Anne Hidalgo : l’amère courage de Paris

Anne Hidalgo (crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Toute la presse bien-pensante encense Anne Hidalgo, devenue la star incontournable de la politique d’aujourd’hui : pourquoi autant de servilité ?

Par Marc Suivre.

Depuis la rentrée, la presse de gôôôche, la progressiste, la seule, la vraie, l’unique, celle que le monde entier nous envie, ne ménage pas ses efforts pour nous survendre Anne Hidalgo.

À première vue, une telle débauche d’activité laudative pourrait surprendre. En quoi l’action publique d’une inspectrice du travail n’ayant jamais connu ce qu’elle était supposée inspecter avec nos sous mérite-t-elle un pareil tapis d’éloges ? Quel péril la guette ? Quelle mouche la pique ? Pour ainsi dire : pourquoi tant de servilité ?

Sainte Anne

Anne Hidalgo est en danger. Les revers s’accumulent et comme tous ses échecs se font à grand renfort d’argent du contribuable, cela commence à sentir le roussi. Certes, Paris est rempli de bobos et le bobo vénère Hidalgo.

Ceci étant, bien que férocement progressiste l’animal est sensible aux cris de douleurs de son porte-monnaie, car son individualisme atavique le rend nerveux quand les forces du bien menacent de rendre sa bonne conscience écologiste douloureusement payante.

Il faut dire qu’un livre odieusement machiste à la solde du lobby de l’automobile et de la droite réactionnaire, comme il se doit, est venu ternir le blason quelque peu écorné de l’édile. Passe encore que son aveuglement idéologique lui ait fait louper le train En Marche, mais voir ainsi s’étaler son absence totale de résultat dans sa « Grande et Sainte » croisade contre la pollution, voilà qui est fâcheux.

Airparif qu’il est pourtant difficile de taxer d’automobilophilie — tant il est dépendant des subsides de la Mairie de Paris — admet que les dernières marottes du lointain successeur de Jean Sylvain Bailly1, pour pourrir la vie des automobilistes, font autant d’effet en matière de qualité de l’air que cautère sur jambe de bois.

Rien de significatif, ni à la hausse, ni à la baisse n’est dû à la fermeture des quais, mesure pourtant emblématique du mieux vivre sans ma bagnole de l’an dernier. Pire encore, la pollution a même augmenté de 15 % dans les zones de report (ou d’engluement, c’est selon les goûts) que sont devenus le quartier de l’Arsenal et le quai Henri IV.

Nul doute que l’autoroute vide à vélos, à l’autre bout de la voie (désormais très lente) Georges Pompidou, du côté de Boulogne ne produise les mêmes effets.

Hidalgo superstar

À mesure que les résultats de sa politique apparaissent pour ce qu’ils sont : un gros bide dispendieux, la communication d’Anne Hidalgo s’enferre dans un jusqu’au-boutisme militant, sous les vivats de la Presse d’opinion subventionnée.

Il faut dire que ces « braves gens» ne se sont pas remis d’avoir si bien réussi avec Macron. Ils sont donc de nouveau persuadés que le public auquel ils adressent leur propagande effrénée les écoute. Ils se rêvent en nouveaux prescripteurs et caressent ouvertement le désir de faire le bonheur des gens contre eux.

Tout ce qui se lève pour critiquer leur Sainte laïque est ainsi exécuté sommairement, sans autre forme de procès. Et lorsque qu’il est impossible de crier au complot réactionnaire, comme dans le cas des constatations d’Airparif, on relaye de manière si complaisante que cela en devient ridicule, le contre-feu pathétique de la Maire de Paris, selon lequel les voitures à propulsion thermique seront interdites en 2030.

En finir avec l’automobile

Car ces arbitres des élégances ont bien compris que la lutte contre la pollution n’est qu’un prétexte commode. Le problème n’est pas d’améliorer la qualité de l’air, mais bien d’en finir avec l’automobile, ou du moins avec l’automobile pour tous.

Cela se traduit par l’usage d’un vocabulaire culpabilisateur de circonstance, visant à faire de l’usager un mâle hétérosexuel blanc et fortuné, bref : le salaud intégral. On l’aura compris, les femmes noires homosexuelles et smicardes n’ont sans doute pas le permis…

En vérité il s’agit surtout d’en finir avec l’envahissement que la démocratisation de l’automobile a imposé aux bobos. C’est que les pauvres et leurs désirs d’autonomie encombrent ces bonnes âmes. Le Peuple n’a qu’à se satisfaire des moyens de transports publics, non mais sans blague ! La collectivisation de la liberté de déplacement, voilà le vrai combat de ces ayatollahs.

Salauds de pauvres !

Sans ces salauds de pauvres, les routes parisiennes seraient plus paisibles et plus fluides, car réservées aux happy few, capables de se mouvoir avec d’onéreuses piles sur roues. Ne nous y trompons pas, si d’aventure les progrès de la science venaient à rendre accessibles les véhicules électriques, l’amère de Paris y trouverait certainement à redire.

Le problème de Madame Hidalgo semble bien être davantage le partage que sous-tend toute démocratisation qu’une hypothétique qualité de l’air… c’est ballot quand on est de gôôôche.

Mais Anne Hidalgo ne compte pas s’arrêter là, comme une vulgaire Twingo sur les quais hauts. Elle a de plus nobles ambitions. La cérémonie d’attribution des JO à Lima nous a donné une assez bonne idée de ce qui nous attend. Outre ses talents de comédienne (« comment les JO à Paris, non, mais quelle surprise, oh trop de chance !!»), elle nous a ébloui, par son sens de la fête et sa capacité inépuisable à dépenser l’argent des autres.

En bonne socialiste, elle n’a pas mégoté. Il faut dire que cette « victoire » est inespérée quand on songe qu’elle ne voulait pas des Jeux, lorsque Hollande décida, en dépit des trois bâches précédentes, de lancer le pays dans cette nouvelle aventure budgétivore.

La gourou des bobos devient d’un coup une icône de dimension internationale. Son melon enflant à l’unisson, elle se voit vraisemblablement un destin national (oui, c’est ridicule, mais encore une fois, François Hollande a bien été Président de la République).

La presse aidant, elle ne va donc pas tarder à « incarner la gauche». C’est donc quand elle en sera au stade de nous expliquer, comme Jacques Chirac en son temps qu’elle « fera pour la France ce qu’elle a fait pour Paris» que nous devrons sérieusement songer de fuir ce pays de fous.

 

  1.  Premier Maire de la Capitale élu par acclamation le 15 juillet 1789 démissionnaire le 18 novembre 1791 et guillotiné le 12 novembre 1793.