Nouvelles technologies : une nouvelle démocratie, avec vous !

Laptop, tablet, smartphone by miniyo73(CC BY-SA 2.0)

Tout le monde n’aurait-il pas le droit d’être doté des moyens d’avoir un avis sans pour autant être un expert du domaine des technologies ? Bien sûr que si !

Par Yannick Chatelain.
Un article de The Conversation

En Europe comme ailleurs, démocratie et technologiesouveraineté et liberté sont des mots irrévocablement liés. Nos démocraties sont chahutées et à réinventer. Au XXIe siècle, quel est le devenir de mots si souvent utilisés et brandis comme celui de Démocratie, République, état de droit, liberté, égalité, fraternité ? Quel sens leur donnent politiques, journalistes, entreprises, citoyens… qui les brandissent comme un garde-fou de toutes les folies et dérives de notre TechnoMonde ?

Le sens originel de ces mots peut-il être défendu par la technologie ? Ou ces mots sont-ils voués à être dévoyés par certains individus, utilisant la technologie à des fins qui ne peuvent nullement les défendre ?

Nouvelles technologies : qui gouverne ?

À l’évidence, des Entreprises-Nations disposant pour certaines de chiffres d’affaires supérieurs au PIB de pays comme la Norvège ou le Guatemala, ne peuvent décider de façon unilatérale de la destinée de notre humanité ! Pas plus que le législateur ne peut mettre à l’index des libertés fondamentales humaines acquises sous le seul prétexte d’une époque dans la tourmente ! Répéter à l’envi le mot liberté est très joli ! Mais cela n’offre au citoyen aucune garantie. Quant à arguer (sans rire) qu’il s’agit de la protéger : que dire devant les faits ? S’agit-il d’insulter notre intelligence collective ?

À l’ère technologique l’homme a-t-il pour seule destinée de regrimper dans les arbres sans rien dire ? Des peuples exclus de leur propre destin parce qu’exclus du savoir technologique, sont de fait, exclus d’un débat public qui bâtit notre Nouveau Monde et nos lendemains, sont des peuples en danger dans des démocraties en péril.

Étienne de la Boétie (1530 -1563) avait prévenu, John Locke (1632 -1704) un précurseur du Siècle des lumières également, pourtant nous voilà en train d’arpenter un siècle des bougies à la recherche d’allumettes.

Pourquoi ? Parce que le « contractualisme » qu’évoquait Étienne de la Boétie dans « Le Discours de la servitude volontaire», anticipe en 1576 les théories du contrat social qui seront développées par Hobbes au XVIIe siècle : une sorte de technofascination, qui semble parfois, tant elle s’accélère, ne plus prendre le temps de la réflexion sur des sujets pourtant majeurs.

Des sujets qui auront des conséquences dans nos vies respectives, et soulèvent de nombreux questionnements. Ces questionnements ont du mal à cohabiter avec l’urgence de réponses expéditives, que ce soit pour des finalités économiques, que cela soit pour rassurer l’opinion publique : le droit à la vie privée numérique et des législations qui la bafouent, l’éthique des algorithmes, le traitement de masse des données, les objets connectés truffés de failles, sont, entre autres, autant de sujets de questionnements qui méritent analyse.

Tout le monde n’aurait-il pas le droit d’être doté des moyens d’avoir un avis sans pour autant être un expert du domaine ? Bien sûr que si ! N’est-ce pas là la pierre angulaire d’une démocratie digne de notre siècle ? Or le « trust », ce mandat qu’évoquera Locke, passé entre gouvernants et gouvernés, a été, si ce n’est totalement brisé, du moins vigoureusement malmené ! À l’heure d’Internet les gouvernances démocratiques tombent les masques.

Leurs pratiques ne sont pas réjouissantes ! En France comme ailleurs, elles s’avèrent incapables d’intégrer le numérique dans de nouvelles souverainetés nationales qui doivent être inventées, des souverainetés respectueuses des acquis.

Apprendre à résister

Le droit à la résistance tel que défini par John Locke s’impose. Les lanceurs d’alertes, que ce soit des SnowdenJames Dunne et les autres, en payent le prix fort. Cette réflexion est un rappel des faits qui ont conduit notre monde à cette situation.

C’est une analyse sur les enjeux de la reconquête d’un pouvoir citoyen dans ce monde turbulent. Une réflexion sur nous-mêmes « citoyens-monde » qui ne pouvons plus nous cacher derrière un simple « Qu’est-ce qu’on peut y faire ? ». Nous ne pouvons plus jouer aux singes de la sagesse : ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre.

Si « la politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde », contredisons dès à présent Paul Valéry… Chacun d’entre nous peut apporter une contribution. Certains déplacent des rochers, d’autres des cailloux, qu’importe. Nous voilà tous et toutes hacktivistes pour contribuer à penser notre monde. Pas le meilleur des mondes, mais peut-être juste un peu meilleur.

Explorer pour comprendre

Il s’agit d’analyser le jeu des acteurs que sont les États, les entreprises, et d’éclairer les citoyens sur ces sujets. Quelles que soient ses compétences dans le domaine, aucun citoyen ne peut être exclu de la construction du monde de demain.

Bien au contraire, il apparaît indispensable que, doté d’éléments de compréhension, tout un chacun puisse participer, s’impliquer, avoir un avis, sur des sujets qui nous concernent tous et toutes. Ce sont des sujets majeurs qui souvent ne font pas l’objet (de mon point de vue) de suffisamment de débats ouverts au grand public.

Au niveau de la technologie, de ses évolutions, et des choix sociétaux qu’elle implique, le « circulez il n’y a rien n’a voir » n’a pas lieu d’être.

Sur le web-Article publié sous licence Creative CommonsThe Conversation

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