Après le Pass Sanitaire, le pass Culture, le tour de pass-pass permanent

Le pass-culture, c’est de l’hélicoptère monnaie, de la distribution d’argent gratuit aux 800 000 jeunes d’une classe d’âge, orientée vers la culture.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
With Emmanuel Macron CC BY-NC-ND © ALDE Party

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Après le Pass Sanitaire, le pass Culture, le tour de pass-pass permanent

Publié le 25 mai 2021
- A +

Alors que les projecteurs médiatiques étaient tous braqués sur le pass sanitaire, Emmanuel Macron a annoncé la semaine dernière la systématisation d’un autre pass… le pass culture. Ce nouveau moyen « mis au service de la démocratisation de la culture » auprès des jeunes est donc en marche.

Il participe à une opération séduction à destination de la jeunesse, fortement touchée par la crise du Covid, au même titre que la vidéo du président de la République avec les youtubeurs McFly et Carlito diffusée dimanche dernier.

Le pass culture, c’est d’abord la réalisation effective d’une promesse de campagne  :

Nous créerons un pass culture. Il permettra à chaque Français de 18 ans d’effectuer 500 euros de dépenses culturelles (cinéma, théâtre, livres…).

Le pass culture, késako ?

Selon le site pass culture, il s’agit d’une mission de service public portée par le ministère de la Culture :

Ce dispositif te permet d’avoir accès l’année de tes 18 ans à une application sur laquelle tu disposes de 300 euros pendant 24 mois pour découvrir et réserver selon tes envies les propositions culturelles de proximité et offres numériques (livres, concerts, théâtres, musées, cours de musique, abonnements numériques, etc.).

Il suffit de télécharger l’application dédiée et géolocalisée et d’y réserver des offres parmi les milliers présentées.

Un an avant les présidentielles, cette belle promesse sera respectée à 100 %  :

À partir de janvier 2022, le pass culture sera étendu aux collégiens à partir de la 4ème et aux lycéens, à hauteur de 200 euros pour les mineurs.

Le compte est donc bon puisque ces jeunes bénéficieront bien au total de 500 euros pour financer des activités culturelles en additionnant ces 200 euros aux 300 euros obtenus à la majorité.

Le pass culture, c’est de l’hélicoptère monnaie, de la distribution d’argent gratuit aux 800 000 jeunes d’une classe d’âge, orientée vers la culture. Est-ce de la culture avec un grand C ?

En accédant par exemple aux plateformes de streaming Deezer et Spotify, tous les styles musicaux sont accessibles… des classiques aux pires bruits. Les jeunes pourront par exemple écouter en boucle les chansons d’Ultra Vomit (tout un programme !), le groupe français de heavy metal invité surprise dans le parc du Palais de l’Élysée à la fin de la vidéo des youtubeurs citée ci-dessus. Disons rapidement que c’est l’éternelle poursuite de la politique initiée par Jack Lang visant à reconnaître un plein droit de cité à toutes les expressions artistiques…

Symboliquement, cela revient à faire passer le message du « droit à » dès sa majorité. À 18 ans, on prend conscience de l’État providence redistributeur dans toute sa splendeur. Le passage à la majorité, c’est le passage au droit aux subsides de l’État… et un fléchage subliminal en termes de destination de son droit de vote…

Quelle efficacité ?

De prime abord, en termes d’efficacité de l’État, il semble que la méthodologie à l’œuvre pour mener le projet a été irréprochable. Celui-ci a été mené en mode agile par une équipe de bobos digne d’une start up de la Tech comme on peut l’observer sur la fiche de présentation du site.

L’équipe dirigeante avait pourtant été pointée du doigt en raison de rémunérations disproportionnées.

Michel Rocard serait content. Il y a bien eu une évaluation de la politique publique : une synthèse sur le bilan de l’expérimentation du pass culture vient d’être publiée. Les résultats y sont jugés prometteurs.

Par exemple, il y a eu « 128 070 inscrits sur une population cible de 135 000 jeunes dans les 14 départements pilotes ; 4500 lieux culturels référencés depuis l’origine du projet ou encore 766 505 offres réservées, dont + de 400 000 livres. »

Bref, l’usage des vanity metrics (le reporting de chiffres impressionnants, propres à certaines start ups qui comptabilisent plus les clics et les likes que les ventes…) bat son plein.

