Harcèlement de rue : interdiction de regarder !

Si la plupart des comportements pénalisés jugés sexistes tombent très clairement dans la catégorie des agressions caractérisées, une zone grise pourrait permettre à l’État l’extension de son pouvoir sur les comportements.

Par la rédaction de Contrepoints.

Le harcèlement de rue est un vrai problème. Il y a quelques jours circulait sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle une jeune femme se faisait agresser en pleine rue pour avoir refusé les avances d’un harceleur. Cette expérience qui a choqué les internautes n’est pas isolée, et fait écho à celles que vivent les femmes quotidiennement. Se faire harceler avec plus ou moins d’insistance, plus ou moins grossièrement, fait partie de leur quotidien bien au-delà de la simple drague ou du gentil compliment.

La réponse proposée par l’État n’est pas la mieux adaptée. C’est dans cet esprit que Marlène Schiappa a poussé le projet de loi visant à renforcer la condamnation des violences sexistes et sexuelles qui doit s’appliquer dès septembre. Les premières amendes pourront alors être données aux harceleurs : il s’agira d’amendes de classe 4, dont les montants sont compris entre 90 et 750 euros. Certaines voix se sont déjà élevées contre le flou des catégories proposées pour pénaliser les comportements, et surtout sur l’applicabilité réelle de telles mesures.

La pénalisation des comportements ?

Si la plupart des comportements pénalisés jugés sexistes tombent très clairement dans la catégorie des agressions caractérisées, des atteintes à la dignité de la personne ou même à la violation de la vie privée et/ou de l’intimité de la personne, une zone grise pourrait permettre à l’État l’extension de son pouvoir sur les comportements et la pénalisation de la drague, certes lourde, mais drague quand même.

Comment juger des « regards appuyés » ou des « questions intrusives » sans qu’existent des catégories morales et pénales objectives permettant de juger du caractère salace ou intrusif des propos tenus dans la rue par des individus lambda ? Ce serait à la police d’en juger ? Et pour en juger, faudrait-il embaucher une police des mœurs uniquement dédiée à la tâche délicate de trancher entre drague lourde, sexisme et harcèlement au sein de l’espace public ? Y aura-t-il des stages pour apprendre aux jeunes gens à draguer convenablement ? Regarder les filles qui passent pourrait-il devenir suspect aux yeux de la loi ? L’ambiguïté de la loi pourrait donner à une telle législation une charge liberticide extrêmement puissante.

Si Marlène Schiappa semble extrêmement satisfaite de cette loi, reste à déterminer si elle pourra un jour être appliquée. Comme l’observent les policiers interrogés sur la question, pour constater l’infraction, il faudra être pris en flagrant délit, ce qui de facto écarte la plupart des cas. L’effet d’annonce paraît plus politique que véritablement soucieuse de féminisme : il s’agit pour le gouvernement de montrer qu’il intervient pour faire avancer la cause des femmes, même si ce quelque chose est potentiellement liberticide et en pratique inefficace…