Éloge de l’inégalité

Dans « Les Vertus de l’inégalité », Marc De Vos va à l’encontre des préjugés.

Par Thierry Godefridi.

Le Rapport sur les inégalités mondiales en 2018 publié en décembre dernier par la World Wealth and Income Database, un collectif de chercheurs auquel appartient l’inévitable Thomas Piketty, conclut que le 1% des plus riches au monde est le grand gagnant de l’explosion des inégalités depuis 1980. Cela représenterait ceux qui posséderaient aujourd’hui 33% du patrimoine dans le monde (contre 28% en 1980) et gagneraient 20% des revenus (contre 16% en 1980). Où est le problème ?

L’inégalité, c’est le thème clef de notre époque. Ce n’est pas seulement Thomas Piketty qui l’affirme, désormais en toute connaissance de cause, puisque son livre à succès Le Capital au XXIe siècle l’a propulsé parmi les happy few de l’inégalité, mais, note Marc De Vos dans « Les Vertus de l’inégalité », le disent aussi l’ancien président américain Barack Obama, le FMI, l’OCDE, le Forum économique mondial de Davos, l’Organisation internationale du Travail, et jusqu’à l’Eglise catholique romaine du Pape François, lequel s’est prononcé pour un changement de modèle économique.

Une interprétation idéologique de l’inégalité

L’inégalité est un mythe, un faux prétexte, avance Marc De Vos, car ceux qui se répandent en propos alarmistes sur l’inégalité s’abstiennent habituellement de se poser la question préalable de savoir si l’inégalité économique est en soi une bonne ou une mauvaise chose. Ils s’abandonnent sans préambule à leur préjugé idéologique contre l’inégalité.

Il ne s’agit là que d’une énième réincarnation de l’égalitarisme sur base d’une représentation du monde comme ensemble à somme nulle : l’égalité est juste, l’inégalité ne l’est pas ; les nantis ne le sont que parce ce qu’ils se sont constitué des rentes de situation au préjudice des autres ; ce qu’ils ont gagné, d’autres l’ont perdu.

Dans « Les Vertus de l’inégalité », Marc De Vos va à l’encontre de ces préjugés. Sa vision fondamentale de l’inégalité est que tout être humain naît avec un bagage biologique et génétique unique et grandit dans un contexte familial, culturel et social tout aussi unique, ce qui fait que les êtres humains sont différents les uns des autres, donc inégaux.

inégalitéPour lui, « l’inégalité est l’essence même de la nature et de l’existence humaine ». La diversité, écrit-il encore, « c’est la couleur même de la vie et le moteur de tout progrès » et l’inégalité est une bonne chose du moins lorsqu’elle résulte, à chances égales, de la libre et inégale réalisation d’un potentiel humain inégal.

« Faisons payer la crise aux riches » est un slogan fort commode qui suscite plus de sympathie et rapporte plus de voix que de défendre l’économie de marché et la réussite économique, surtout en Europe où règne une aversion atavique vis-à-vis de la richesse et des écarts de richesse et où liberté et réussite économiques sont culturellement moins bien acceptées que dans les pays anglo-saxons.

Qui sont les riches ?

Et pourtant ! Non seulement un Américain sur dix a appartenu au mythique 1% des plus riches pendant au moins un an de son existence (ce qui relativise déjà le 1%) mais, en outre, un seul sur deux cents s’y maintient pendant dix années consécutives, invoque Marc De Vos. Il n’existe tout simplement pas de petit club select et fermé qui campe en permanence dans le 1% au sommet de l’échelle de la fortune au détriment des 99% restants.

La richesse méritée a pris le pas sur la richesse héritée. 70% des 400 Américains les plus riches répertoriés dans le classement annuel établi par Forbes sont des entrepreneurs de la première génération, contre 40% dans les années 1980. Les super-riches d’aujourd’hui ne sont pas des capitalistes-rentiers mais des super-travailleurs qui disposent d’un capital après avoir valorisé leurs talents à l’échelle planétaire et à l’heure de la globalisation, une loterie de la vie à laquelle tout un chacun peut librement participer tant que l’État n’y met pas de barrières !

L’inégalité inhérente à la vie et nécessaire

L’inégalité méritocratique n’est pas seulement justifiée, elle est nécessaire au bon fonctionnement et à l’avenir d’une société libre et démocratique. En termes de récompense, elle est même un impératif moral pour qui, en pure logique marxiste, veut accorder au travailleur le fruit intégral de son travail. Quiconque dénie aux gens les fruits inégaux de leur talent et de leur travail, insiste Marc De Vos, commet une forme d’injustice.

L’auteur est – il s’en réclame dans « Les Vertus de l’inégalité » – philosophiquement un humaniste libéral (parce qu’il respecte l’homme dans son individualité et sa liberté), socialement égalitaire (parce qu’il défend l’égalité devant la loi comme un devoir), économiquement méritocratique (parce qu’il revendique l’inégalité méritée), moralement citoyen (parce que, sous et dans l’économie de marché, il reconnaît des valeurs morales).

« L’inégalité n’est, écrit ce professeur d’université flamand multilingue, orateur captivant comme il l’a démontré récemment lors d’une conférence au Centre Jean Gol à Bruxelles, pas comparable à la pression sanguine, qui s’aggrave à mesure qu’elle monte, mais au cholestérol. Il y en a du bon et du mauvais. La question est de distinguer l’un de l’autre », la bonne inégalité économique, source de croissance et de progrès, de la mauvaise inégalité politique, arbitraire et ruineuse du point de vue de la croissance économique ainsi que de celui de la liberté et de la responsabilité de la personne.

« Conceptuellement et fondamentalement, écrit Marc De Vos dans « Les Vertus de l’inégalité », un livre éclairant et revigorant, à lire absolument, ce n’est pas le marché comme tel, c’est le manque de marché (redistribution forcenée, sur-régulation, clientélisme et copinage…) qui est le facteur essentiel du manque de mobilité sociale. »

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