Édouard Philippe sur France 2 : le futur n’est guère rassurant

Il n’y a pas de quoi se réjouir de la prestation d’Édouard Philippe.

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Edouard Philippe by thierry ehrmann (CC BY 2.0)

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Édouard Philippe sur France 2 : le futur n’est guère rassurant

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 1 octobre 2018
- A +

Par Philippe Bilger.

Je voudrais revenir sur L’Émission politique (France 2), qui avait invité le 27 septembre le Premier ministre, afin d’examiner les raisons pour lesquelles il m’a semblé moins à l’aise que d’habitude. Sa décontraction et sa sérénité m’apparurent crispées et agacées. Non seulement à cause d’interruptions intempestives, mais parce que sa cause était difficile.

Sa prestation a été honorable cependant et les sondages de la fin ont été loin d’être catastrophiques pour lui. Même si un léger frémissement avait, pour l’opposition, suscité de l’optimisme chez LR.

Mais on ne pouvait qu’être frappé, au cours de toutes les séquences qui l’ont opposé à d’autres qu’aux journalistes — hôpital, maire, retraitée — puis à Laurent Wauquiez, par le malaise qui l’habitait et qui tenait tout simplement, sur les sujets concernés et dans ce dialogue vigoureux, à l’impossibilité de justifier l’injustifiable.

L’impasse de la réalité

Sa rhétorique était en effet désarmée face au constat noir qui lui était, sans fard mais sans grossièreté, présenté. Le prenant de plein fouet, il en était réduit à admettre qu’il ne l’ignorait pas mais de la sorte, une fois qu’il avait rendu hommage à l’utilité du débat, il n’avait plus de quoi argumenter, se trouvant sec puisque précisément sa besace était vide confrontée au trop-plein de récriminations si réelles.

Avec vaillance il s’efforçait de produire des données chiffrées pour tenter de prouver que l’intolérable, la pénurie, la diminution des moyens et des crédits étaient non seulement douloureux et qu’il compatissait mais qu’ils étaient nécessaires. Et sur ce plan, c’était peine perdue.

Face au peu encore diminué d’une retraitée, à l’appauvrissement des services hospitaliers et aux mairies qui se plaignaient des privations qu’on leur imposait, l’objectivité des calculs n’était d’aucun secours et au contraire paraissait aggraver le hiatus entre le Premier ministre et les citoyens.

Il n’y pouvait rien. Il payait la rançon d’un pouvoir qui s’était mis dans une impasse. Accomplir des actions dont l’explication — le grand mot d’Édouard Philippe — était socialement et politiquement inconcevable. Le Premier ministre semblait lui-même marri de ne pouvoir offrir rien d’autre qu’une écoute navrée et de bonne volonté.

À la recherche de la vérité politique

Avec Laurent Wauquiez, nous avons été les témoins d’une tactique élaborée avec soin et qui consistait à placer son contradicteur dans un étau qui était à nouveau celui d’un pouvoir si conscient de ses faiblesses qu’il en devenait presque touchant.

Ceux qui, par idéologie ou détestation personnelle, avaient d’emblée consacré le vainqueur, qui serait naturellement Édouard Philippe, s’en sont retrouvés Gros-Jean comme devant. Les deux ne s’appréciant pas, on a eu droit à un authentique duel caractérisé en particulier par deux formules chocs : « Vous avez un problème avec la vérité », a accusé Édouard Philippe qui s’est vu vertement rétorquer « Et vous, vous avez un problème avec la réalité » ! Cette saillie, à mon sens, s’est révélée gagnante.

Sur l’immigration et très peu sur l’Europe — il ne restait pas suffisamment de temps — Laurent Wauquiez a déroulé une série d’affirmations et de prévisions qui n’étaient pas d’ailleurs battues en brèche par le Premier ministre. Les deux orateurs semblaient peu ou prou s’accorder sur la menace, son ampleur et le défi qu’elle représentait pour un pouvoir responsable et efficace.

