Transition énergétique : si on changeait de cap avant de ruiner le contribuable ?

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Les milliards d’euros dépensés par le consommateur, et les dizaines de milliards d’euros à venir auront finalement servi à développer l’industrie photovoltaïque asiatique.

Par Michel Gay.

Par un soir froid sans vent de janvier 2020, en rentrant du travail, les Français poussent un peu leur chauffage. À 19h00, tout s’éteint. C’est le black-out, la coupure généralisée de courant mettant en péril la vie de millions de citoyens.

Comment a-t-on pu en arriver là, et où sont les responsables ?

Dans son scénario 2050, l’ADEME a prévu que la part de production d’électricité soit de 17% pour le solaire et 63% pour les éoliennes.

Ce soir là, les trois quarts des éoliennes sont au repos (par manque de vent) et les panneaux photovoltaïques ne produisent rien dans le noir.

Les barrages hydrauliques turbinent déjà à plein régime (à condition qu’il ait plu les semaines précédentes).

Importer de l’électricité d’Allemagne (ou d’ailleurs) est impossible. Il y fait nuit aussi, et ce pays a le même problème à résoudre puisque l’absence de vent est général sur l’Europe.

Les réserves «pilotables à la demande» de production d’électricité nécessaires pour faire face aux besoins de cette soirée sont… insuffisantes. Elles ont tout simplement été sous estimées (voire « oubliées ») dans le scénario ADEME.

Pourtant, dans un scénario 2050 non plus « 100% renouvelable » mais « 100% nucléaire », la plupart des coûteuses capacités complémentaires fossiles d’appoint seraient inutiles.

Même à 10 milliards d’euros (Mds€), le réacteur nucléaire EPR de Flamanville (1650 mégawatt) serait rentable. Il produira environ 700 milliards de kWh aussi la nuit, les jours nuageux et sans vent, pendant au moins 60 ans (avec des arrêts pour recharges et maintenances), soit trois fois plus longtemps que l’éolien ou photovoltaïque, et quasiment sans besoin de stockage. Ce sera certainement utile à la France.

Le capital initial investi est deux à trois fois inférieur à celui nécessaire pour produire la même quantité d’électricité photovoltaïque préconisée par le rapport ADEME «100 % renouvelable».

En ajoutant les futurs coûts de démantèlement de l’EPR (un milliard d’euros), d’exploitation et de maintenance sur 60 ans (3 Mds€), du combustible, de son retraitement et de la gestion des déchets, le prix de l’électricité nucléaire est, et restera, imbattable, entre 5 c€/kWh et 7 c€/kWh.

L’indépendance énergétique apportée par le photovoltaïque ou les éoliennes est impossible à cause de leurs productions aléatoires et intermittentes, tandis que celle du nucléaire est aujourd’hui acquise.

Le Grenelle de l’environnement avait promis que l’énorme effort demandé au consommateur français pour financer le solaire photovoltaïque et l’éolien allait créer de l‘emploi et réindustrialiser notre pays. Il n’en est rien. C’est même le contraire.

Nos quelques rares champions industriels du solaire photovoltaïque ont dû déposer le bilan. EDF Energie a même été prié de racheter Photowatt et Evasol, par exemple, afin de masquer ce gâchis.

Les milliards d’euros dépensés par le consommateur, et les dizaines de milliards d’euros à venir, du fait des obligations d’achat sur 20 ans par le biais de la CSPE ou d’autres taxes, auront finalement servi à développer l’industrie photovoltaïque asiatique qui fournit 90 % des capteurs solaires installés en France, ainsi que les industriels éoliens en Allemagne et au Danemark.

Avant d’être amené à constater ce désastre en se lamentant avec la phrase usuelle « comment a-t-on pu en arriver là ? », ne serait-il pas urgent de dire : « désolé, on s’est trompé« , et de changer radicalement de cap ?