Apprentissage : la réforme en demi-teinte

Loin d’une « révolution copernicienne », on peut craindre que la réforme de l’apprentissage ne soit déjà une occasion manquée.

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Apprentissage : la réforme en demi-teinte

Publié le 16 février 2018
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Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Pour le Premier ministre, Édouard Philippe, il s’agirait d’une « révolution copernicienne ». C’est la réforme de l’apprentissage bâtie autour d’une vingtaine de mesures. Celles-ci ne feront pas une « révolution » et risquent même de rendre le système difficilement gérable à terme. Et la réforme proposée est encore loin de ressembler à celles des pays qui ont le mieux réussi dans ce domaine.

Un peu plus de liberté et un peu moins d’étatisme

Pourtant, l’intention est louable. Déjà, en ne considérant plus l’apprenti comme la « victime » désigné du patron. Ce dernier ne risquera plus de se retrouver devant les prud’hommes s’il rompt le contrat au-delà de la période d’essai.

Faciliter l’ouverture des centres d’apprentissage représente aussi une avancée. Jusqu’à cette réforme, les régions devaient accorder leur autorisation (et elles le faisaient beaucoup plus en fonction du personnel enseignant que des besoins en apprentis).

Il y aura plus de liberté même si les régions auront leur mot à dire sur les conventions d’objectifs et de moyens. D’un autre côté, les CFA (centre de formation des apprentis) seront financés en fonction des contrats obtenus et des propositions de formations. Rendre l’apprentissage moins dépendant du secteur public est une bonne chose pourvu que le gouvernement tienne bon sur cet aspect.

Néanmoins, les grands bouleversements dont aurait eu besoin le système français n’ont pas eu lieu. Le chômage des jeunes est plus de trois fois plus élevé en France qu’en Allemagne (23 % contre 7 %) et pourtant il y a quatre fois moins d’apprentis ici que de l’autre côté du Rhin (400 000 contre 1 600 000).

En France, le rôle de l’Éducation nationale est trop important dans l’apprentissage, surtout dans l’attribution des diplômes professionnels. Nous avons les CFA mais aussi les lycées professionnels. Il faudrait rapprocher les deux.


La réforme française de l’apprentissage confère aussi plus de pouvoirs aux branches surtout en termes de financement. Pas plus que pour la réforme du marché du travail, ce n’est la bonne solution.

Les branches ont une représentativité territoriale assez faible et les syndicats peuvent en profiter. Avec le nouveau système – la contribution unique de 0.85 % de la masse salariale – les petites entreprises de moins de 11 salariés subiront une hausse des prélèvements.

L’entreprise devrait être au cœur du système

En fait, en s’inspirant des modèles qui marchent, ce sont les entreprises elles-mêmes qui devraient prendre en charge l’apprentissage. La réforme va dans ce sens, mais toujours sous le contrôle de l’État et des régions. En Allemagne, le système fonctionne selon le principe de subsidiarité : les Allemands considèrent qu’il appartient logiquement aux entreprises de gérer leurs besoins en termes de nouvelles compétences.

La responsabilisation naturelle de l’entreprise donne à cette dernière la latitude de gérer au mieux ses besoins, qu’ils soient quantitatifs (nombre de nouveaux apprentis nécessaires) ou qualitatifs (contenu des compétences). Les PME allemandes sont à l’avant-garde en la matière : un quart des 3,5 millions d’entreprises investit dans l’apprentissage.

Les organisations professionnelles participent, par exemple en leur fournissant des locaux de formation. Les entreprises ont, elles, la connaissance directe évidente de leurs besoins, mais aussi du terrain.

Les entreprises au cœur du système

Dans ce contexte, un système « décentralisé » reposant sur les entreprises a toutes les chances de s’avérer supérieur à un système « centralisé » chapeauté par l’État et les régions. Les entreprises étant au cœur du système, elles en financent 92%. En France, la taxe d’apprentissage n’en couvre que 50%. La différence pour le contribuable est très importante.

En Suisse, deux tiers des jeunes optent pour une formation professionnelle initiale (apprentissage) et acquièrent par ce biais de solides connaissances professionnelles de base. Ils ont le choix entre près de 230 formations proposées par les entreprises en fonction des besoins.

À partir de 15 ans, le jeune a la possibilité d’alterner l’étude théorique à l’école et les stages en entreprise. Les grandes caractéristiques de l’apprentissage suisse sont la flexibilité (temps d’essai, liberté de signer un contrat, résiliation d’un commun accord, ou motivée, possible à tout moment) et la rentabilité pour les entreprises (rémunération non réglementée, qui dépendra de la région, du secteur, de la taille de l’entreprise, etc.). Ce n’est donc pas étonnant que plus de 40 % des entreprises suisses prennent des apprentis en formation et que le taux de chômage des jeunes soit à 6.4 %.

Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout dans cette réforme tellement nécessaire ? Les chiffres sur les jeunes qui travaillent en Suisse et en Allemagne auraient dû inciter les pouvoirs publics à plus d’audace au moins dans ce domaine. Loin d’une « révolution copernicienne », on peut craindre que la réforme de l’apprentissage ne soit déjà une occasion manquée.

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  • • Une heure à former un apprenti c’est une heure non facturée à un client.
    • L’apprenti est rémunéré, mais le jeune qui apprend un métier dans un lycée professionnel ne l’est pas et ses chances de trouver un emploi à la sortie sont plus réduites. De plus La création et le fonctionnement du Lycée professionnel est à la charge des contribuables.
    • Il aurait été plus judicieux de laisser la possibilité de commencer un apprentissage à 14 ans plutôt que de le prolonger jusqu’à 30 ans. (durant les années 1970, j’avais 2 apprentis en chaudronnerie qui ont commencé leur apprentissage en alternance à 14 ans, Mr LEGOFF a créé une entreprise très importante, Mr HUET est devenu chef de production avec une trentaine de personne sous ses ordres, ils sont retraités depuis)
    • Pour exercer un métier manuel comme par exemple celui de chaudronnier, plombier il faut être intelligent. Diriger vers ses métiers des jeunes qui n’ont pas le niveau intellectuel suffisant c’est l’échec inévitable et un rejet par les entreprises et le chômage après une coûteuse formation au lycée professionnel.
    • La réglementation concernant l’apprentissage doit être celle de la CEE pas celle de la France qui a ajouté par la loi ou décrets des obligations et contraintes aux employeurs qui considèrent qu’un apprenti est une charge. Exemple : Interdiction d’utiliser des machines (presse plieuse, cisaille etc., de monter sur un escabeau (c’est possible maintenant, mais dans les esprits, l’interdiction demeure)
    • Il faut soustraire à l’éducation nationale la formation professionnelle. Elle ne sait pas réduire ou clore des formations qui n’offrent plus de débouchés et ouvrir rapidement celles où il y a des d’emplois à la clé. Et la formation qu’elle assure est souvent déconnectée des entreprises. Ceci fait qu’avec en plus des diplômes dévalorisés, les jeunes sont conduit à un chômage bien plus grand que l’apprentissage en alternance.
    • La formation professionnelle doit dépendre exclusivement du Ministère du Travail associé aux organisations professionnelles patronales, niveau national avec délégations aux régions et organisations professionnelles.
    • Les CIO (Centres d’Information et d’Orientation) ne doivent plus dépendent de l’Education Nationale mais des régions. Voir s’il n’est pas possible de les rapprocher avec les CIDJ (Centres d’Information Jeunesse) et des organismes comme les BIJ (Bureaux d’Information Jeunesse). Dans la mesure du possible, les centres d’information doivent être regroupés auprès des services de POLE EMPLOI. A ST Malo le CIO est près du port de Pêche, CIDJ à Intra Muros, le BIJ près de la Médiathèque et POLE EMPLOI à ZI Nord
    • Les organisations professionnelles doivent mettre à disposition des centres d’information des vidéos et documents concernant chaque métier. Elles sont nombreuses mais leur diffusion est limitée.
    • Le recrutement des professionnels de Lycées professionnels ne doit plus se faire sous l’égide de l’Education nationale par le CALP (Concours d’Accès au Corps des Professionnels de Lycées Professionnels). Ce système exclus des professionnels qui ont acquis une forte expérience dans un métier et qui pourraient devenir d’excellents professeurs, des personnes de plus de 50 ans au chômage pourraient avoir ce profil. Ceci après une formation adéquate à la pédagogie.
    • Tous les candidats qui postulent pour devenir professeur doivent avoir une expérience manuelle d’au moins trois années dans le métier à enseigner. Ce qui n’est pas toujours le cas actuellement. (BTS, DUT sans expérience)
    • Les FPA (Centre Professionnel Accéléré) pour les plus de 18 ans. Partenariat organisation professionnelles patronales et régions doivent être soutenus et développés.
    • Les lycées professionnels devraient être organisés comme les 22 Ecoles de Production en France dont 10 en Auvergne Rhône-Alpes (AURAEP) financées en partie par la Région. Les écoles de production proposent une alternative aux dispositifs scolaires et d’apprentissage existant grâce à un concept de pédagogie unique articulée autour de la commande client. Théorie et pratique ne sont pas dissociées. C’est cet enseignement simultané qui fait toute la spécificité des écoles de production. Les 2/3 du temps hebdomadaire sont consacrés à la pratique en atelier, le 1/3 restant se déroule en enseignement théorique général et technologique.
    Pour des élèves très en attente de concret, cet enseignement innovant atteint son but : il capte leur intérêt en prodiguant un enseignement particulièrement professionnalisant.
    CONCLUSION. L’Allemagne a trois plus d’apprentis et d’entreprises moyennes exportatrices que la France. Résultat : un excédent commercial de plus de 200 milliards d’euros et la France 60 de déficit…….. !

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