Macron rattrapé par le poids de l’État français

On a pu espérer un moment que le président Macron incarnerait une rupture avec l’étatisme qui asphyxie la France depuis si longtemps. Aujourd’hui on peut en douter.

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Macron rattrapé par le poids de l’État français

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 11 janvier 2018
- A +

Par Hervé Gourio.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Emmanuel Macron nous avait dit pendant la campagne que les startuppers avaient bien raison de vouloir devenir millionnaires. C’était le triomphe de l’initiative individuelle et de talents reconnus par des clients, et pas par des examinateurs décernant des diplômes pour sélectionner des fonctionnaires.

Il avait aussi critiqué l’habitude d’attendre du gouvernement la solution à tous les problèmes. « La France est intoxiquée à la dépense publique ».

Le profil de certains ministres, essentiellement ceux qui ont eu à rendre compte de résultats concrets -osons le mot vulgaire : des résultats chiffrables-, continue de nous faire espérer qu’ils libèreront les citoyens et les entreprises placés sous leur influence ou sous leur juridiction. Mais coup sur coup le Premier ministre et le ministre de l’Économie viennent de donner de mauvais exemples : la déduction ISF-PME a été enterrée et on ne constate pas de baisse de la dépense publique.

Enterrement de l’ISF-PME : les mêmes mauvais arguments qu’il y a dix ans

La déduction ISF-PME a été enterrée vite fait bien fait par Bercy dans le budget 2018.
Elle avait en réalité été atrophiée dès son lancement en 2007 par le ministère des Finances, foncièrement hostile au développement des anges d’entreprise (business angels), ces investisseurs individuels inspirés d’un modèle anglo-saxon si honni. Certains des Entrepreneurs pour la France (EPLF) jouèrent alors un rôle important dans cette innovation, et assistèrent à la manœuvre aux premières loges.

Elle fut alors acceptée mais avec des limites (plafond d’investissement de 90.000 euros par ménage) qui conduisaient à lui garder un caractère marginal. L’argument principal était : il ne faut pas inciter les particuliers à prendre des risques excessifs ; seul l’État peut les prendre dans sa grande sagesse… avec l’argent des contribuables, riches ou pauvres, sous le contrôle de fonctionnaires étrangers à l’entrepreneuriat.

On vient de nous resservir le même argument ces jours-ci quand nous avons demandé par quoi allait être remplacée la déduction ISF-PME. Avec d’autres arguments copiés-collés de ceux qui nous furent opposés par Bercy en 2007 : les business angels ont une importance dérisoire, le coût budgétaire est peu prévisible, il y a des effets d’aubaine, etc.

On continue donc d’oublier que ce sont les nouvelles entreprises qui créent l’emploi et qu’elles doivent être dotées de capitaux propres suffisants pour traverser la vallée de la mort. Il faudra alors être cohérent et tirer un trait définitif sur l’espoir d’une inflexion significative du taux de l’emploi. Il sera à nouveau sacrifié aux vertus étatiques.

Pas de baisse des dépenses publiques

Pour ce qui est de baisser les dépenses publiques on n’en a pas pris le chemin avec le budget 2018. Le gouvernement essaye de tordre le bras aux collectivités mais elles résistent : la partie n’est pas gagnée. Et voilà qu’un nouveau problème atterrit sur le haut de la pile (par quel miracle ?).

On apprend ainsi aujourd’hui qu’il faut revitaliser le cœur des villes moyennes. Le gouvernement dégaine aussitôt son carnet de chèques, et voilà un nouveau milliard promis, sans qu’on sache encore pour quoi faire. Alors que les retraités aisés pourraient trouver un charme à y vivre et que de nouvelles activités commerciales pourraient apporter des recettes fiscales, en examinant quelques succès sur le terrain et en cherchant à les reproduire.

Mais non, c’est aux ministres parisiens de trouver la solution à ce qui est en premier lieu un problème économique et social local.

