Nouveaux Velib, nouveau boulet pour Anne Hidalgo ?

La migration vers le nouveau Velib est un échec. Et si le prestataire Smoovengo est le principal responsable, la mairie de Paris (menée par Anne Hidalgo) et le syndicat Autolib/Velib ne sont pas en reste. Analyse à redécouvrir…

Par Alexis Vintray.

Nouveau Velib, nouveau boulet au pied pour Anne Hidalgo, déjà étrillée pour son éloge discutable de Che Guevara ? Alors que les élections municipales de 2020 se rapprochent, le changement de prestataire du Velib à Paris est en train de tourner au cauchemar pour le Maire de Paris qui a lancé le nouveau vélo avec fanfares et trompettes le 25 octobre 2017. Il y a encore peu, le syndicat Autolib/Velib et la Mairie de Paris annonçaient une migration progressive, avec 600 stations ouvertes au 1er janvier (puis 300 après une première revue à la baisse). Dans les mots de France Bleu en mai 2017 :

Les 300.000 abonnés de Vélib’ peuvent être rassurés : il n’y aura pas d’interruption du service en fin d’année lors du changement d’exploitant. Le 1er janvier 2018, le basculement sera quasiment sans conséquence pour les usagers

Ce genre d’article fait aujourd’hui rire (jaune) les Parisiens : au 1er janvier, à peine 10% de l’objectif était atteint, et l’amélioration rapide promise ne semble pas de mise. Une semaine plus tard, le nombre de stations accessibles était toujours de 64, soit le même que celui du 1er janvier. Le 19 janvier, ce n’était qu’à peine une centaine de stations qui étaient ouvertes, soit moins de 20% de l’objectif initial du 1er janvier et moins de 10% de la totalité des stations…

Une chose est sûre, les utilisateurs désertent le système : interrogé par téléphone par Contrepoints, le syndicat Autolib et Velib Métropole n’annonçait que 10 000 trajets par jour fin janvier, contre une moyenne de 60 000 par jour auparavant. Mais, plein d’optimisme, le Syndicat nous assurait que ces chiffres ne remettaient pas en cause « l’amour des Parisiens » pour Velib.

Échec du nouveau Velib, la faute à qui ?

Le premier responsable, le plus évident, serait bien sur Smoovengo, le nouveau prestataire à qui a été attribué le contrat : c’est lui qui installe les stations, fait les travaux, et ne livre pas de réalisation à la hauteur de ses engagements. Pourtant, le consortium est emmené par le géant Vinci (nouvel-Indigo) entre autres acteurs de taille.

Le nouveau prestataire se distingue aussi par un service commercial loin d’être à la hauteur selon les témoignages de Parisiens : « après avoir cliqué comme il fallait pour recevoir ma nouvelle carte Vélib « metropole »… J’en ai reçu… une par jour depuis samedi ! » selon un Parisien sur Atlantico.

Pour l’auteur de cet article, c’est pire : un mois après la première demande et malgré trois appels, toujours pas de carte en vue. Un scénario fréquemment répété sur Twitter également :

Le service est d’une qualité telle que c’en est un « cauchemar, un accident industriel », selon Charles Manguin, président de l’association cycliste « Paris en Selle ». Contacté par Contrepoints, Smoovengo n’avait pas répondu à nos sollicitations à l’heure de la publication de cet article.

Une gestion amateur d’un chantier de grande ampleur

Côté donneur d’ordre (le syndicat Autolib/Velib Métropole), on reconnait le caractère « très problématique » de la situation et on annonce « travailler avec Smoovengo pour les accompagner à régler le problème au plus vite ». Tout en rappelant que les pénalités, d’1M€ rien que pour janvier, seront appliquées telles que prévues au contrat.

On joue donc à fond la carte de la responsabilité exclusive de Smoovengo, le prestataire. Une carte qui permet il est vrai d’exonérer les pouvoirs publics de leur responsabilité…

Pourtant, force est de constater que le syndicat comme la Mairie de Paris ont été loin des attentes. De manière révélatrice, la Mairie de Paris, contactée par téléphone et e-mail, était aux abonnés absents sur le sujet.

Les erreurs ont été nombreuses pourtant :

  • Fallait-il prendre pour argent comptant les promesses d’une société qui n’avait jamais fait de telle migration inédite ?
  • Les pénalités ont-elles été bien négociées ? Le contrat prévoit un maximum de 1M€ de pénalités par mois (à 200 stations de retard). On sera bien au delà des 200 stations de retard au 1er janvier…
  • Alors que le service n’a que faiblement été assuré en novembre et décembre 2017, aucune indemnisation ne sera accordée aux clients à part… 3 heures pour tester le vélo électrique.
  • Seul le mois de janvier sera remboursé, alors qu’à peine 10% des stations ont été ouvertes sur le mois. Au rythme où vont les choses, il faudrait rembourser au moins les trois premiers mois aux clients, ce à quoi la majorité municipale s’est opposée initialement, avant de faire partiellement machine arrière devant la colère des Parisiens…
  • Le Velib est à 60% déficitaire, le trou étant comblé par les contribuables franciliens. Pourquoi ne pas avoir augmenté les prix autrement que à la marge ?

Et Anne Hidalgo dans tout ça ?

Après avoir communiqué abondamment (les taquins diront « comme à son habitude ») pour le lancement du nouveau Velib, Anne Hidalgo s’est plutôt démarqué récemment par des propos rejetant sur Smoovengo la responsabilité de l’échec du nouveau Velib.

Et certes, formellement, ce n’est pas la Mairie de Paris qui est en charge du dossier Velib puisque, au vu des difficultés financières d’Autolib et de Velib, la responsabilité a été opportunément transférée au « Syndicat Autolib’ et Vélib’ Métropole ».

Mais le mythe qui ferait du « Syndicat Autolib’ et Vélib’ Métropole » une créature sans rapport avec la Mairie de Paris, ne tient qu’un bref instant : Paris y tient les manettes, avec l’élue parisienne socialiste Marie-Pierre de la Gontrie en présidente jusqu’à récemment, remplacée par la maire… socialiste du 12e arrondissement de… Paris, Catherine Baratti-Elbaz.

Le nouveau Velib s’annonce déjà comme un nouveau caillou dans le pied d’Anne Hidalgo, qui n’avait vraiment pas besoin de ça…

Article initialement publié en janvier 2018.