Édouard Philippe : modéré économiquement et progressiste culturellement

Edouard Philippe par Jonathan Blanc (CC BY-SA 3.0)

Édouard Philippe est un des hommes les plus aptes à fédérer une majorité composite tout en étant capable de gérer une ouverture grand angle des candidatures de La République En marche.

Par Patrick Aulnas.

La nomination d’Édouard Philippe au poste de Premier ministre n’est pas vraiment une surprise puisque son nom circulait avec insistance depuis quelques jours. Énarque à l’esprit ouvert, il reflète assez bien la sensibilité politique macronienne tout en présentant l’avantage d’être issu de LR (Les Républicains).

Conquérir la droite modérée

Car tactiquement, l’essentiel est là. Édouard Philippe a pour mission de ramener dans le giron de l’équipe Macron autant de députés LR que possible. La double appartenance politique (La République En Marche + l’inscription à un autre parti) est acceptée par le mouvement du Président.

Mais il faudra se présenter aux législatives sous l’étiquette La République En Marche et l’avoir au préalable déclaré en préfecture. Les raisons financières ne sont pas étrangères à cette contrainte puisque le financement par l’État des partis politiques dépend du nombre de voix obtenu aux élections législatives.

François Baroin a clairement indiqué que tout candidat non étiqueté LR serait exclu du parti. Combien de leaders LR prendront-ils le risque ? La réponse apparaîtra très rapidement dans les prochains jours mais ce seront principalement des juppéistes, largement compatibles avec le programme de Macron.

Délicat équilibre droite-gauche

Comme chef du gouvernement, Édouard Philippe conduira la campagne législative pour la majorité présidentielle. Il représente donc l’élément-clé du dispositif du Président de la République. La majorité penchait un peu trop à gauche jusqu’à présent avec le ralliement de plusieurs dizaines de socialistes. Elle devra être de gauche et de droite et non pas ni de gauche ni de droite.

Un brillant énarque au parcours diversifié

Comme le montre son parcours, Édouard Philippe possède la boite à outils idéale dans un tel contexte politique. En 1990 (il a vingt ans), il militait au Parti socialiste, dans l’orbite de Michel Rocard.

Il appartenait donc à la deuxième gauche, une gauche moins étatiste et plus ouverte aux évolutions idéologiques. Il entre ensuite à l’ENA et sort avec un classement prestigieux (dans les quinze premières places donnant accès aux plus grands corps).

À partir de 1995, il travaille avec Antoine Rufenacht, maire du Havre qui avait été membre du gouvernement de Raymond Barre à la fin des années 70. En 2002, il participe à la création de l’UMP comme collaborateur d’Alain Juppé.

Lorsqu’Alain Juppé est battu aux législatives en 2007, il quitte le milieu politique pour occuper un poste de direction chez AREVA. Mais en 2010, Édouard Philippe devient maire du Havre après la démission d’Antoine Rufenacht. Retour à la politique qu’il n’a pas quittée depuis.

Pour les primaires LR de 2016, il devient porte-parole d’Alain Juppé, puis est intégré à l’équipe Fillon après la victoire de celui-ci. Le 2 mars 2017, après la mise en examen de Fillon, il abandonne le candidat LR car, dit-il, « on est revenu sur des engagements qui avaient été pris. »

La sensibilité libérale modérée

Édouard Philippe n’est pas le plus jeune Premier ministre de la Ve République. Michel Debré fut également Premier ministre à 47 ans de 1959 à 1962, Jacques Chirac avait 42 ans lorsqu’il occupa le poste en 1974 et Laurent Fabius 38 ans en 1984.

Ce Premier ministre de 47 ans le restera-t-il après les élections législatives ? Personne ne peut répondre avec certitude à cette question car tout dépend de la majorité parlementaire qui se dégagera.

Mais Édouard Philippe est un des hommes les plus aptes à fédérer une majorité composite tout en étant capable de gérer une ouverture grand angle des candidatures de La République En marche.

Le profil n’est pas courant et il a fallu trouver la perle rare. Dans le contexte politique français, il représente, comme Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre ou Emmanuel Macron, la sensibilité libérale de gouvernement : modérée économiquement et progressiste culturellement.