Les multiples faillites du keynésianisme

Malgré les faillites successives qu’a engendré la domination du keynésianisme jusqu’aux années 70, nous assistons aujourd’hui au retour de Keynes.

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Les multiples faillites du keynésianisme

Publié le 14 septembre 2013
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Jour 19 de l’anthologie des 30 textes de Robert Wenzel qui vous amènera à devenir un libertarien bien informé : cet article a été publié pour la première fois sur LewRockwell.com le 27 août 2011.

L’Institut Coppet vous propose depuis cet été, en partenariat avec Contrepoints, l’anthologie des trente textes libertariens de Robert Wenzel traduite en français. Robert Wenzel est un économiste américain éditeur du site Economic Policy Journal et connu pour son adhésion aux thèses autrichiennes en économie. Cette anthologie regroupe une trentaine de textes qui s’inscrivent quasi-exclusivement dans le courant autrichien et plus généralement dans la pensée libertarienne. Le but principal de cet ensemble bibliographique de très grande qualité est de former au raisonnement libertarien, notamment économique, toute personne qui souhaiterait en découvrir plus sur cette pensée.

Lire aussi les 18 premiers textes de l’anthologie.


Résumé : Malgré les faillites successives qu’a engendré la domination du keynésianisme jusqu’aux années 70, nous assistons aujourd’hui au retour de Keynes. C’est l’occasion de revenir sur les enseignements que nous ont apporté la période de la stagflation, en matière de réflexion économique sur les relations entre chômage et inflation, et sur la nécessité ou non de recourir à des politiques économiques contra-cycliques.


Lew Rockwell

Par Llewellyn H. Rockwell Jr.
Cet article a été traduit par 24hGold, vous pouvez retrouver l’article sur leur site.

Llewellyn H. Rockwell, plus connu sous le nom de Lew Rockwell, ancien rédacteur en chef des publications de Ludwig von Mises et le chief of staff de Ron Paul, est le fondateur et président de l’Institut Ludwig von Mises à Auburn (Alabama), exécuteur testamentaire de la succession de Murray N. Rothbard, et rédacteur en chef de LewRockwell.com.

 

À l’exception des partisans keynésiens les plus dévoués, il est évident aux yeux de tous que la relance prônée par Keynes n’est jamais parvenue à ses fins. La combinaison des dépenses faites par le Congrès, de l’état actuel du marché immobilier, des tentatives de sauvetage d’entreprises en péril par le recours à l’injection de monnaie, et de l’impression monétaire se chiffrant à des billions de dollars n’a en rien été bénéfique à l’économie des États-Unis.

En réalité, tous ces efforts ont empêché l’ajustement des forces économiques au monde moderne. Toutes les ressources ayant été consommées par le biais de ces relances proviennent du secteur privé, du simple fait que l’État ne possède pas ses propres ressources. Tout ce qu’il fait doit donc provenir de producteurs privés, ou des citoyens en général.

Je trouve fastidieux que nous ayons encore une fois à apprendre cette leçon à nos dépens, alors qu’il y a tout juste 38 ans, nous faisions l’expérience d’un premier effondrement de l’idéologie keynésienne. Cependant, la situation était alors quelque peu différente. Les opérations de relance menées par l’État étaient supposées être en accord avec un modèle d’action fixe basé sur un compromis entre taux d’inflation et taux de chômage. Si le taux de chômage connaissait une trop forte hausse du fait d’une croissance économique en déclin, l’action publique appropriée aurait dû être la suivante : relancer l’économie avant de se soucier des coûts.

L’objectif d’une telle procédure était de recourir au keynésianisme selon sa définition la plus simplifiée en évitant tout un fatras législatif. Les keynésiens ont longtemps critiqué les expérimentations de politiques contra-cycliques de Roosevelt comme n’étant ni bien réfléchies ni scientifiquement administrées pour justifier le fait que ses opérations n’ont pas rencontré le succès avancé. Grâce à la nouvelle théorie keynésienne d’après-guerre, tout aurait dû selon eux se passer pour le mieux.

