L’école économique autrichienne, conférence de Pierre Bessard, à la Ligue vaudoise

Pierre Bessard et Olivier Delacrétaz, http://www.francisrichard.net/2018/04/l-ecole-economique-autrichienne-conference-de-pierre-bessard-a-la-ligue-vaudoise.html

Compte-rendu de la conférence donnée par Pierre Bessard directeur de l’Institut libéral sur L’école économique autrichienne, l’économie politique de la liberté.

Par Francis Richard.

Cette semaine, Pierre Bessard, directeur de l’ Institut libéral, donnait une conférence sur L’école économique autrichienne – L’économie politique de la liberté, à La Ligue vaudoise, où il était accueilli par Olivier Delacrétaz, dans le cadre des entretiens du mercredi de ce mouvement.

Cette conférence avait lieu en petit comité, dans une petite salle garnie de livres : tout était donc réuni pour que s’établissent de fructueux échanges, librement consentis (ce qui ne peut que ravir un libéral), entre personnes qui pensent différemment mais s’estiment et se respectent.

Pour présenter l’école économique autrichienne, Pierre Bessard a choisi d’en présenter les grandes figures et leurs contributions à la bonne économie, c’est-à-dire à celle qui s’est opposée d’abord à l’école historique allemande, puis à Marx, enfin à Keynes.

Qu’est-ce que l’économie sinon la science des choix humains ?

Cette science obéit à des lois économiques immuables, indépendantes du contexte ; elle repose sur des principes intangibles, et qui sont tout le contraire du pragmatisme, lequel est dangereux parce que source de relativisme cognitif.

Exemple de loi économique : quand les salaires minimaux sont supérieurs à la productivité du travail, ils génèrent du chômage.

Née à Vienne, cette école féconde et importante pour l’Institut libéral a été lancée en 1871 par Carl Menger (1840-1921). Mais elle n’est pas sortie du néant. Elle s’est inspirée des scolastiques espagnols et des libéraux français qui lui sont antérieurs.

Les moines de Salamanque avaient compris que la valeur d’un bien était une valeur subjective, que la monnaie était une commodité, que l’inflation (immorale) était un phénomène monétaire, que le juste prix était celui du marché.

Les moines de Salamanque avaient aussi compris la moralité de la prospérité et de l’intérêt, l’importance de la propriété et de la liberté des contrats.

Si Pierre Bessard cite des libéraux français (Turgot, SayBastiatMolinari), il insiste préalablement sur un de leurs prédécesseurs, Richard Cantillon (1680-1734), qui a découvert que l’offre et la demande s’équilibrent automatiquement, qui a donné son nom à l’inflation (l’effet Cantillon) et qui a souligné le rôle de l’entrepreneur.

Carl Menger a donc redonné vie aux approches scolastiques et françaises. Il a été le premier théoricien de l’utilité marginale. Il a montré que la monnaie et les prix étaient des phénomènes de marché. Et les préceptes de l’école de Vienne, dès lors, peuvent s’énoncer ainsi :

  • les décisions économiques sont des décisions personnelles : c’est l’individualisme méthodologique,
  • les marchés libres sont les reflets et les créateurs de valeurs,
  • l’intervention de l’État dans les processus d’échange est toujours dommageable,
  • l’économie n’est pas fondée sur l’empirisme, mais sur la logique déductive.

Les successeurs de Carl Menger ont apporté leur pierre à l’édifice, tant il est vrai qu’une science évolue.

Ainsi Eugen von Böhm-Bawerk (1851-1914) a-t-il montré que le taux d’intérêt reflète les préférences temporelles, que le taux de profit est égal au taux d’intérêt, que l’économie s’oppose au pouvoir étatique et au socialisme.

Ludwig von Mises (1881-1973) a développé le concept d’utilité marginale dans sa Théorie de la monnaie et du crédit (1912). Il a montré dans Le socialisme (1922) que ce dernier est incapable d’allouer les ressources de manière efficiente et qu’avec lui c’est la loi de la jungle qui n’a rien à voir avec la loi du marché (voir ce qui se passe au Venezuela).

