Pourquoi ne plus manger de viande ne sauvera pas les vaches

Vaches-Guy Buchmann(CC BY-NC-ND 2.0)

Il n’y a à l’heure actuelle aucun substitut possible aux protéines animales pour assurer notre besoin fondamental de protéine. Faire des cantines scolaires végétariennes, c’est priver de viande les enfants à qui les parents ne peuvent pas en payer.

Par Pierre Silberzahn.

« Que puis-je faire ? La meilleure chose que chacun puisse faire pour les animaux est de ne pas les manger. Ne pas manger de viande est le moyen le plus simple pour sauver la vie de nombreux animaux chaque année ainsi que refuser la cruauté et les mauvais traitements quotidiens qui leur sont infligés dans les abattoirs et dans les élevages industriels en France et ailleurs. Laisser tomber la viande est également l’une des meilleures choses que vous puissiez faire pour votre santé et pour l’environnement. » Peta France
PETA :
 Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux.  Peta a pour objectif de mettre fin à l’utilisation des animaux pour la fourrure, le cuir et la laine, la consommation de viande et de produits laitiers, l’élevage intensif.

Au cinquantième anniversaire de mai 68, le célèbre « Mort aux vaches ! » est de nouveau d’actualité. Mais les vaches ce ne sont plus les flics mais les vraies vaches, ces paisibles bovins qui nous donnent leur lait et leur viande en échange d’herbe. Je montre que ne plus manger de viande ne sauverait pas les vaches mais signerait la mort des vaches, la fin des vaches.

Vers la fin des vaches… et de la viande ?

Les bovins sont présents sous toutes les latitudes. Leur population mondiale s’élève à 1,5 milliard de têtes, essentiellement pour produire du lait. Les Chinois programment des étables laitières de 10 000 animaux résultant de clonage. Selon la FAO, après avoir doublé en 20 ans, la consommation de viande pourrait à nouveau être multipliée par deux d’ici 2050.

Il y a en France 20 millions de bovins comprenant 4,2 millions de vaches à viande dites de races allaitantes (Charolaises, Limousines) dont le lait n’est consacré qu’à allaiter leurs veaux et 3,5 millions de vaches de race laitière (Holstein, Normandes) qui produisent le lait de consommation.  Les Français consomment en moyenne 50 litres de lait, 30 kg de produits lactés (yaourts, desserts lactés), 24 kg de fromage et 8 kg de beurre.

Une vache de race laitière effectue son premier vêlage (accouchement) vers l’âge de trois ans. Sans vêlage, il n’y a pas production de lait. La production de lait débute après le vêlage. Le veau est retiré à sa mère à la naissance pour être nourri au lait artificiel. Après son vêlage la vache va produire du lait pendant 8 mois. Elle est inséminée au bout de deux mois de lactation, débutant ainsi une gestation de 9 mois. Elle sera « tarie » (sa production lactée est arrêtée) 2 mois avant le nouveau vêlage pour permettre le développement final in utero du nouveau veau. Le nouveau vêlage déclenchera une nouvelle lactation.

La vache peut vivre jusqu’à 15-20 ans mais à 6-7 ans, après trois lactations et trois veaux, sa production laitière diminue. Elle garde cependant une valeur bouchère et est envoyée à l’abattoir comme « vache de réforme ». Sa viande vendue sous le nom de viande de bœuf sera essentiellement consacrée à la fabrication de viande hachée qui constitue 45 % de la viande consommée en France. 40% de la viande bovine en France provient de la filière laitière (vaches de réforme et jeunes bovins).

Une vache produit un veau par an, soit 3-4 veaux au cours de sa carrière laitière. Les 4 millions de vaches du troupeau laitier auront produit en trois ans 12 millions de veaux (moitié mâles, moitié femelles). Environ 30% vont au renouvellement des vaches laitières et 70 % des veaux nés en filière sont destinés à la boucherie, les veaux mâles n’ayant que la boucherie comme issue.

Jusqu’alors cette marée d’animaux ne posait pas de problème. On gardait les animaux destinés au renouvellement et on mangeait les autres.

Que faire des veaux et des vaches de réforme si, parce qu’on les aime, on ne veut plus ni les tuer ni les manger ? Les sacrifier et les enterrer dans des fosses communes ou alors les incinérer dans des fours crématoires ? Ce qui n‘est pas possible puisqu’on les aime. Il reste à lâcher tous ces animaux dans la campagne. À leur rendre la liberté… Il y a en France 7,7 millions de vaches en production (c’est-à-dire les femelles, laitières et allaitantes). Et 1,5 milliard de bovins au monde.

Quoiqu’en pensent les véganes, manger les vaches de réforme et les veaux est sans doute la seule solution. Si on ne veut plus les manger, il faut arrêter l’élevage et l’exploitation des vaches laitières. Décider de se passer des vaches c’est aussi décider de se passer de lait, de beurre, de fromage et surtout de la production fondamentale de lait infantile, le lait infantile étant produit à partir du lait de vache. Sans production de lait infantile, il ne pourra plus y avoir production de bébés.

Il faudra arrêter de faire des bébés, faute de pouvoir les nourrir. Les laits végétaux, dont celui de soja, ne semblent pas être une solution. Pas plus que le lait à base de pois. Ces ersatz végétaux du lait sont impropres à l’alimentation infantile et d’ailleurs n’ont plus le droit de s’appeler lait.

Adieu veaux, vaches, couvées… et bébés

Il n’y a à l’heure actuelle ni qualitativement et ni quantitativement aucun substitut possible aux protéines animales pour assurer notre besoin fondamental de protéine (cf. mon article Mon steak contre un plat de lentilles ). Faire des cantines scolaires végétariennes, c’est priver de viande les enfants à qui les parents ne peuvent pas en payer.

Faut-il tuer les vaches ? La réponse à cette question existentielle est claire : oui, quel que soit notre amour des bêtes et notre sentiment de culpabilité, il nous faut tuer les vaches et leurs veaux et les manger. Nous n’avons pas le choix, il n’y a pas d’autre solution. Ni pour les vaches ni pour notre alimentation. Tel est leur destin et le nôtre ; nos destins sont liés depuis qu’en -10.000 nous avons domestiqué les vaches quelque part vers la Turquie. (cf. mon ouvrage Le Blues du carnivore publié en février de cette année chez l’Harmattan).

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