Édouard Philippe s’est laissé piéger puisque, à chaque fois que Laurent Wauquiez  le questionnait sur ses intentions, il se contentait de lui demander ce que lui il ferait. On avait l’impression que Wauquiez était celui qui détenait le pouvoir et que le Premier ministre, incertain, mal à l’aise, lui demandait des conseils. Comme Édouard Philippe se montrait incapable de proposer des réformes et des rigueurs opératoires, il manifestait son impuissance et, dans le meilleur des cas, on était fondé à ne lui reconnaître que le mérite de savoir théoriser avec talent mais avec contrition ses impuissances.

Il n’y a pas de quoi se réjouir de cette prestation d’Édouard Philippe. Qu’on soit pour ou contre lui. Car elle a trop démontré que la France est accablée par des problèmes d’une gravité extrême et que la solution demeure pour le moins virtuelle. On admet le diagnostic mais on est perdu pour le remède.

Un futur guère rassurant.

https://www.france.tv/france-2/l-emission-politique/l-emission-politique-saison-3/722837-episode-du-jeudi-27-septembre-2018.html

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  • La prestation d’Édouard Philippe… « l’impossibilité de justifier l’injustifiable… »
    L’augmentation des prélèvements Étatiques et la baisse généralisée du pouvoir d’achat sont une évidence principalement dans la classe moyenne.
    Cette situation générant une baisse de la consommation va être une cause de régression économique et de chômage en hausse.
    C’est également dans ce contexte qu’il faudra gérer les effets d’une politique laxiste concernant l’immigration illégale…

    • Si vous permettez , la baisse généralisée du pouvoir d’achat ne sont pas qu’une évidence principalement dans la classe moyenne . Les plus faibles revenus – même ceux qui ne paient pas d’impôts – sont eux aussi impactés de par la multiplication et l’augmentation  » irréelle  » des taxes .

    • Macron continue la politique fiscale qu’il avait déjà conseillé à Hollande: augmentation dingue des prélèvements! Ce qui évidemment occasionne une baisse du pouvoir d’achat et donc de la consommation, engendrant celle de la production. Ce qui provoque automatiquement chômage et régression de l’économie. Mais comme il est nul en économie, comme tous les énarques qui ont ruiné la France depuis 40 ans, il fait la même bêtise que ses prédécesseurs.

    • @ Duglandin
      Je crois que plus personne n’ignore où la France a fait, fait et fera des erreurs de gestion depuis longtemps!
      De ce côté-là, ça ne bouge pas beaucoup.
      Par contre, attaquer son pays de ne pas avoir une politique adéquate concernant des immigrés illégaux pourtant sur le territoire national, c’est comique! Comment recense-t-on des immigrés clandestins dans un pays comme la France? Je n’en ai pas la moindre idée! Les solutions que j’ai vu essayées sont assez coûteuses en plus du rapatriement avion!
      Sans compter que sans bouc émissaire, la France se devra bien d’accepter sa responsabilité de son état actuel: un immigré « sans papier » coûte moins cher qu’un chômeur à Pôle-Emploi!

      • des erreurs de gestion Cela c’est le passé. On est maintenant dans l’horreur de gestion.

      • Alors, la présence en France d’immigrés illégaux vous semble comique…
        Pour une majorité de français, la situation est moins plaisante voir préoccupante car, dans nos villes, elle est source de désagréments, d’insécurités, de couts induits concernant l’ hébergements, la santé et, également, d’intégration impossible à réaliser de par le manque de formation adéquate des intéressés; tout ceci, dans un contexte de crise économique qui ne fait qu’empirer…

  •  » vous avez un problème avec la réalité »….de toute façon , tout les politiques ont un problème avec la réalité , raison pour laquelle ils font souvent n’importe quoi ; nous , la réalité , on se la prend en pleine poire justement à cause de ses gens là ;

    • Ils ont aussi un problème avec la démocratie. Quand le peuple est majoritairement hostile au 80 km/h et que EP s’entête quand même, faisant fi de la promesse de campagne de Macron (de ne pas toucher à la lilite de vitesse), quand depuis des années, une des préoccupations majeures de la population est l’immigration et que le gouvernement se contente d’emmerder l’Aquarius, se trompant totalement de cible, quand le politique, fort en gueule contre la technocratie, dans l’opposition, finit par se coucher devant sa propre administration, une fois élu, et oublie systematiquement son programme, commment s’etonner de leurs echecs ?
      Pourquoi s’étonner que les partis populistes soient plébiscités ?

