Agnès Buzyn évoque plusieurs pistes pour financer la dépendance, outre la journée de solidarité :

Les pistes, ce sont évidemment les assurances privées.

Résumons : nous payons pour une Sécurité sociale défaillante et endettée, nous payons par le biais de la journée de solidarité et cela ne suffisant pas, nous allons payer une autre journée de solidarité, ou éventuellement, « des assurances privées ». Soit une nouvelle couche de ponction fiscale, annoncée sans ciller, pour une cause certes louable, mais prévisible et mal anticipée et pour laquelle nous payons déjà.

Cela peut durer indéfiniment : on fait patienter les Français en les faisant payer régulièrement un peu plus, tout en leur laissant croire que c’est pour leur bien ou celui de leurs aînés. La situation se répète, et se répètera parce que l’argent récolté se diffuse dans les méandres administratifs avant d’arriver jusqu’à sa destination. Il n’y en aura jamais assez.

Financer soi-même ce dont on a besoin, toute sa vie

Et si on posait le problème en des termes plus simples ? Tout d’abord, avant de parler comme d’habitude d’un manque de moyens, encore faudrait-il se poser la question de la manière dont ces moyens sont utilisés, quelle efficacité est attendue en termes de rapport qualité/prix : il n’y  a vraiment qu’en France dans le domaine de la santé, que l’on distribue l’argent sans compter et sans contrepartie. Le minimum dans ce domaine comme dans les autres est d’en avoir pour son argent.

Le compte n’y est pas, et pourtant les Français continuent à payer sans trop rechigner. Une nouvelle fois l’Etat a voulu s’occuper d’un domaine qu’il gère comme à son habitude : mal. La région et les ARS sont supposées veiller au bon fonctionnement des Ehpad, ce qui n’est visiblement pas le cas.

L’État devrait se désengager mais pour cela il faudrait qu’il laisse apparaître le coût réel de la santé. Ce qui, politiquement, est à l’opposé de ce qu’ont décidé tous les gouvernements depuis 40 ans. Et surtout, ce qui, politiquement, ne permet pas d’obtenir des bulletins de vote.

On continuera donc à ponctionner une partie de la population pour le bénéfice d’une autre, le tout avec l’assentiment de celle qui vote et de celle qui reçoit, et qui correspond de moins en moins à celle qui travaille et qui cotise.