Et pourtant une enquête de Mediapart avait souligné les défauts de l’expérimentation démarrée début 2019. Des défauts suffisamment graves pour que la radio d’État France Culture ose titrer le 7 novembre 2019 : « Le pass culture : autopsie d’une fausse bonne idée. »

Il apparaissait effectivement que les livres arrivaient en tête des produits culturels consommés mais qu’il s’agissait avant tout des achats des classiques programmés dans le cadre scolaire.

L’article de France Culture de conclure sans appel :

C’est pourtant une impasse. Et il serait plus que temps de débrancher cette fausse bonne idée, dont même les principaux intéressés ne savent pas quoi faire.

À noter qu’il n’y avait aucune trace dans ce beau rapport des risques de détournement, pourtant identifiés dès 2017.

Une expérience du même type en Italie semblait indiquer qu’un tel système pouvait être dévoyé par le biais de reventes ou d’échanges contre de l’argent liquide.

Vous me répondrez que si les jeunes Français détournent aussi le système, c’est tant mieux pour leur budget et pour l’apprentissage de l’économie réelle ! À défaut d’apprendre l’économie de marché au lycée, ils peuvent l’apprendre sur le terrain, par le système D, en comprenant qu’ils peuvent revendre au second marché ce qu’ils obtiennent gratuitement via le pass culture…

Enfin, pas d’analyse non plus de l’effet d’aubaine : une partie des utilisateurs aurait sans doute de toute manière consommé (grâce à l’argent de poche familial ou à des jobs d’étudiant). Le constat avait d’ailleurs été fait lors de la mise en place de la gratuité des musées pour les moins de 26 ans sous Sarkozy… Il ressortait que la fréquentation était certes dopée mais que la gratuité ne favorisait pas la diversification sociologique.

Alors avions-nous besoin de ce pass culture certainement cher à Brigitte Macron et cher pour les contribuables ?

Et si nous laissions faire le marché ?

Pour les livres 

À l’heure de l’économie circulaire, les étudiants ont-ils besoin d’acheter des livres neufs ? Le marché des livres d’occasion, qui a toujours existé (cf. les bouquinistes…), bat son plein et est facilité par les markets places sur le web. Il suffit de se balader dans un vide-greniers pour constater que les livres d’occasion se vendent désormais souvent au kilo.

Sans oublier la possibilité de récupérer gratuitement des livres sur la toile. Et puis à quoi serviront désormais les bibliothèques, ces anciens temples de la démocratisation de la culture ? Bref, les jeunes avaient-ils vraiment besoin du pass culture pour acheter et lire des bouquins ?

Pour les films ou la musique

Entre les sites en streaming très accessibles ou les vidéos visionnables gratuitement en les recherchant sur la toile, le besoin d’une aide financière parait également superflue. Et puis rien n’empêche les salles de cinéma de pratiquer le yield management, comme les compagnies aériennes. Cette technique permet d’adapter les tarifs en fonction de la fréquentation des salles pour favoriser un taux de remplissage maximal.

Pour les salles de spectacle

Théâtre, concert, opéra… laissons le marché trouver des solutions pour faire venir les jeunes. Elles existent déjà pour acheter au dernier moment des places à l’Opéra.

Devinez quel sera le prochain pass

Le pass dette existe depuis longtemps. Nos enfants et petits-enfants sont tous sans exception porteurs chacun de dizaines de milliers d’euros à rembourser. Il vient simplement de s’alourdir d’une bagatelle de 300 millions par an sans compter des millions de frais de fonctionnement pour financer l’équipe dédiée et les frais techniques.

Les pass droits eux aussi existent depuis longtemps. À une époque où les interdictions en tous genres se multiplient, les pass droits ne peuvent que pulluler.

Alors ? Eh bien il ne nous reste qu’à boire un bon pass tis aux terrasses désormais ouvertes pour phosphorer et imaginer les futurs pass que nous devrions retrouver nombreux dans les programmes présidentiels.