En 1971, Richard Nixon abolissait les derniers vestiges de l’étalon-or, délivrant le dollar de toute relation avec le métal physique, lui permettant de flotter tel un cerf-volant – auquel on aurait peut-être coupé les ficelles. Ceci était supposé être en parfaite conformité avec l’idéologie keynésienne. Plus aucune chaîne. Plus de relique barbare. Plus de limitations en termes d’opérations étatiques. L’État se voyait ainsi en mesure de mettre en place un équilibre parfait entre inflation et taux de chômage. Le Nirvana !

Gardez à l’esprit que c’était une proposition vérifiable. Si un compromis avait pu être géré par l’État, nous ne verrions pas par exemple d’augmentation du taux de chômage dans le même temps qu’une augmentation du taux d’inflation. Nous n’avions encore jamais assisté à une telle situation par le passé, du moins pas en de telles proportions. Durant la Grande Dépression, les prix n’ont cessé de chuter. Il y eu une légère inflation au milieu des années 1950, mais cette dernière ne fut pas assez soutenue pour s’avérer alarmante.

Vinrent ensuite les années 1973-74, durant lesquelles le taux de chômage était de plus en plus élevé, de l’ordre de 4 à 6% – oui, ce chiffre était dès lors considéré comme trop important. Dans le même temps, le taux d’inflation s’affichait à deux chiffres. Était alors née la récession inflationniste. Cet animal étrange était censé ne pas exister, selon le modèle keynésien tel qu’on le comprenait à l’époque.

Dans un essai publié dans sa collection Economic Controversies, Murray Rothbard écrit :

Ce curieux phénomène d’une inflation faisant son apparition en période de récession n’aurait jamais dû se produire selon l’idéologie keynésienne. Les économistes ont toujours cru que l’économie pouvait se trouver soit en phase de dépression, ou de récession, marquée par un taux de chômage élevé, soit en phase de boom marquée par une augmentation significative des prix. Durant cette phase de boom, l’État keynésien était supposé diminuer l’excès de pouvoir d’achat en augmentant les impôts. Dans le cas contraire, dans une phase de récession, il était supposé augmenter ses dépenses et son déficit dans le but d’injecter de la monnaie dans l’économie. Mais dans le cas d’une économie frappée par un fort taux de chômage dans le même temps qu’une inflation, qu’était-il supposé mettre en œuvre ? Comment pouvait-il stimuler l’économie tout en la freinant ?

La relance keynésienneLa réaction la plus appropriée aurait bien sûr été que l’État et ses hommes politiques ne fassent rien. La panique a cependant fini par s’installer, et chaque théorie farfelue connue de l’homme s’est vue donner une chance d’être mise en place pour le salut de l’économie. Mais il y avait un problème. Les hommes politiques ne savent pas admettre leurs erreurs, quelles qu’elles soient. La politique monétaire n’est pas à blâmer, mais plutôt la cupidité des hommes d’affaires, la voracité des consommateurs, la panique de la population – autrement dit, tout le monde mis à part l’État lui-même.

Alors que l’idéologie keynésienne a sans conteste été prouvée indigne de fiabilité, qui, au sein de l’État, devait porter la responsabilité de cet échec ? Personne. Les problèmes n’ont bien sûr fait qu’empirer, jusqu’à ce que la récession inflationniste devienne la norme aux États-Unis jusqu’à la fin des années 1970, jusqu’à ce que Ronald Reagan fasse son apparition au Bureau ovale.

La campagne de Reagan était toute entière fondée sur un refus du keynésianisme. Il parlait même de remettre en place l’étalon-or. Il promettait une diminution des impôts. Ces promesses n’ont jamais vu le jour, mais il a semblé pendant quelques temps que l’État prenait conscience de son incapacité à se tenir face aux vents des marchés. Tout le crédit revient à cette époque à Paul Volcker. En tant que directeur de la Fed, il a mis en œuvre une réelle réduction de la masse monétaire afin de sortir le pays de la crise. Prenez-le comme une sorte d’anti-Greenspan ou d’anti-Bernanke.