Le présidentialisme de la Vème République au service de l’étatisme

Il faut dénoncer sans relâche ce cancer de l’étatisme qui est devenu récurrent depuis une cinquantaine d’années. La Constitution autoritaire de la Vème République a aidé les gouvernements de gauche mais aussi de droite à s’approprier l’initiative dans presque tous les domaines de la vie du pays : pour les entreprises publiques, mais aussi par une réglementation incroyablement détaillée du privé, et dans l’agriculture, la santé, l’éducation, la culture, etc.

L’État entrave de fait la liberté des entreprises mais aussi celle des citoyens.

Depuis 50 ans, ils se comptent sur les doigts d’une main les gouvernements ayant choisi de donner la priorité à l’initiative individuelle et ayant réussi de véritables corrections de trajectoire, fut-ce dans un domaine restreint. Et encore… en faisant preuve de bienveillance.

Emmanuel Macron est entouré de grands maîtres, techniciens en fabrication de normes administratives. Ils emboîtent le pas aux étatistes invétérés.

Il va donc bien falloir qu’il emploie ses impressionnants talents personnels, un jour, pour qu’ils cessent d’être les maîtres de notre destinée.

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  • Mais est-ce étonnant compte tenu de son parcours, sa formation, son entourage proche?
    Il va même au delà des rêves jacobins en détricotant la décentralisation: moins d’argent et moins de missions aux collectivités locales.
    On le compare à Bonaparte, mais il serait plus proche de la caricature qui est faite de Louis XIV.
    Il est l’Etat.

    • Moins d’argent aux collectivités locales, pourquoi pas ? Tant on a remplacé, ces dernières années, la gabegie de l’Etat par celle des collectivités locales.
      J’habite un petit village. Sous la pression de certains riverains, on a d’abord installé des ralentisseurs. Puis comme ça ne semblait pas convenir (?), on a testé des chicanes. Evidemment, depuis des années, je n’ai jamais eu vent d’un accident sérieux, les rues étant trop étroites et tortueuses pour voir passer des fangios. Mais bon, que ne ferait-on pas pour grapiller quelques voix aux prochaines élections ?

  • (Re)lisez Le Duc de Saint Simon: il disait de Louis XIV « un esprit moins que médiocre ».

    • Son règne fut une catastrophe. Des guerres continuelles, il voulait conquérir toute l’Europe, révocation de l’Edit de Nantes qui força 300.000 protestants à l’exil, gaspillage de l’argent pour sa vanité. La construction de Versailles coûta des sommes folles et la vie de milliers de personnes.

  • « Il va donc bien falloir qu’il emploie ses impressionnants talents personnels, un jour, pour qu’ils cessent d’être les maîtres de notre destinée. »
    Certainement pas !
    La soviétisation de le société est le gagne pain de ces grands maîtres techniciens en fabrication de normes administratives et Macron est l’un des leur.

    • Cet article m’a inspiré la même idée, celle de soviétisation terme que j’avais déjà utilisé en 1980, lorsque j’avais pris le transsibérien qui depuis n’a jamais été démenti
      Est-ce ça le miracle MACRON ?

  • On peut en douter? Amusant ! C’est un énarque! L’augmentation dingue des impôts en 2013-2014 eut lieu alors que le dit Macron était conseiller économique de Hollande. De plus on sait qu’il est socialiste et son livre dévoilait carrément sans ambiguïté qu’il était un étatiste radical. Je passais mon temps à prévenir et contredire ceux qui rêvaient et le voyait en Messie, ou en libéral. Donc pas étonnant que les dépenses et les impôts augmentent au lieu de baisser.

  • Il prouve qu’il n’a PAS de talent, ni d’intelligence. Si les français gobent son baratin c’est par imbecillité!

    • C’est plutôt un problème culturel dans le sens ou Gramsci l’entendait.
      Les français ne conçoivent plus une politique alternative à base le libéralisme qui serait perçu comme le grand méchant loup qui va augmenter les inégalités sociales.

  • La France des entrepreneurs se barre. Et c’est d’autant plus facile avec l’économie de l’immatériel.

    Alors si nos technocrates veulent continuer à dîner en ville à grand frais (avec « l’argent des autres »), ils sont OBLIGÉS de réformer le pays.

    C’est sous la contrainte, la peur de manquer de l’argent gratuit, que nos maîtres se décideront à réformer l’Etat. Il y a une morale…

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