  • Mais qu’attendre d’un gouvernement d’arrivistes de droite comme de gauche qui ont tourné leur veste par opportunisme convaincu ?

    • La droite et la gauche « de gouvernement » (sous entendu, les autres n’ont pas le droit de gouverner) servent les mêmes maîtres

  • une seule solution … aux prochaines élections , les remplacer par d’autres .. au chômage et aux suivant .une bonne branler électorale….

    • remplacer des incompétents par d’autres incompétents …..même si une branlée électorale est justifiée et me ferait plaisir.

  • « Sa prestation a été honorable cependant et les sondages de la fin ont été loin d’être catastrophiques pour lui ».
    Tout est dit !
    C’est le syndrome de Stockolm.

  • Enfin un admirateur de Wauquiez. Je me demandais si on allait en trouver un un jour …
    Pour le reste, c est sur qu il est plus facile d etre dans l opposition qu au pouvoir. On peut ainsi promettre de raser gratis demain (vrai pour Wauquiez comme Melanchon ou Le Pen)

    Sur le fond, la situation actuelle est surtout le resultat de la gabegie des 30 dernieres annees. Si on a 100 % du PIB de dettes, une industrie en declin et un deficit commercial massif et recurent sans parler d un choamge massif, c est pas a cause des decisions faites depuis 1 an. On peut certes imputer une partie du passif au premier ministre car il etait LR et soutenait des presidents incompetants comme Sarkozy et Chirac. Mais Wauquiez c est encore pire vu qu il etait deja un membre important de l UMP …

    • Wauquiez est énarque. Au cas où il gagnerait le gros lot, il n’y aurait aucune différence avec Macron, Philippe et tutti quanti, mis à part un petit accent buissonnien sans conséquence sur la marche du pays. Le vrai patron serait toujours la technostructure.

    • le problème ne se situe plus ni a gauche , ni a droite du moins avec ceux connus, car ce sont les mêmes brèles avec les mêmes tares et les mêmes défauts, mais de trouver une personne a poigne, qui se fiche d’être réélu mais oeuvre pour la France et pour les Français; et la , la chose n’est pas gagnée.pour l’instant les « ânes ne peuvent qu’enfanter des ânes (ENA) imcompétants et n’ayant aucune notion d’efficacité et de rentabilité !

    • Wauquiez… Il n’y avait qu’à le voir faire de plates excuses à Sarko, aorès sa petite « fuite », pour comprendre combien la continuité est inéluctable au sein de la parasitocratie, y compris lorsqu’elle se prétend de droite.

    • @ cdg
      « surtout le resultat de la gabegie des 30 dernieres annees »
      À mon avis, c’est depuis bien plus longtemps que ça!

    • Merci de faire remonter le désastre à son réel départ : 1981 : 37 ans.

      Certes depuis très peu d’esquisse de redressement mais le départ était bien là…
      (Et si l’on veut parler des cause de 1968 : début de la grande décadence dont la « révolutionnette » de Paris-Descartes récente en a été un avatar)

  • Ils ont raison tous les deux. La réalité c’est qu l’Etat nous fait tous mes mois les poches et…..ça c’est la vérité.

  • Il était manifestement mal à l’aise, soit le siège fourni par la chaine était très inconfortable, soit il souffrait de constipation, soit une vermifugation sévère était urgente….
    Mais, qu’avait il à se tortiller comme ça?
    La mauvaise conscience, peut être?

    • sa conscience et sa probité ont émigré au fond de son rectum, à force de nager dans la mer*e à la longue ça gêne un peu…

  • Une réforme profonde de l’état est la seule solution à nos problèmes.

  • si AREVA est condamné par là justice ,la dirigeante d’alors , est -elle responsable Pénalement et financièrement ?? et son ministère de tutelle et des finances ,responsables ?…coupable , mais pas responsable !!! comme d’hab !.. les dindons ce sera encore nous !!

  • ce qui m’a fait tiquer, c’est l’annonce de la suppression de 44000 postes de ponctionaires. macron avait bien promis 120000, non ❓

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édouard philippe
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