Le Greenspanisme-Bernankisme règne de nos jours, ce qui, nous devons le dire, est une réelle tragédie. La Fed, le Trésor, le président, les régulateurs et le Congrès ont tout tenté afin de stimuler, de stabiliser et de contrer les forces du marché. Bien sûr, ils ont perdu la bataille. Le taux de chômage est toujours outrageusement élevé, et l’inflation est encore une fois en hausse. Cependant, il existe aujourd’hui un problème encore plus sérieux. Dans sa course à la relance de l’économie, la Fed a créé d’incroyables quantités de fausse monnaie désormais entassée dans les coffres de ses meilleures amies les banques. Et ces fausses réserves sont désormais sur le point d’inonder l’économie, causant sur leur passage de terribles vagues d’inflation.

Ceux qui blâment Obama pour cela devraient considérer le fait que tout autre politicien, excepté Ron Paul, aurait agi de la même manière. Les actions entreprises par Obama dans le but de redresser l’économie ont en réalité été mises en place sous l’administration George Bush. Le problème est bien sûr le fruit de l’homme de la Maison Blanche, mais pas uniquement. La source du problème est que (1) nous possédons un système monétaire et bancaire socialiste utilisé par les élites dans le but de s’enrichir à nos dépens, et que (2) ces élites, adeptes du keynésianisme, continuent de prétendre que l’État a le pouvoir de contrer les forces du marché. Voilà les vraies raisons pour lesquelles notre histoire dangereuse et pathétique ne cesse de se répéter. Dans l’économie de marché, il existe une tendance sur le long-terme à réparer ses erreurs en les remplaçant par d’autres actions permettant de les corriger. Au sein de l’État, il existe une fâcheuse tendance à réitérer ses erreurs encore et encore sans se soucier des retombées qu’elles peuvent avoir. L’idéologie keynésienne est, après tout, comme le dit Joseph Salerno, « l’économie du pouvoir ». Cela nous amène au problème principal : l’entité monopolistique qui règne sur la société et la dévaste pour son bénéfice propre.


