Les Français de plus en plus insatisfaits de leurs présidents

Emmanuel Macron by GUE-NGL(CC BY-NC-ND 2.0)

Les Français font de moins en moins confiance à leurs présidents de la République. Emmanuel Macron sera-t-il capable de changer la donne ?

Par Patrick Aulnas.

Emmanuel Macron va-t-il inverser la marche vers l’impopularité des Présidents de la République ? Impossible de répondre avec certitude, évidemment. Mais le contexte politique ayant été bouleversé par son élection, une réponse négative est loin d’être certaine. Le plus jeune de tous les Présidents réussira-t-il là où ses prédécesseurs ont échoué ?

Les cotes de popularité des Présidents selon l’institut Kantar TNS

Kantar TNS calcule chaque mois, dans le cadre du baromètre Figaro Magazine, la cote de popularité des Présidents de la République. La cote de popularité consiste à regrouper les sondés en trois catégories : ceux qui font confiance, ceux qui ne font pas confiance et ceux qui ne se prononcent pas.

La crise de confiance du début du 21e siècle

C’est à partir du deuxième mandat de Jacques Chirac (2002-2007) que la confiance chute. On descend en effet à 19% et 30% en fin de mandat, chiffres jamais atteints auparavant. Les quinquennats de Nicolas Sarkozy et François Hollande ont confirmé cette défiance envers le Président de la République et d’une manière générale envers le personnel politique de l’État central. L’impopularité de François Hollande représente un record historique. À l’issue des cinq ans, 14% des sondés lui font confiance et 83% ne lui font pas confiance.

Avec une cote de confiance de 40% après un an de présidence, Emmanuel Macron est en bien meilleure posture que ses deux prédécesseurs, mais n’atteint pas les cotes de confiance de Mitterrand et Chirac.

Pourquoi cette dégringolade ?

D’une manière générale, la crise de confiance provient des mensonges sur les capacités de l’État-providence. Les mensonges commencent avec Mitterrand et se poursuivent ensuite sans discontinuité. Après la forte croissance économique des Trente Glorieuses (plus de 5% par an de 1944-1974), la nouvelle situation a été qualifiée de crise. Il s’agit en fait d’une nouvelle période de l’histoire, d’un retour à une croissance économique modérée ou faible du fait d’une compétition internationale plus vive.

La qualification « crise » permettait au personnel politique de tenir un discours optimiste (« la sortie du tunnel ») reposant sur des promesses de dépenses publiques.

C’est François Mitterrand qui inaugure vraiment la période du mensonge d’État sur la situation économique et démographique réelle : endettement massif non perçu des électeurs, réformes à contre-courant des évolutions économiques mondiales et de l’évolution démographique du pays, politique migratoire laxiste suivie de régularisations massives. La politique est reine pour Mitterrand et l’idée que l’État peut tout (ou presque) s’installe dans l’esprit de nombreux électeurs.

Le courage ne fut pas au rendez-vous ensuite pour tenir un langage de vérité et l’élection de François Hollande donna le coup de grâce. Ce professionnel de la politique, disciple de Mitterrand, a toujours scrupuleusement respecté l’une des formules de son mentor, empruntée au Cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Pour conquérir le pouvoir, cette morale d’arriviste a bien fonctionné, mais pour l’exercer elle a conduit au naufrage. Trop d’habileté tue l’habileté. Il n’était plus temps de mentir de façon aussi cynique.

La déception de ceux qui croient aux promesses et qui parfois même s’enthousiasment pour un politicien (quelle naïveté !) allait donc croissant depuis la fin du 20e siècle. Les anciens partis de gouvernement (PS et UMP) s’affaiblissaient progressivement face à la montée des populismes de gauche et de droite. En 2017, ils furent presque réduits à néant.

Macron représente une rupture historique

Pour au moins trois raisons. D’abord, il gouverne au centre, tentant de rallier à lui les moins dogmatiques ou les plus pragmatiques des anciennes droite et gauche de gouvernement. Cela n’était pas arrivé depuis les gouvernements dits de « troisième force » de la IVe République. Ensuite, il parle vrai. Le contraste avec son prédécesseur, pour qui le flou était devenu une seconde nature, est saisissant. Enfin, dans l’ensemble, il fait ce qu’il dit. Le programme proposé à ses électeurs est progressivement mis en œuvre, sans états d’âme politiciens, en s’appuyant sur une majorité parlementaire massive et fidèle.

Le cœur de son électorat potentiel, ceux qui lui font confiance, se recrute dans les CSP+ (chefs d’entreprises, artisans et commerçants, cadres, professions intellectuelles supérieures et professions intermédiaires). Cet électorat est davantage en attente d’un assainissement des comptes publics et d’un assouplissement des contraintes normatives que de résultats immédiats en espèces sonnantes et trébuchantes.

Mais les CSP+ représentent les bénéficiaires de la mondialisation. La fameuse France périphérique, qui se sent abandonnée au bord de l’autoroute de l’histoire (on y roule très vite !) vote largement pour ceux qu’on appelle désormais les populistes (Mélenchon et Le Pen).

La stratégie politique de Macron

En présence d’une telle situation, la stratégie politique de Macron est très simple dans son principe, mais délicate dans sa mise en œuvre. Elle comporte trois axes.

  • Conserver le soutien de sa base électorale actuelle, ce qui ne sera pas difficile s’il poursuit ses réformes.
  • Maintenir une opposition divisée, objectif déjà atteint avec une gauche atomisée qui n’est pas en état de se rassembler, mais plus aléatoire du côté de la droite. Les clins d’œil appuyés à Marine Le Pen d’une partie de la droite de gouvernement ne sont certes pas très convenables, mais peuvent être porteurs électoralement.
  • Empêcher l’explosion sociale. Voilà la grande inconnue dans une France traditionnellement éruptive. Les étincelles du printemps 2018 (NDDL, SNCF, Air France, Universités) ne parviendront sans doute pas à allumer la mèche de la « convergence des luttes ». Mais les réformes complexes et de portée générale comme celle des retraites représentent un risque plus grand. Il faudra expliquer au grand public un sujet difficile avec des membres du gouvernement, certes très compétents, mais peu pédagogues.

Emmanuel Macron, qui ne recherche pas la popularité, peut conserver longtemps le soutien d’une forte minorité de la population. Mais les réactions de la majorité qui lui est hostile constituent une inconnue.