Affaire Cahuzac : le mensonge érigé en mode de gouvernement

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Les mensonges de Jérôme Cahuzac ne font que confirmer la règle, selon laquelle il faut conserver le pouvoir une fois conquis, à tout prix.

Les mensonges de Jérôme Cahuzac ne font que confirmer la règle, selon laquelle il faut conserver le pouvoir une fois conquis, à tout prix.

Par Francis Richard, depuis la Suisse.

Jérôme Cahuzac est à la une de tous les médias de France et de Navarre. Quelle consécration ! Évidemment ce n’est pas très glorieux d’être à la une après avoir été mis en examen mardi soir pour blanchiments. Et pas n’importe quels blanchiments :  « Blanchiment de fraude fiscale et blanchiment de fonds provenant d’avantages procurés par une entreprise dont les services et produits sont pris en charge par la Sécurité sociale ». Mais c’est tout de même une consécration. Le couronnement d’une carrière de dignitaire socialiste qui fait la chasse aux riches, mais s’en met plein les poches, à la faveur de fraudes fiscale et sociale.

Peu me chaut que le sieur Cahuzac ait eu un compte en Suisse – à l’UBS Genève jusqu’en 2000, puis chez Reyl et Cie jusqu’en 2010 – puis un compte à Singapour chez Reyl et Cie. Quand un pays devient un enfer fiscal, charité bien ordonnée commence par soi-même. Il vaut mieux s’en évader que de se faire plumer. Mais l’origine des fonds étant douteuse, c’est une tout autre affaire. La justice est saisie. C’est maintenant son problème et, surtout, celui de l’ex-Ministre du Budget. Dans d’autres circonstances, que Jérôme Cahuzac ait menti ne serait pas bien, mais pas trop grave. Car il y a de pieux mensonges, quand la survie est en jeu.

Seulement, en France, le mensonge est érigé depuis longtemps en mode de gouvernement, particulièrement depuis le 6 mai 2012. Alors, les mensonges de Jérôme Cahuzac ne font que confirmer la règle, selon laquelle il faut conserver le pouvoir une fois conquis, à tout prix, le mensonge étant le moindre.

Pas plus tard qu’au soir du 24 mars dernier, le pouvoir, tétanisé par le désaveu populaire, a ainsi minimisé outrageusement le nombre de manifestants contre le mariage gay (le ridicule ne tue plus depuis longtemps), alors que, hormis lors de la manifestation du 24 juin 1984 pour la défense de l’école libre, il n’y a pas eu, depuis la libération, autant de manifestants dans les rues de Paris que ce jour-là.

Le 12 mars 2013 une demande d’entraide judiciaire internationale a été adressée par le Parquet de Paris au Ministère public genevois. Très vite les résultats sont tombés, car, en Suisse, le secret bancaire est levé dès qu’il est question de blanchiment avéré (contrairement aux idées reçues). En dépit de ses précédentes dénégations Jérôme Cahuzac a détenu, et détient encore, un compte bancaire non déclaré à l’étranger, sur lequel il a déposé des fonds douteux. C’est pourquoi le 19 mars 2013, le sieur Cahuzac ayant été pris la main dans le sac, une information judiciaire a été ouverte contre lui. Hier, parce qu’il était vain (et dangereux juridiquement pour lui) désormais de nier, il est passé aux aveux et a été mis en examen.

Il semble peu probable que François Holande et son homme lige, Jean-Marc Ayrault, n’aient pas été au courant des résultats des investigations menées en Suisse. La séparation des pouvoirs en France est un vain mot et il faudrait même plutôt parler de porosité. Dans l’hypothèse où les deux compères n’étaient pas au courant, ils mériteraient d’autant plus le qualificatif de simplets…

Le plus choquant dans cette histoire de régime pourrissant par la tête, c’est encore la duplicité de Jérôme Cahuzac. Répondant le 13 septembre 2012, au Sénat, à une question au gouvernement d’Éric Bocquet, sénateur communiste du Nord, lui le fraudeur fiscal patenté justifiait en ces termes le matraquage fiscal dont il était l’ordonnateur :

Au moment où l’on s’apprête à demander un effort vigoureux au pays, il n’est évidemment pas acceptable que cet effort soit considéré comme injuste. Il ne le serait pas davantage si d’autres estimaient pouvoir s’affranchir de l’effort que tous presque vont consentir. La lutte contre l’évasion et plus généralement contre la fraude fiscale ou la fraude sociale sont donc des luttes évidemment d’actualité.

Cette justification du matraquage fiscal était faite au nom de la morale, bien entendu.


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