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  • « … Le keynésianisme est […] une Sophistique Pseudo-Comptable dans la mesure où, comme tout « raisonnement macroéconomique », il vole le concept de prix : pour reprendre les termes de Georges Lane, Keynes a donné
    « « naissance à une démarche qui consistera à considérer qu’on peut faire abstraction des prix en théorie économique, […]»
    « En effet, le Sophisme Pseudo-Comptable viole les conditions d’une comptabilité rationnelle en méconnaissant ses conditions de validité : il consiste, dans une vaine tentative pour échapper au fait que la valeur n’est pas mesurable, à traiter ces mêmes sommes d’argent comme une prétendue « mesure » de substitution dans des conditions où ces sommes d’argent ne traduisent pas les jugements de valeur des personnes qui agissent ; c’est en volant ainsi le concept de valeur qu’il vole le concept de propriété, puisque c’est en se confrontant aux contraintes effectives auxquelles ils font face que les individus forment leurs jugements de valeur réels pour disposer de la richesse.
    « Le Sophisme Pseudo-Comptable commet un troisième type de vol de concepts, toujours associé à la propriété comme concept volé, à savoir qu’il vole le concept de prix, puisqu’il se sert de cette notion dans des conditions où elle ne peut pas s’appliquer.
    Rappelons donc à quelles conditions, et dans quelle mesure les quantités de monnaie traduisent les jugements de valeur : dans tout échange effectif de monnaie contre quelque chose d’autre, l’« acheteur » démontre qu’à ce moment, il donne au moins autant de valeur à ce qu’il « achète » qu’à la quantité de monnaie qu’il aura livrée à la place.
    « C’est ce rôle des prix en monnaie comme repères de la valeur qui permet ce que Ludwig von Mises appelait le « calcul économique », et qui fait de la comptabilité en monnaie, avec les opérations financières éventuellement associées, le seul domaine de l’économie où l’emploi des mathématiques peut avoir un sens.
    « Il s’ensuit que les quantités de monnaie ne peuvent servir comme repères de la valeur que s’il s’agit de prix authentiques, c’est-à-dire de biens effectivement échangés par leurs propriétaires au moment où la transaction se fait.
    « En dehors de ces conditions-là, les quantités de monnaie n’ont plus aucun rapport avec les jugements de valeur effectifs, et il est sophistique, charlatanesque, de s’en servir pour quelque raisonnement économique que ce soit. […]
    « le vol du concept de prix ne se limite pas à la planification centrale sur le mode soviétique : en fait, la notion s’applique à tous les cas où les quantités de monnaie ne reflètent pas un échange volontaire entre propriétaires.
    « Et c’est bien le cas lorsqu’un homme de l’état dépense de l’argent qu’il a, avec ses complices, volé aux autres : c’est pour cela que la prétendue « comptabilité publique », qui recense des richesses n’appartenant littéralement à personne, n’est qu’un rituel magique sans rapport avec les raisons d’agir de ceux qui en disposent.
    « A fortiori de la prétendue « Comptabilité nationale », qui a le front d’ajouter à ses prétendues « mesures de la production » toute dépense faite par les hommes de l’état alors que, justement, ceux qui les subissent refuseraient de les payer s’ils avaient le choix. C’est doublement une Pseudo-Comptabilité, parce que
    « – non seulement la moitié des sommes d’argent qu’elle recense n’appartient à personne, mais qu’en outre
    « – les additions et autres opérations arithmétiques dont elle tire ses prétendues « mesures du produit national » portent sur des objets qui, en théorie de la valeur, ne sont pas commensurables :
    « double vol du concept de prix.
    « Quant aux prétendus « taux de croissance de la production » que les statisticiens prétendent en déduire, ceux-ci sont incapables de tenir compte du fait que l’effet naturel des progrès de la production est d’accroître la qualité des produits et de faire baisser leur prix :
    on l’observe de façon spectaculaire là où les progrès sont les plus rapides, comme dans l’informatique personnelle, où il n’existe aucune « mesure » qui permette de comparer la qualité d’un ordinateur d’aujourd’hui à celle d’un ordinateur d’il y a trente ans.
    Et si les progrès de la production se traduisent normalement par des accroissements de la qualité et par des baisses de prix, comment les soi-disant « comptables nationaux » peuvent-ils calculer leurs prétendus « taux de croissance réelle de la production », eux qui ne recensent que des quantités de monnaie ?
    « Ils ont inventé de prétendus « indices de prix » pour soi-disant « en tenir compte », en même temps que des effets des politiques d’inflation imposées par les monopolistes de la monnaie ; mais comme il est impossible de « mesurer la qualité des produits », ces « indices » comportent une part d’arbitraire décisive, par définition impossible à connaître.
    « C’est donc de façon cruciale que leurs prétendus « taux de croissance de la production » dépendent des choix arbitraires qu’ils ont faits pour inventer un prétendu « indice général des prix » ; et le vol du concept de prix y est triple, puisque ce prétendu « indice des prix », au lieu d’être une quantité de monnaie qui s’échangerait sur un marché, ne traduit que les impasses de la pratique statisticienne.
    « C’est dire si les gloses récentes du dénommé Piquetout sur de prétendus écarts de quelques dixièmes de points de pourcentage entre les taux de rentabilité des investissements, estimés on ne sait avec quelle prime de risque, et de prétendus « taux de croissance » qui comportent cette part-là d’arbitraire, sont dépourvus de toute valeur scientifique et de toute pertinence… »

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