Dans Le libéralisme (1927), Mises a montré que celui-ci non seulement aboutit au bien-être matériel, mais qu’il est la philosophie de la civilisation puisque l’échange libre entre deux parties consentantes est le contraire de la violence exercée sur et par autrui.

Parce qu’il dénonce l’expansion artificielle du crédit et qu’il explique que la Grande Dépression est due à l’État, qui, par le biais de la banque centrale, introduit des distorsions dans les échanges, Mises est contesté, tandis que John Maynard Keynes (1883-1946), dont les recettes empirent la situation, est populaire…

Pierre Bessard et Olivier Delacrétaz, http://www.francisrichard.net/2018/04/l-ecole-economique-autrichienne-conference-de-pierre-bessard-a-la-ligue-vaudoise.html

Au moment de la montée des régimes collectivistes criminels (le communisme et le nazisme), Mises est en danger et doit émigrer. En 1934, il se rend à Genève où il devient professeur aux HEI (Hautes études internationales), fondée en 1927 par William Rappard.

Mises y reste six ans avant de partir pour les États-Unis. Il rédige alors son grand oeuvre, L’Action humaine, qui paraît en allemand en 1940 et qui paraîtra en anglais en1949 dans une version plus étoffée.

Aux HEI, est également professeur Wilhelm Röpke (1899-1966) (l’Institut libéral a organisé il y a deux ans un colloque pour le cinquantenaire de sa mort). C’est un opposant déclaré au national-socialisme qui est d’abord parti en exil en Turquie en 1933 puis a gagné Genève en 1937.

Röpke peut être rattaché à l’École de Vienne, même s’il est essentiellement un économiste pratique : il est hostile à l’État-providence et à l’européisme (il est pour la diversité des nations).

Élève de Mises, Friedrich Hayek (1899-1992) a émigré à Londres en 1931. Il y est professeur à la London School of Economics. Il est surtout connu pour un best-seller paru en 1944 : La route de la servitude. Avec Rappard, Mises, Röpke et Bertrand de Jouvenel, il a créé la Société du Mont-Pèlerin en 1947. En 1974, il a reçu le prix Nobel d’économie, c’est l’anti-Keynes…

En 1956, Mises a écrit un petit livre sur La mentalité anti-capitaliste, qu’il caractérise par :

  • l’envie et le ressentiment envers le succès
  • le refus de la responsabilité de son propre sort
  • le refus de la science économique
  • le refus de la civilisation occidentale
  • le non-sens de ses objections non économiques (bonheur, matérialisme, injustice etc.)

Pierre Bessard cite ce livre pour bien montrer que Mises ne prenait pas de gants…

Après Mises, Röpke, Hayek, les fils de l’École autrichienne sont, entre autres :

La pertinence actuelle de l’École économique autrichienne se trouve dans :

  • sa démonstration de la nocivité de l’intervention de l’État dans l’économie,
  • son explication des fluctuations conjoncturelles qu’elle attribue aux distorsions provoquées par les politiques monétaires des banques centrales,
  • sa définition de la concurrence qui est un processus de découverte et qui ne peut être l’objet d’une politique,
  • sa défense de l’entrepreneuriat innovant,
  • sa démonstration de l’impossibilité du socialisme : il ne sait pas que produire, en quelle quantité, à quel prix.

Pour un libéral il n’est pas question d’imposer ses vues : il ne peut que se faire un devoir d’employer l’arme de la persuasion et non pas celle de la contrainte. Aussi, s’il veut être entendu, doit-il être un acteur de la culture.

Pierre Bessard n’a pas cité Ernest Renan. Mais il aurait pu. Renan disait en effet : « Ce sont les idées qui mènent le monde ». Or, comme ce fut le cas hier soir, Pierre Bessard prend souvent son bâton de pèlerin et de pédagogue pour que ce soient les idées de liberté qui le mènent et qu’elles procurent aux hommes tous ses bienfaits.

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