Bruno Julliard trouvera-t-il un emploi en traversant la rue ?

Pour Christophe Girard, Bruno Julliard démissionne pour plaire à Macron et décrocher un poste. Un grosse prise de risque pour cet apparatchik qui n’a jamais vraiment travaillé en dehors des arrangements politiciens socialistes.

Par Frédéric Mas.

Bruno Julliard a annoncé lundi qu’il quittait ses fonctions de premier adjoint auprès de Anne Hidalgo. Lors de plusieurs entretiens livrés à la presse, il évoque de vifs désaccords avec la maire de Paris, qu’il devait assister en tant que directeur de campagne dans le cadre des municipales de 2020.

La démission de Julliard est davantage qu’une anecdote : elle témoigne de l’accélération de la compétition pour la mairie de Paris et de la contestation de l’ancien monde socialiste qui l’occupe depuis l’élection de Bertrand Delanoë en 2001.

La compétition s’accélère

Après la domination sans partage des socialistes à Paris, la déroute du Parti au lendemain de l’élection présidentielle n’en finit pas d’éroder la légitimité des baronnies politiques locales. Anne Hidalgo en fait les frais, et après avoir été la coqueluche des médias et des politiques pendant un temps — on se souvient de sa montée triomphale des marches au festival de Cannes, aux côtés de… Bruno Julliard — la voici devenue cible de toutes les critiques.

Plus inquiétant, ce sont les Parisiens eux-mêmes qui s’agacent d’une ville sale, à la gestion chaotique (les épisodes velib et autolib), et dont les mesures anti-voitures ont abouti à multiplier les embouteillages et la pollution, le tout sur fond d’explosion de la dette municipale à 6 milliards d’euros.

Un récent sondage plaçait les différents candidats socialiste, macroniste et de droite au coude-à-coude, ce qui ne peut à la fois qu’augmenter la pression sur la vieille garde socialiste et multiplier les coups tordus de la part des concurrents. Selon Christophe Girard, qui succède à Bruno Julliard comme maire-adjoint à la Culture, celui-ci chercherait par sa démission à plaire au gouvernement. L’ex-adjoint d’Anne Hidalgo serait-il en train de faire de l’oeil à LREM pour affaiblir les socialistes en échange d’un poste au gouvernement ?

Un apparatchik sans avenir au PS

Le CV de Bruno Julliard l’incite à changer de carrière : en cas de défaite, il y a fort à craindre qu’il passe par la case Pôle emploi pendant un certain temps, sans possibilité de se recaser ailleurs. Comme Anne Hidalgo, Bruno Julliard est un apparatchik du parti socialiste. Il ne doit son ascension qu’à l’appareil politique qui était déjà celui de ses parents ; celui qu’il a fréquenté après avoir été biberonné à la politique au sein de l’UNEF et du MJS.

Pendant ses longues années à l’université, puisqu’il a fait une licence en 8 ans (!), c’est en tant qu’agitateur et apprenti politicien qu’il se fait remarquer. Toute une génération de professionnels de la politique est entrée dans la carrière au sein du PS par cette voie, sans jamais faire l’expérience concrète du monde du travail et du secteur privé.

Comme pour ses camarades socialistes malchanceux aux dernières élections, son plan de carrière est compromis par l’effet Macron : la rampe de lancement commune, le parti socialiste, s’est effondrée, et il ne suffit plus de sortir sa carte et son pedigree de politicien professionnel pour espérer séduire les employeurs.

Mais peut-être Emmanuel Macron l’aidera-t-il à traverser la rue et à lui trouver un emploi qui le mette à l’abri du besoin pour les années à venir ? À suivre dans un prochain épisode de la bataille pour la mairie de Paris…