 

Voir les commentaires (31)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (31)
  • Seul au milieu de la cour, le petit coq est obligé d’acheter les poussins.
    Comment chercher désespérément à être élu avec votre argent…

    • Roven , dans la vidéo avec les you tubers , le petit coq en question ne portait pas de masque , ni ses potes , alors qu’ils étaient en intérieur ….alors lui et son pass sanitaire , hein…..

      • Ça devait être ventilé, dans ce cas, cétotorisé. Vous vous y perdez, normal. Remarquez, sur sa photo twitter, le Président est masqué… propaganda…

  • Le Pass culture, c’est bien, mais j’apprécie beaucoup plus votre Pass-tis.
    Le pass-sage en tête aux prochaines présidentielles n’est-il pas le principal pass-droit que se permettre le prince ?
    Ou comment dépenser l’argent du contribuable sans le faire entrer dans ses comptes de campagne … !

    • Vous oubliez les pass plats subventionnés qui servent la soupe tous les soirs dans la boîte à caca.

    • N’aimant pas le goût de l’anis je ne vois que le pass tousgrains qui se rapproche de mes goûts: les grands crus de Bourgogne.

  • Comme l’avait si bien dit un lecteur de Contrepoints il y a quelques jours : « ce gouvernement est une vraie maison de passe ». 😀

  • Macron le disruptif a réalisé le rêve du parti communiste.
    Bientôt plus un euro gagné n’échappera à la redistribution organisée par l’Etat.
    J’ai 62 ans, j’ai voté pour Macron et je suis convaincu qu’il est dangereux pour la France.
    Il a volontairement choisi un gouvernement incompétent à qui il demande d’occuper le terrain tous azimuts, quitte à multiplier les couacs.
    Depuis plus d’un an, de nombreux Français vivent sous perfusion et la facture sera astronomique, merci Bruno Le Maire.
    Le ministre de l’intérieur se rend à la manif des policiers, en mettant en scène son soutien, alors que Macron dénonçait les violences policières dans un média « djeune »
    La fameuse croissance verte nous coûtera non seulement des milliards mais ruinera notre industrie automobile.
    Le premier ministre, devenu chef de train pour une nuit, veut relancer le ferroviaire à coups de subventions et participe ainsi à l’affaiblissement de notre industrie aéronautique.
    Si quelqu’un comprend la feuille de route de ce pouvoir, je suis preneur.
    La cerise sur la gâteau est la prestation de Macron l’humoriste avec les youtubeurs.
    Comme disait André Pousse, « la connerie à ce point là, ça devient gênant. »
    Je l’avoue, j’ai honte d’avoir voté pour un président qui piétine autant la fonction.

    • il n’est jamais trop tard pour être lucide… et vous avez l’honnêteté (rare) de le reconnaître !

    • Vos remords valent pardon. D’autres ici même avaient souscrits à l’idée que ce Macron pouvait être pire que Hollande, même si, à l’époque, cela paraissait impensable, tant le gros avait rendu notre pays ridicule. Mais le ridicule vaut mieux que le sabotage. Macron suit la feuille de route de Klaus Schwab, Soros et Gates. Lisez « The great reset » pour vous en convaincre. C’est sidérant de folie furieuse.

    • Voter pour macron, vous aviez peur de la marine, mais, c’est la même chose donc pas de regrets à avoir.

  • Le seul pass, à ma connaissance, qui fait l’unanimité parmi les utilisateurs, et depuis fort longtemps, c’est celui qui permet à chaque Marseillais de prendre un apéritif tous les jours.
    Le pass-tis, ça s’appelle.

  • beau détournement d’argent public au profit de quelques copains !

  • Je vous rejoins sur l’inutilité de ce pass mais pourquoi ce mépris pour Ultra Vomit ? Vous semblez ignorer qu’une même personne peut prendre plaisir à écouter des genres musicaux très différents.
    Pas plus tard qu’hier soir, j’ai regardé la 9ème Symphonie de Dvorak dirigée par Gustavo Dudamel. Je suis pourtant un grand fan de métal (le prie bruit ?), y compris le métal parodique d’Ultra Vomit.

    • La symphonie du « Nouveau Monde »… tout un programme !

