Santé : les remèdes de charlatan de la Cour des comptes

Dottore della peste credits Fernando (CC BY-NC 2.0)

Notre système de santé déjà très étatisé ne donne pas de résultats satisfaisants ? Facile ! Etatisons-le encore un peu plus !

Par Nathalie MP.

Comme son nom l’indique, la Cour des comptes surveille les comptes de la nation France. La fourrure d’hermine qui garnit le col de son premier Président Didier Migaud dans les grandes occasions est là pour nous rappeler qu’en République française, on ne plaisante pas avec l’argent des autres.

On en manipule tous les ans un peu plus, avec un « volontarisme » redistributeur qui nous assure régulièrement une place de choix sur le podium des pays les plus dépensiers et les plus taxateurs, mais la Cour des comptes veille et tape sur les doigts des prodigues et des étourdis ! Ce n’est pas chez nous qu’on verrait un budget « insincère » tromper longtemps les contribuables !

L’alerte de la cour des comptes

Mercredi dernier, c’était au tour de l’assurance maladie de passer dans son impitoyable moulinette. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à lire le rapport de la Cour des comptes, tout ne va pas pour le mieux dans ce que la France prend depuis 1945 pour le meilleur des mondes sanitaires possibles, celui de la collectivisation pratiquement complète de la santé.

D’après les sages de la rue Cambon, les Français sont très attachés à un système de protection sociale qui a parachevé sont universalisation en 2016 en reconnaissant à toute personne résidant en France un droit à la prise en charge de ses dépenses de santé indépendamment du montant des cotisations versées. C’est beau. C’est généreux. C’est solidaire.

Mais – parce que oui, il y a un petit « mais » de 4,4 milliards d’euros de déficit attendu en 2017, après une série de déficits chroniques depuis 25 ans :

Les déficits répétés de l’assurance maladie depuis vingt-cinq ans et l’accumulation de la dette sociale qui en découle minent la solidité et la légitimité du système de protection sociale.

Déserts médicaux et pénuries de médecins

Et ce ne sont ni le vieillissement de la population, ni le développement des maladies chroniques, ni le coût très élevé des technologies modernes de santé qui vont nous aider à résorber ces déficits, bien au contraire.

Si encore on en avait pour notre argent. Mais non. La Cour des comptes, comme tout un chacun en attente d’être pris en charge aux urgences d’un hôpital ou en recherche désespérée d’un rendez-vous pas trop tardif chez un spécialiste ou un généraliste, en ville ou à la campagne, ne peut que constater que la France s’installe lentement mais sûrement dans l’extension des déserts médicaux et les pénuries de médecins et de certains équipements de pointe comme les IRM.

Le pire étant qu’en nombre de médecins (stable à 3,3 pour 1000 habitants depuis l’an 2000 environ) on ne peut même pas dire qu’on serait en sous-effectif manifeste par rapport à d’autres pays. De même, la France occupe le 4ème rang mondial en dépenses de santé par rapport au PIB après les États-Unis, la Suisse et l’Allemagne.

La réalité de notre système de santé est exactement celle que l’on retrouve inéluctablement (et malheureusement) dans tous les systèmes socialistes. Le libre choix des médecins et des patients, la loi de l’offre et de la demande et la clarification de l’information par le système des prix libres ont été évincés du système au profit d’une planification bureaucratique qui prétend savoir mieux que les médecins où, quand et comment ils doivent soigner, et mieux que les patients s’ils sont malades et où et quand ils doivent se faire soigner.

Un marché de la santé faussé

Aujourd’hui en France, le numerus clausus du concours de la première année de médecine fixe arbitrairement le nombre de diplômés qui seront médecins 7 à 10 ans plus tard, le prix de la consultation est décidé par les autorités, le tiers payant qui déresponsabilise les patients a été généralisé et l’installation, tout en restant formellement libre, est soumise à une multitude d’incitations techniques concoctées par des fonctionnaires sans tenir compte des aspirations multiples et diverses des acteurs du système.

Tout ceci contribue à fausser complètement le marché de la santé et tend à rendre les médecins parfaitement identiques et interchangeables entre eux et à dévaloriser leur travail.

Dans cette situation de fonctionnarisation rampante et de disparition de l’esprit d’émulation, comment s’attendre à ce que la profession cherche à se perfectionner en permanence ? La politique que nous subissons va à l’encontre de la liberté des médecins, à l’encontre de la liberté des patients et à l’encontre du progrès humain.

Préserver quelque chose qui ne marche pas

Au vu des piètres résultats observés, il n’a pas échappé aux rédacteurs du rapport de la Cour des comptes qu’il était grand temps d’agir. Ils se sont donc fait un devoir de recommander vivement un certain nombre de mesures pour notre système de santé afin de :

contribuer à la préservation et à l’amélioration de cet instrument essentiel de solidarité des citoyens devant la maladie.

Mais patatras ! Rien qu’avec cette idée de préserver quelque chose qui ne marche pas, c’était mal parti. Comme souvent dans ce pays, le raisonnement qui a présidé aux recommandations tient au mieux de la persistance maladroite dans l’aveuglement, avec cependant toutes les caractéristiques de la persistance malsaine dans l’idéologie socialiste.

Notre système déjà très étatisé ne donne pas de résultats satisfaisants ? Facile ! Étatisons-le encore un peu plus !

Diafoirus socialistes

Et voilà que nos « sages », habituellement très habiles pour pister les hypothèses incohérentes dans les données budgétaires et plutôt clairvoyants quand le gouvernement se livre à une cavalerie trop manifeste, se sont transformés en véritables Diafoirus socialistes de la santé en préconisant une batterie de mesures toutes plus coercitives les unes que les autres. Si les gens – les médecins, les patients – ne sont pas d’accord, obligeons-les ! Et s’ils refusent encore, punissons-les !

Pour lutter contre les déserts médicaux, les incitations ne suffisent plus, il faut passer à des contraintes d’installation.

Pour augmenter l’accès aux soins, il faut réglementer tous les honoraires et élargir autoritairement les horaires d’ouverture des cabinets. Pour assurer la qualité des soins, il faut définir administrativement des parcours de prise en charge déterminés.

Tout refus sera puni d’un déconventionnement dont on suppose qu’il fera fuir les patients, inquiets de n’être pas remboursés.

Aparté : il serait amusant que les praticiens, lassés d’être traités comme des gamins irresponsables, répondent « chiche ! » et que tout ce déconventionnement, à l’inverse de la peur qu’il est censé instiller pour maintenir le système, soit le point de départ d’une médecine vraiment libérale et performante !

La médecine comme service public

Mais ce n’est certes pas l’intention profonde de la Cour des comptes qui, tout à ses délires dirigistes, s’est mis en tête de transformer la médecine en un service public totalement fonctionnarisé et régulé d’en haut et de loin depuis le ministère de la Santé. Le rapport le reconnaît sans peine :

Ceci limite de facto la liberté de choix du patient et la liberté des professionnels dans leur pratique.

Mais il y a longtemps que la liberté est devenue chez nous une notion abstraite, voire carrément nauséabonde. Nous sommes en France, le « laissez-faire » ne passera pas !

Notons toutefois avec plaisir que le gouvernement a pris ses distances avec ce rapport sorti tout droit des tiroirs soviétiques et souhaitons maintenant qu’il aille jusqu’à travailler à la restitution des marges de manœuvre de tous les acteurs de la santé en brisant un monopole coûteux, ingérable et potentiellement médiocre en terme de performance médicale.

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