Et si le Brexit permettait la mise en concurrence de la protection sociale ?

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Et si le Brexit permettait la mise en concurrence de la protection sociale ?

Publié le 4 décembre 2017
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Par Laurent C.

La matinale de BFM Business peut réserver bien des surprises, à l’instar de ce lundi 27 novembre 2017 où une brève a retenu toute mon attention.

Selon le journaliste, les grandes banques françaises seraient en négociation avec les hautes instances de l’État pour obtenir un aménagement sur les cotisations sociales, et en particulier d’assurance maladie, de leurs salariés qui seraient déplacés à Paris dans le cadre du Brexit.

Paris et les charmes de ses cotisations sociales

En effet, Paris est en rude concurrence avec d’autres places européennes pour héberger les futurs centres financiers de la City et, dans cette guerre froide, les charmes de la ville-lumière font pâle figure quand on commence à parler argent, surtout pour des banquiers et des traders.

Le CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale), établissement public dont les chiffres ne pourront être mis en doute, détaille par le menu les cotisations afférentes aux différents régimes de Sécurité sociale dans le monde.

Bizarrement il n’y a pas de totalisation des taux de cotisations, ni de simulateur et encore moins de classement, qui permettraient de comparer les uns avec les autres, et en l’occurrence la France, le Royaume Uni et l’Allemagne. Nous cacherait-on quelque chose que nos banquiers auraient décelé ?

J’ai donc pris la peine de recalculer les cotisations salariales et patronales, pour un salaire brut de banquier (très) moyen de 100.000 € annuel. Je ne suis pas à l’abri d’une erreur mais je crains pourtant que l’ordre de grandeur ne soit là et le verdict sans appel.

La France affiche un coût de protection sociale obligatoire quatre fois supérieur au Royaume Uni et deux fois et demi supérieur à l’Allemagne.

Nous comprenons rapidement que les banquiers français ont beaucoup de mal à expliquer à leurs salariés d’outre-manche qu’ils vont perdre 18% de salaire net tout en coûtant 29% de plus à l’employeur…

Pire, à coût égal pour l’employeur (si les banques ne voulaient pas augmenter leur masse salariale), la diminution de salaire net se monterait même à 36% !

Une différence de protection sociale entre les citoyens français ?

Bref, pour revenir à la brève initiale, je ne serai effectivement pas surpris que nos gouvernants soient à la recherche d’une manière habile et surtout discrète, de rendre la place parisienne plus compétitive pour les banquiers. Parmi les pistes serait même évoquée la possibilité pour ces derniers de conserver leur protection sociale anglaise tout en travaillant en France !

Quant on sait que la France refuse cela à ses propres ressortissants, malgré des Directives européennes qui le permettent, les prochains mois vont être particulièrement croquignolets.

(1) Pour la France, je me suis permis d’ajouter 100€ de mutuelle, à part égale employé et employeur, car l’assurance maladie complémentaire est maintenant obligatoire.

(2) Il est à noter que l’Allemagne, dans sa grande tradition de cogestion employeur-syndicat, divise à part égale les cotisations patronales et salariales. Si les taux nominaux sont sensiblement favorables à l’Allemagne par rapport à la France, c’est surtout le plafonnement des cotisations (4350€ mensuel pour la maladie et 6350€ pour la retraite) qui bénéficie à plein pour notre banquier moyen à 8333€ brut mensuel. Avec ce système, lui et son employeur ne payent plus aucune cotisation sociale au-delà du plafond : le travailler plus pour gagner plus dans toute sa splendeur.

Le comparatif est encore plus à l’avantage de l’Allemagne car les salariés gagnant plus de 57.600 € peuvent choisir de contracter une assurance privée à la place du régime de base, assurance dont les cotisations sont totalement forfaitaires et indépendante du revenu ! Option que je n’ai pas retenue dans le comparatif.

Il est également à noter que la qualité des prestations servies par chaque régime et leur quantité (indemnités journalières, chômage et retrait) ne sont pas prises en compte dans ce comparatif, mais nous observons peu de candidats à l’immigration anglais et allemands dans nos vertes campagnes, sauf temporairement pour les vacances.

Serait ce à dire qu’en étant pourtant mieux servi en France nous n’en aurions toutefois pas pour notre argent ?

Ou plus simplement que nos voisins préfèrent la liberté d’utiliser un reste à vivre plus important par rapport à une protection forcée et généralisée ?

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