Mai 2018 : agitations sociales et divergence des luttes

Manifs by Al Batard(CC BY-NC 2.0)

Un mois de mai agité : tour d’horizon des luttes pas vraiment convergentes…

Par Patrick Aulnas.

Le printemps a toujours été une période faste pour les manifestations de rue. La douceur des températures et l’espoir d’une journée ensoleillée favorisent ces promenades collectives et citadines. Elles remplacent les carnavals d’antan au cours desquels le peuple pouvait se livrer à tous les débordements avec la bénédiction provisoire du pouvoir. Il faut toujours laisser un exutoire aux passions, surtout politiques. Les humains y trouvent un petit espace de liberté qui, il est vrai, manque de plus en plus dans nos sociétés hyper-réglementées.

1er mai : la divergence des mécontentements

À défaut de convergence des luttes, la divergence des mécontentements fera l’affaire. Le fameux défilé du 1er mai ne sera pas unitaire. CGT et Unitaires auront leur cortège, CFDT, UNSA et CFTC auront le leur. Force Ouvrière, qui vient d’élire son nouveau secrétaire général, Pascal Pavageau, qui succède à Jean-Claude Mailly, n’appelle pas à manifester avec la CGT au niveau national. Mais certaines unions régionales FO le feront, comme l’Union régionale d’Île de France (URIF).

La division est donc bien réelle, non seulement entre les organisations syndicales, mais également à l’intérieur de certaines d’entre elles.

De la convergence espérée à la divergence réalisée… Entre prévisions et réalisations, il y a toujours des écarts plus ou moins grands. Le syndicalisme n’échappe pas à cette dure loi.

Mouvements sociaux : l’essoufflement

Il faut pouvoir tenir un marathon. Ce n’est pas donné à tout le monde. En s’engageant dans la voie d’une grève intermittente sur plusieurs mois (deux jours de grève, trois jours de travail jusqu’à fin juin), les syndicats de cheminots ont probablement commis une erreur stratégique. Le nombre de grévistes diminue et le nombre de Français soutenant le mouvement également. Il faut désormais sortir du bras de fer avec le gouvernement sans perdre la face. Donc obtenir un petit quelque chose.

La solution sera très simple dans son principe, mais évidemment complexe dans les détails. D’une part, la dette de la SNCF sera reprise par l’État, mais aucune autre solution ne pouvait être envisagée pour autonomiser la SNCF (sinon la privatiser).

D’autre part, la convention collective qui se substituera au statut des cheminots, laisse des marges de manœuvre très importantes et peut se rapprocher plus ou moins de l’actuel statut. En attendant, l’intersyndicale appelle à manifester jeudi 3 mai à Paris.

Le scandaleux chantage des pilotes d’Air France est évidemment très impopulaire, mais ces gens-là ne semblent pas se rendre compte qu’ils mènent peu à peu leur compagnie aérienne à la faillite. Le patron de KLM, filiale du Groupe Air France-KLM, a d’ailleurs diffusé un message interne indiquant que l’impact de la grève est « désastreux sur la clientèle, mais aussi nos finances, notre réputation et nos rapports en interne ». Laurent Bergé lui-même, secrétaire général de la CFDT, a condamné le mouvement de grève : « On a un syndicat majoritaire de pilotes, qui s’appelle le SNPL, qui prend tout le monde en otage ».

Les pilotes d’Air France gagnent entre 11 500 et 20 000 euros par mois et réclament 11 % d’augmentation de salaire. L’intersyndicale appelle à nouveau la grève les 3, 4, 7 et 8 mai !

Les Insoumis dans la rue samedi 5 mai à Paris

Les adorateurs de Mélenchon ont affrété 130 cars qui viendront de toute la France pour alimenter le défilé parisien du 5 mai. On vise en effet 100 000 manifestants ! Toujours populiste jusqu’au bout des ongles (lorsqu’il s’adresse à son électorat) Mélenchon appelle à un « grand déferlement » contre le « coup d’État social » de Macron. Le parallèle avec le « grand remplacement » de Renaud Camus met en évidence les simplismes démagogiques. Sur ce terrain-là, extrême gauche et extrême droite se valent.

Mélenchon risque encore une fois de confondre rêve et réalité. En surfant sur les revendications catégorielles pour tenter de les transformer en contestation agressive du pouvoir politique, il se coupe de plus en plus de la classe moyenne, base sociologique des démocraties.

Business as usual du côté gouvernemental

Cette première semaine de mai un peu agitée ne semble pas inquiéter le pouvoir. Emmanuel Macron sera en voyage en Australie puis en Nouvelle-Calédonie. Le Premier ministre se rendra dans le Cher du 2 au 4 mai, où il rencontrera des acteurs de l’économie et de la santé ainsi que des élus locaux. Le 7 mai, il recevra les responsables syndicaux à Matignon.

Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, estime que les Français « en ont assez de ceux qui sont contre tout ». Presque deux Français sur trois (62 % exactement) souhaitent désormais que le gouvernement aille jusqu’au bout des réformes en cours, en particulier à la SNCF.

Le pouvoir politique affiche donc une parfaite sérénité. Douce quiétude ou simulation politicienne ?

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.