    • C’est vachement bien Ultra Vomit. C’est drôle et ça joue.

    • J’ai pas bien compris la référence en effet… Il aurait pu prendre PLS ou Aya Nakamura, ça aurait été un peu plus crédible. N’étant pas fan de métal, j’avoue qu’au moins, ça joue carrément bien même ; contrairement aux références que je viens de citer…

  • Au théâtre de l’Elysée : Un pas-tiche de présidence.

  •  » Démocratisation de la culture  » ??? mon œil !!! Il s’agit à travers ce crédit de rendre les bénéficiaires prisonniers d’une culture validée par l’état ou les bien pensants ; autrement dit on passe au bourrage de crâne et au lavage de cerveau et çà ce n’est pas culturel !!!!

    • « Démocratiser la culture », c’est ce qu’a sorti comme argument Macron pour présenter le pass… Ca signifie donc que selon lui, la culture est interdite à certaines catégories de français…
      Alors que l’auteur nous a clairement montré qu’à priori c’est plus par choix que par manque de moyen (cf accès aux musées gratuit qui n’ont pas boosté la diversification du public)… Mais ce genre d’étude, le bobos ne les regardent pas, c’est comme avec l’énergie…

  • En plus de la gabegie habituelle, notons que cette appli « innocente » permettra une géolocalisation permanente de nos chères têtes blondes par nos zélus

  • Attention, vous ne pourrez pas écouter de la musique sur Spotify. En effet, ce n’est pas français, et donc non autorisé. De même pour Netflix, Amazon.
    Ces nouveaux pass, pour résumer c’est protectionnisme et xénophobie…

    • Il n’a pas l’air de savoir que Amazon permet à des tas de petits commerçants français de vendre. En fait si, il le sait, mais propaganda…

  • Et savourer un bon pass temps ne coûtant rien aux autres.
    Un passe-temps honnête.

  • Votre article soulève des points intéressants, mais sur la critique du bilan officiel (PDF fourni en ligne), vous ne prouvez rien qui remette en cause leur approche positive actuelle, on aurait aimé savoir en quoi il ne s’agissait que de Vanity Metrics ? (indicateurs ne faisant que flatter la vanité de l’annonceur)

  • En quoi les indicateurs utilisés dans le rapport positif d’évaluation de mars 2021 sur l’opération sont-ils des Vanity-Metrics ?
    Rien dans votre article ne l’établit ?

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

J’ai découvert Mme Braun-Pivet, ou du moins j’ai fait le lien entre le nom et la personne, lors de la soirée électorale du second tour des élections législatives. Le moins que j’en puisse dire, c’est que l’épisode en question (vidéo, à partir de 3 h 41′ 50″) ne fait honneur ni aux femmes en politique ni à la politique elle-même. Attention, mesdames et messieurs, la petite scène que je m’apprête à vous rapporter est absolument insoutenable… de médiocrité :

Nous sommes au soir du 19 juin 2022, sur le plateau spécial de BFM TV pour les él... Poursuivre la lecture

« Le port du masque est fortement recommandé ». La période électorale terminée, la vie hexagonale reprend son cours, et en particulier s’agissant des restrictions liées au covid.

En témoignent les messages reçus depuis quelques jours par de nombreux Français, dans leurs transports, leur travail ou leur supermarché.

Ce mardi, ce sont les Niçois qui ont été rappelés à la réalité. Chez nos confrères de CNews, le maire de Nice Christian Estrosi a déclaré envisager le rétablissement de l’obligation du port du masque dans les transpor... Poursuivre la lecture

Victorieuse à la présidentielle mais fortement contestée après les élections législatives, la Macronie va devoir transiger, négocier et réinvestir le champ parlementaire. Et ce n’est pas vraiment dans ses habitudes.

Le triomphe d’Emmanuel Macron en 2017 est aussi le triomphe de l’hyperprésidentialisation du régime. Porté en triomphe par les médias et bénéficiant d’une confortable majorité à l’Assemblée, le nouveau président peut s’imaginer Jupiter. Il s’entoure de technocrates chargés d’appliquer à la lettre ses consignes et exige l’ob... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles