Vous reprendrez bien un peu de Hollande ?

À mesure que baisse la popularité du président Macron, que le taux de chômage monte et que la croissance se fait plus mollassonne, le pays se réveille à la possibilité de moins en moins lointaine que le quinquennat du sémillant quadragénaire soit finalement encore plus médiocre que le précédent de Hollande.

Certes, il reste quatre ans pour redresser la barre et définir enfin un cap un peu cohérent, mais à cœur vaillant rien d’impossible, même si la tâche, de prime abord, semble herculéenne : entre le budget qui s’amenuise, les tensions aux frontières qui augmentent, les bouffées popularo-populistes en Europe et en France, les risques toujours présents d’une crise financière ou d’une explosion de la dette par une remontée subite des taux d’intérêts, il n’en faudrait pas beaucoup pour que la médiocrité de l’actuelle direction présidentielle ne fasse des étincelles. Du reste, le premier janvier prochain introduira – si Macron et Bercy s’entêtent – le prélèvement de l’impôt à la source ce qui promet quelques moments croustillants.

Cette hypothèse d’un quinquennat à nouveau raté n’est pas si invraisemblable : alors que l’Europe retrouve la croissance, que les États-Unis se portent mieux, la France semble persister dans son marasme, à tel point que certains se préparent déjà à prendre la relève d’un Président pourtant à peine arrivé au pouvoir.

Il n’est qu’à voir les hallucinants caquetages d’une presse particulièrement désœuvrée qui n’en peut plus (ici, , ou encore ) de commenter sur les sottises de Julie Gayet, l’actuelle compagne de François Hollande. Pour cette dernière, pas de doute : croyant sans doute lire un intérêt pour l’ex-président dans les quelques foules rencontrées lorsqu’il faisait l’homme-sandwich pour sa dernière exaction littéraire, elle déclare que « Beaucoup espèrent le retour de François Hollande ».

Son retour dans le canton de Tulle, peut-être. À la tête du pays ? Mis à part pour déclencher une pluie salvatrice en ces temps de canicule, c’est nettement plus douteux d’autant que beaucoup de Français ont déjà joué dans leur tête le film catastrophe d’une telle hypothèse : qu’est-ce qui pourrait être pire qu’un quinquennat pitoyable de Hollande, suivi d’un quinquennat désastreux de Macron ? Un quinquennat supplémentaire de Hollande, pardi !

Ce retour impromptu de Hollande dans le paysage politique français se synchronise avec des médias qui n’en finissent plus de faire leurs choux gras de l’affaire Benalla, ce qui impose plusieurs questions.

D’une part, la politique française actuelle est-elle à ce point vaine, à ce point consternante qu’on considère sérieusement un retour de Hollande aux affaires ?

Qui peut porter du crédit à cet individu qui a laissé le pays divisé, son parti en piteux état, au point qu’il n’a même pas eu le courage de se représenter, et qu’un blanc-bec au bilan quasi-vierge sera parvenu à lui rafler la mise en quelques mois ? Qui peut réellement considérer la parole de ce médiocre qui aura laissé une trace déplorable dans l’histoire du pays, depuis ses bourdes diplomatiques enfilées comme autant de saucisses industrielles jusqu’à ses décisions à l’emporte-pièce lorsqu’un buzz médiatique semblait lui commander d’agir stupidement ? Comment oublier le président Hollande et son affaire Cahuzac, son affaire Léonarda, son affaire Théo, son piétinement avec Notre-Dame-Des-Landes, son ridicule achevé lors de l’affaire syrienne, et j’en passe ?

Comment peut-on expliquer que la presse écoute encore cet homme qu’on ne devrait qu’oublier aussi vite que possible comme on essaie d’oublier un cauchemar délirant après une soirée trop chargée en alcool de mauvaise qualité ?

D’autre part, la reprise assidue dans les journaux des déclarations de Gayet tend à prouver que ces médias persistent encore à penser que leur rôle s’étend bien au-delà de l’information de base qui permet au citoyen de comprendre le monde qui l’entoure : encore une fois, la presse semble persuadée que relayer les divagations ridicules du couple de Tulle revêt une importance significative. Mais après tout, on prête facilement à la presse le pouvoir d’avoir, sinon fait élire Macron, au moins d’avoir démis ses principaux concurrents… Peut-être considère-t-elle de son « devoir » de remettre en selle le navrant petit secrétaire du PS, à coup de pensée magique et d’auto-persuasion ?

Enfin, on ne peut pas non plus écarter que l’opération, relayée avec bruit et fanfare par cette presse si sûre d’elle, ne soit finalement que le reflet communicationnel de l’hubris des politiciens, Hollande en premier, qui continuent de croire à leur caractère irremplaçable voire providentiel, quand bien même le pays tout entier leur a signifié la disgrâce.

Or, si Hollande et sa potiche en sont manifestement atteints, il ne fait aucun doute que cette déconnexion affolante de ces gens avec le reste du peuple ne leur est pas réservée. En pratique, ce sont les mêmes mécanismes et les mêmes résultats qu’on observe pour ceux actuellement aux commandes, qui persistent à penser leur rôle comme indispensable, leurs buts judicieux et les moyens d’y parvenir finement trouvés.

En fait, cette fable d’un « Hollande espéré par beaucoup » est l’illustration que le système politique actuel n’a réussi à choisir, au fil des années, que d’incroyables égocentriques aux compétences étroites efficaces pour manipuler les électeurs et rigoureusement incompétents pour le reste.

Du reste, les Français ne sont pas dupes, qui n’accordent plus guère de confiance à leurs politiciens (Juppé à 36 % veut dire, en réalité, que 64 % des Français ne lui font pas confiance, soit une majorité large et indiscutable de personnes lucides).

Ceci posé, est-on réellement à l’abri d’un abominable bégaiement de l’Histoire ?

Peut-être faut-il faire preuve de prudence ? Les politiciens ont une volonté d’acier et une obstination psychiatrique lorsqu’il s’agit d’accéder au pouvoir, et ils sont même prêts à faire le clown s’il le faut pour y parvenir, quitte à proposer à l’un d’eux de les rejoindre (pour prendre des notes, je présume). Et si le pire n’est pas certain, il n’en reste pas moins possible.

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