Pass culture : pour s’abonner à Salto, mais pas à Netflix

Fortnite scrrenshot BY Whelsko (CC BY 2.0) — Whelsko , CC-BY

Oui à Salto, mais non à Netflix. Oui à des livres, mais pas sur Amazon. Oui aux jeux vidéo mais pas Fortnite ni Call of Duty ni Fifa. Le pass culture encadre « strictement » les achats culture des jeunes. On n‘est pas là pour rigoler, non mais.

Par Margot Arold.

Et Macron s’envole auprès des jeunes dans les sondages. Il faut dire qu’avec son chèque de 300 euros à destination de « tous les jeunes », pour qu’ils puissent accéder à la culture, quel que soit leur niveau social, ça fait vendre.

Enfin vendre… Seulement auprès des entreprises agréées Macron, gens de bonne compagnie, entre initiés, quoi…

Pass culture pour (se) racheter une bonne conscience ?

Car ce pass culture permettra aux jeunes d’acheter des livres, mais pas sur Amazon. Faudrait pas prendre les membres du gouvernement pour des canards sauvages. Ni l’argent public pour du gaspillage auprès d’entreprises qui offrent un service quasi irréprochable qui sont de méchantes entreprises capitalistes.

Le jeune, muni de cet argent public, devra dépenser dans le secteur de la culture : vous savez, celui qui a été mis à mort par les décisions gouvernementales. Celui qui est déjà outrageusement subventionné, du reste… Mais cela ferait-il peut-être un peu désordre qu’on balance du pognon de dingue à destination de la culture, après avoir volontairement tué le secteur.

Donc on passera – finement joué – par les jeunes, à qui on donne de l’argent pour qu’ils aillent faire revivre le secteur sinistré. Malin !

Petit problème cependant, la kultur subventionnée s’entend comme une nouvelle forme de politique : il faut que les jeunes dépensent « bien » et « politiquement correct ». On ne va quand même pas balancer du pognon de dingue sans être sûr qu’il servira politiquement à quelque chose : donc les jeunes sont priés d’acheter français, mônsieur, ou à la rigueur, européen.

Pass culture et « french tech »

Ils peuvent s’abonner à Canal (tiens ?), OCS (re-tiens ?) et à… (attention si ces noms vous disent quelque chose vous êtes dans le camp du Bien) FilmoTV, la Cinétek, Univecine (ces trois-là étant financés par le CNC et par Europe Creative Media), BrutX, ADN, Madelen (le streaming de l’INA), et Queerscreen (streaming LGBT). Ainsi, « on » n’a pas « oublié » de bichonner les minorités votantes.

Mais les jeunes ne pourront pas s’abonner à Netflix. Ni Amazon Prime, ni Disney.

Bien entendu, comme c’est de l’argent public, il doit servir les intérêts des Français de l’État. Dit autrement cela s’appelle soigner les acteurs de la fameuse « french tech » si chère au Président.

Culture et jeux vidéo

La culture c’est la lecture, le théâtre, les musées, et c’est aussi, de façon un peu inattendue, les jeux vidéo. Mais attention, uniquement s’ils sont français ou européens, sinon ils ne cultivent pas, c’est évident.

Bref, rien de nouveau sous le soleil : l’argent public sert à brosser certains secteurs économiques dans le sens du poil (je vous ai tués mais je vais vous mitonner une solution aux petit oignons), acteurs économiques si possible franco-français (on met l’argent dans les tuyaux qui vont bien), et accessoirement, flatter les jeunes pour les prochaines élections.

Et ça marche ! Macron remonte dans les sondages auprès des jeunes. Peut-être est-ce là une ultime tentative de leur faire oublier les privations sociales de ces derniers mois : après le pass sanitaire, un pass culture qui porte la même douce appellation sordide de laisser-passer vers la liberté

Au plus haut niveau de la politique, on sait exploiter finement le mode multi-joueurs, et on connaît la stratégie pour gagner la partie avec les bonus de l’argent public. Mais il est possible que la manœuvre pour obtenir des vies (politiques) supplémentaires ne passe pas totalement inaperçue. Et là, ça pourrait bien être « Game Over ».

 

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