Brexit : vers un modèle « Back to the future » pour les « Eurexits » ?

Le Parlement britannique est-il enfin en train de prendre le contrôle du Brexit et d’éconduire la minorité de partisans d’un Brexit dur dont les seules motivations sont idéologiques ?

Par Thierry Godefridi.

Le 8 mai dernier, la Chambre des Lords, la chambre haute du Parlement du Royaume-Uni, a tenté de mettre le gouvernement de Theresa May sur la voie d’un Brexit réfléchi en votant, par 247 voix contre 218, sans l’appui du gouvernement ni celui des travaillistes, un amendement au projet de loi de sortie de l’Union européenne (EU Withdrawal Bill) obligeant le Royaume-Uni à demeurer dans l’Espace économique européen (EEE) après son départ de l’UE.

Anna Soubry, avocate et journaliste de profession, membre conservateur du Parlement britannique, twitta à cette occasion :

Le Parlement prend enfin le contrôle du Brexit et éconduit cette minorité de partisans d’un Brexit dur dont les seules motivations sont idéologiques. Quel que soit le nom ou l’appareil, il existe un consensus croissant à travers les partis dans les deux chambres du Parlement visant à s’assurer que le Royaume-Uni continue à bénéficier des avantages du marché unique et de l’union douanière après qu’il ait quitté l’Union européenne.

Ce consensus reflète d’ailleurs un sondage d’opinion qu’a réalisé Opinium en mai auprès du public britannique, lequel s’est prononcé à 53 % en faveur d’un nouveau vote sur les conditions effectives du Brexit contre 31 % en défaveur d’un nouveau vote, ce qui représente une marge révélatrice dans une société polarisée comme toutes peuvent l’être de nos jours.

Le Brexit qui nous avait été promis est très différent de celui que nous allons obtenir, chaque jour qui passe le prouve davantage, estime le député travailliste Chuka Umunna qui est en faveur d’un nouveau vote. Nous ne pouvons pas laisser 650 membres du Parlement décider seuls de la destinée de 65 millions de citoyens sur un sujet aussi important.

L’Espace économique européen (EEE) est l’union économique qui rassemble 31 États européens, les 28 États membres de l’Union européenne (UE) et trois – Norvège, Islande, Lichtenstein – des quatre États membres de l’Association européenne de libre-échange (AELE). La Suisse, quatrième membre de l’AELE, a refusé, par référendum, de ratifier le traité « EEE ».

En ce qui concerne le Royaume-Uni, il revient à la Chambre des communes, la chambre basse du Parlement, de se prononcer sur l’amendement voté par la chambre haute. Le gouvernement a averti que rester dans l’EEE ne donnerait pas au Royaume-Uni le contrôle de ses frontières et de ses lois. Boris Johnson, le ministre britannique des Affaires étrangères, est d’avis que le Royaume-Uni doit sortir complètement de l’UE et de l’union douanière et retrouver une totale liberté d’action.

De fait, l’accord EEE assure la libre-circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes (les quatre libertés). Les citoyens de l’UE ont donc le droit de vivre et de travailler dans les pays de l’EEE (et vice-versa) et les pays concernés de l’AELE n’ont qu’un droit de consultation lors de la préparation des directives européennes qui s’appliquent à l’ensemble de l’EEE.

C’est néanmoins avec beaucoup de sagesse et de clairvoyance que la Chambre des Lords a rappelé l’existence d’une solution norvégienne, voire suisse (la Suisse n’ayant pas ratifié l’accord « EEE » a passé des accords bilatéraux avec l’UE), qui présente précisément l’avantage d’exister.

Cette solution dite norvégienne constitue-t-elle une alternative de choix pour ces pays, à commencer par l’Italie mais aussi le groupe de Visegrád réunissant les quatre États d’Europe centrale (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) membres de l’UE et de l’OTAN dont les populations se sentent de plus en plus distantes du bidule gorgé de carriéristes imbus d’eux-mêmes et grassement rétribués qu’est devenue l’UE ?