20 bonnes raisons d’arrêter de lire

Si vous vous apprêtez à prendre quelques jours de vacances… surtout réfléchissez bien : faut-il vraiment prendre quelques livres avec vous ?

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20 bonnes raisons d’arrêter de lire

Publié le 14 avril 2015
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Par Johan Rivalland

20 bonnes raisons d'arrêter de lire Pierre MénardCe petit livre m’a tout de suite attiré par son titre et son thème.

Aussitôt, on se doute qu’il va être question d’une apologie des livres, via le procédé de l’ironie et des antiphrases. Prometteur, donc.

Une sorte de réponse en forme de ricochet à Charles Dantzig, cité à plusieurs reprises, qui posait la question suivante, en 2010 : « Pourquoi lire ? ».

Et l’auteur a de la suite dans les idées, car il écrit la dédicace suivante : « À tous ceux qui ne liront pas ce livre ».

Des dangers de la lecture

Et si, finalement, il ne se voulait plus sérieux qu’il y parait ? Et si l’auteur, Pierre Ménard, au-delà de l’ironie, parvenait à vous faire douter, à vous donner de réelles bonnes raisons de prendre garde au caractère parfois dangereux des livres ?

Heureusement, comme les statistiques les plus officielles le révèlent, pas si nombreux sont, en définitive, ceux qui lisent vraiment un livre jusqu’au bout, tout au moins parmi les best-sellers qui occupent, de fait, une très grand part des ventes.

Et si le livre avait avant tout une valeur ou une fonction esthétique ? Situation pas si absurde, évoquée d’ailleurs à travers le court chapitre 19 (les chapitres, tous compris entre une et dix pages, n’en sont d’ailleurs pas véritablement), « Les livres faits pour ne pas être lus », qui recèle, non sans humour, là encore son fond de vérité.

Mais de quels dangers parle-t-on ? Les coupures aux doigts, la myopie, le manque de sommeil ? En voici d’autres, qu’évoque également Pierre Ménard :

 « À trop lire, et en particulier des livres d’histoire, on se rend compte des avantages du passé et des inconvénients du présent, sans que la réciproque soit vraie.

Il faut dire qu’il y a matière à réfléchir. En effet, aujourd’hui, l’eau mouille, les facteurs sont timbrés, les cheminots déraillent, les routiers se font rouler, les électriciens ne sont pas des lumières, les pâtissiers sont au bout du rouleau, les femmes de ménage sont dérangées, les avocats sont véreux, les plombiers sont bouchés et les bouchers trop crus, les cuisiniers sont louches, les serveuses sont menues, les photographes ont des pellicules, les brasseurs sont sous pression, les serruriers se portent mal, les chauffeurs de taxi ne savent pas se conduire… »

Évocateur. Et qui donne bien le ton du livre.

20 bonnes raisons de ne pas lire

L’auto-parodie va jusqu’à intituler le livre « 20 bonnes raisons de ne pas lire », alors qu’on en trouve finalement 26. Certes, cela aurait sonné moins bien, mais l’auteur ne doit pas totalement y être étranger.

Parmi ces raisons, on trouve pêle-mêle : « Lire rend laid, rend fainéant, rend pédant, rend snob, coupe du monde (le calembour étant, naturellement, recherché par l’auteur), nuit à la réussite professionnelle, rend fou, rend triste, tue, est un plaisir élitiste, détruit l’environnement, est inutile, … ».

Mais être mono-lecteur peut s’avérer bien pire :

 « Saint Thomas d’Aquin a raison de dire qu’il « craint les hommes d’un seul livre » : les excités politiques de tout poil ont leur ouvrage de référence, à l’exclusion de tous les autres. Les Témoins de Jéhovah ont leur manuel, les islamistes le Coran (ce n’est pas un hasard si l’on parle de religion du livre), les communistes Le Petit Livre rouge, les anarchistes Proudhon, les nazis Mein Kampf et les enfants Oui-Oui. »

Où lit-on ?

Le chapitre sur les lieux de lecture est, à lui tout seul, savoureux.

Extrait :

 « Les trois lieux où l’on lit donc encore aujourd’hui sont les transports en commun, le lit et… les petits coins.

Je passerai le premier sous silence, car si l’on lit dans le métro, ce n’est pas pour vivifier son intellect, mais seulement pour avoir un endroit neutre où poser son regard. Autrement, que faire de ses yeux alors si embarrassants ? Regarder les gens qui voyagent avec nous ? On passe vite au mieux pour un psychopathe, au pire pour un pervers. Fixer attentivement une banquette, un néon ou une barre en fer ? Là, on nous prend pour un débile profond. Fermer les yeux ? Dites alors adieu à votre portefeuille. Je ne m’attarde pas davantage sur ce qui n’a pas lieu d’être.

Évidemment, l’on peut trouver une logique homonymique à dire qu’on lit au lit. Mais la véritable raison pour laquelle on lit avant de se coucher est que les livres endorment. Knock, le médecin escroc de l’écrivain non moins escroc Jules Romains, suggère ainsi à ses patients insomniaques de lire pour trouver le sommeil.

Quant au dernier endroit, si la bienséance voudrait que je le passe sous silence, la nécessité d’une démonstration globale de la nuisance qu’entraîne la lecture m’oblige à l’évoquer(…) »

Hommage au vieil écrivain grincheux

Si les dangers s’avèrent, en définitive, plus prépondérants concernant les auteurs que les lecteurs, la  conclusion n’aura pas manqué de me surprendre et me laisser pantois (raison pour laquelle je n’ajouterai rien). Moi qui ignorais qui est Pierre Ménard et imaginais un vieil écrivain aguerri, vers la fin de sa carrière, voici ce que j’ai découvert en achevant la lecture :

 « Voulez-vous une preuve de plus de l’inutilité de la lecture ? Vous la tenez entre vos mains. Car qu’est-ce que ce livre sinon un brûlot peu intéressant, qui vous a pris du temps et ne vous a rien apporté ?

Pourquoi ai-je écrit un tel livre ? Pour tuer le père. Pour me libérer de l’esclavage qu’est la lecture, et empêcher les autres d’y sombrer (…)

Vous qui avez peut-être la chance d’être un néophyte, tenez-vous sagement à l’écart des livres. Tuez-les avant qu’ils ne vous tuent. Pour moi, c’est déjà trop tard. Écoutez les conseils d’un vieux fou de 21 ans. »

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  • S’isoler pour écrire son livre. L’histoire de son histoire. C’est bien aussi. Ça fait du bien d’écrire même en vacances.

    Mon programme préféré c’est la ballade à pied au bord de mer, à la campagne ou à la montagne.

  • et c ‘est pas la ministre de la culture qui va le contredire! Elle est déjà convaincue! Le ministre de l  »education aussi, vu le nombre d illétrés que la grosse et couteuse machine produit chaque année.

  • J’espérais quelque chose de cet article, mais les arguments sont d’une indigence décevante.

    Contre la culture occidentale de l’écrit, l’auteur aurait pu opposer les avantages des traditions orales, qui rendent la parole, le savoir et la poésie bien plus vivants et agissants que les plus beaux de nos chefs-d’oeuvre littéraires, qui restent enfermés et silencieux dans les pages de nos livres.
    Il aurait pu dire que la transmission orale favorise la relation, l’écoute et la mémoire, qu’il stimule les capacités mentales et la confiance en soi bien plus que l’apprentissage ânonné devant un livre ouvert.

    Enfin, il aurait pu dire que dans ces pays « en voie de développement », les jeunes des rues illetrés n’en sont pourtant pas moins dotés d’un bagou et d’une éloquence sans équivalent en occident, que même nous adultes occidentaux ne pouvons rêver d’égaler, à moins de faire des formations en « art oratoire », en « prise de parole en public », où l’on nous enseignera, enfin, à écouter, à parler, et bien d’autres comportements de base délaissés par l’éducation à l’occidentale.

  • Les libertariens ont leur « Ethique » de Rothbard, quelle bande de bigots…

    • Oui. Et puis ceux de Samuel Konkin, et puis ceux de David Friedman, et puis ceux de Lisander Spooner, et puis ceux de Shumpeter… (Sans déconner, je ne connais pas de libertariens qui n’aient pas lu au moins un bouquin d’une bonne partie de ces auteurs…)

      Être libertarien, ou libéral, ou même Athée, ce n’est pas une position par défaut. C’est quelque chose qui demande un choix conscient, qui attire des gens qui ont tendance à s’informer (parce que ce sont des pensées minoritaires et qui n’ont pas forcément bonne presse). Le socialisme, moins.

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