« Lire ! » de Bernard Pivot et Cécile Pivot

Un livre enthousiasmant et rafraîchissant, pour les passionnés de… livres.

Par Johan Rivalland.

Un livre sur les livres. Quoi de plus exaltant, de plus familier, de synonyme de proximité, lorsque les livres font partie de son univers quotidien ? Surtout lorsque l’ouvrage est écrit de main de maître par Bernard Pivot en personne, chantre de l’univers de la lecture et de la passion des livres en général, et sa fille Cécile Pivot, dévoreuse de livres impénitente, pour qui ceux-ci s’avèrent véritablement vitaux.

L’univers des livres

Des livres sur les livres, bien que modeste lecteur, j’en ai lu un certain nombre, et c’est quelque chose qui m’attire profondément. Dans divers registres (grands classiques de fiction, livres pour la jeunesse, romans d’anticipation, Bandes dessinées, essais, témoignages historiques, pamphlets en forme d’ironie, livres pour enfants, pré-adolescents ou adolescents). J’en ai exploré des tas (jamais assez à mon goût). Autant d’hommages à l’esprit qui guide l’écriture et la lecture. Mais paradoxalement, à part quelques rares exceptions, interrogeant sur le sens donné à la lecture, je n’ai pour ainsi dire pas abordé d’ouvrages certainement passionnants et assurément fortement inspirés du type « Une bibliothèque idéale », sans doute trop personnels à mon goût (probablement à tort, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…).

C’est pourquoi, séduit par l’idée, je me suis précipité sur ce livre, que j’ai commencé par humer (certains passionnés de livres comprendront, et je puis dire qu’il fleurait bon la bonne lecture ! Une belle évocation en soi). Un ouvrage attirant, prometteur, vivifiant, qui donne envie sans tarder de s’y engouffrer avec bonheur et résolution.

Un bel ouvrage illustré

 

En ouvrant le livre, je me suis aperçu qu’il était composé non seulement de textes, mais aussi de nombreuses illustrations.

Bien que peu adepte des images ou de ce que l’on appelle les Beaux Livres, une fois n’est pas coutume j’ai été finalement ravi de plonger dans un océan de photos, peintures, illustrations ou autres montages qui m’ont fait retrouver un univers que je connais bien et se sont avérés évocateurs, prolongeant la rêverie et le sentiment de bien-être lié aux livres. Moi qui ne suis pas un contemplatif, je me suis senti fortement inspiré et me suis surpris à savourer certaines images.

Le format du livre, que je trouvais un peu trop grand à mon goût de prime abord, m’est alors apparu adapté et comme une invitation, un appel gourmand à s’emparer du livre pour partir à la découverte ; celle d’un monde à la fois très intime et en fin de compte éminemment ouvert sur le monde, comme l’expriment bien les deux auteurs, père et fille :

Lire des romans, c’est prendre des nouvelles des autres. (…) Lire, ce n’est pas se retirer du monde, c’est entrer dans le monde par d’autres portes. (…) Les mots sont des clés, qui ouvrent les portes de l’existence. Une fois la première de ces clés utilisée, plus question de s’arrêter. Nous ouvrons des portes, nous y engouffrons, hésitons sur le palier, rebroussons chemin… les possibles sont infinis. La lecture est devenue notre alliée la plus fidèle. Elle nous rend forts.

Voilà exprimé ce que la plupart des grands lecteurs ressentent parfaitement bien. Les images sont fortes, mais les sensations bien réelles. Et j’ai coutume de dire, ou de penser, que personne n’est aussi heureux sur terre que les passionnés de lecture, pour qui la vie est forcément trop courte et le temps une denrée trop rare après laquelle on court, toujours avide de nouvelles découvertes, infinies.

Tous les thèmes qui caractérisent la lecture

Ce livre à deux mains est d’autant plus agréable à lire (et je l’ai lu, de fait, en un temps record) qu’il aborde en de petites séquences très courtes tous les thèmes familiers au lecteur et son univers de prédilection au quotidien. Dans une alternance continue entre le point de vue du professionnel qui en a fait son métier (Bernard Pivot) et celui de sa fille passionnée de lecture, qui a partagé de près la vie d’exception (et probablement pas facile) de celui dont c’était le métier, tout en cultivant son indépendance et la bénédiction qu’elle a eu de ne pas trop souffrir de l’absence trop fréquente de l’être cher tout occupé à accomplir son devoir permanent de lecture acharnée et intégrale des livres qu’il sélectionnait pour ses émissions.

Parmi les thèmes développés, et histoire de vous mettre l’eau à la bouche, voici ceux que l’on trouve dans se magnifique ouvrage stimulant :

 

– l’évocation, bien sûr, du plaisir de la lecture, et l’idée qu’il s’agit d’un privilège, voire même, d’un certain point de vue, ou en certaines circonstances, d’une forme de dissidence,

– les lectures d’enfance, qui laissent toujours une trace indélébile et jouent un rôle évident dans le profil de lecteur que l’on devient,

– le confort et les rituels de lecture, qui constituent une question pas si anecdotique pour ceux qui passent une grande partie de leur existence à lire et recherchent en permanence la manière idéale ou la moins mauvaise de faire face aux contraintes du corps pour accomplir leur passion (on devrait envisager une forme de remboursement par la Sécurité sociale),

– l’usage (ou non) des dictionnaires, pour mieux aborder le sens ou les nuances des mots que l’on rencontre au fil de ses lectures,

– la question du choix du livre, parmi cette infinitude de possibles et de sorties quotidiennes, qui impliquent des renoncements permanents,

le plaisir d’entrer dans les librairies (ou de devoir y renoncer, dans le cas de Bernard Pivot, qui s’en explique), d’y vaquer librement, ou d’opter, à l’inverse, pour les commandes à distance,

– la place du roman et de l’imaginaire dans les lectures,

l’isolement, les conditions psychologiques dans lesquelles on se trouve au moment de lire, les contraintes de la vie de tous les jours, ce que l’on est amené à sacrifier pour assouvir sa passion,

– les anecdotes au sujet des lunettes de Bernard Pivot (mais aussi de sa fille Cécile et, à travers elle, de beaucoup de lecteurs),

– la lecture en vacances (non seulement en termes de nature, mais aussi de contraintes de lieux),

– la question de savoir si lire donne envie d’écrire,

– la question classique, pour ceux qui possèdent beaucoup de livres, de savoir comment les ranger, où les ranger, comment gérer son espace vital lorsqu’on est envahi, l’opportunité d’opter (ou non) pour le livre électronique,

– le plaisir d’offrir des livres, la manière de les choisir,

– ceux qu’on finit par abandonner, ceux que l’on envisage de relire,

– la manière d’inciter les enfants à lire et pourquoi la question se pose,

– la lecture à voix haute ou en public.

 

Autant d’incitations à vous procurer ce livre, si vous êtes passionné ou êtes curieux de découvrir de plus près ce qui constitue l’univers familier et passionnant de ce père et cette fille passionnés. Un livre stimulant, que l’on partage avec le plus grand des plaisirs.

 

Bernard Pivot et Cécile Pivot, Lire !, Flammarion, mars 2018, 190 pages.