France, vrai pays des marxistes zombies ?

Pourquoi la France ne connaît-elle pas de regain post-marxiste comme en Grèce ou en Espagne ?

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France, vrai pays des marxistes zombies ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 mai 2015
- A +

Par Serge Federbusch.

zombie walk credits helena gatti (CC BY 2.0)

L’explication la plus directe est que, contrairement aux autres pays dits du Sud, la France a actuellement un gouvernement de « gauche » et, par conséquent, que c’est plutôt vers la droite que le courroux populaire va s’investir. Cette analyse n’est pas entièrement convaincante car on a pu notamment observer que les progrès de Syriza s’étaient faits rapidement et principalement aux dépens du parti socialiste grec, le Pasok. Comme Tsipras, Mélenchon et ses acolytes ont tout fait, sans toutefois obtenir aucun succès, pour se démarquer de leurs «sociaux-traîtres».

Alors ? La morsure de la crise sur les catégories sociales votant à gauche est plus faible en France qu’en Grèce ou en Espagne. L’enfumage de Hollande a consisté à cibler l’essentiel des hausses d’impôt et des rares économies de dépenses sur ceux qui ne votent pas pour lui. Le ressentiment de la « gauche de la gauche » est donc moins grand qu’ailleurs et moins engagé dans un militantisme actif. Il se manifeste plutôt par une évaporation de l’électorat socialiste et communiste vers des terres plus exotiques que celles de l’extrême gauche traditionnelle.

Une partie de ces « marxistes zombies », notamment ceux en provenance du PC, a migré vers le Front national dont elle explique le virage anti-libéral. Alors que Jean-Marie Le Pen ciblait l’État et les impôts, le FN marino-philippotisé n’a eu de cesse de prétendre défendre les services publics à la française et notre soi-disant modèle social. L’électorat en colère mais peu politisé, au sens partisan du terme, qui votait autrefois pour le PC en France ou surtout qui arrive désormais en âge de s’exprimer, s’est tourné vers le frontisme alors que son équivalent grec ou espagnol a permis le décollage de Podemos ou Syriza.

zombies marxistes rené le honzecMais les «marxistes zombies» bien de chez nous nourrissent aussi les rangs d’un néo-communautarisme encore hésitant. L’électorat issu de l’immigration est fortement touché par l’abstention. Son engagement dans le Parti de gauche, mal à l’aise sur la question religieuse, est très faible. Il ne permet donc pas à ce dernier, même allié aux communistes, de dépasser les 10 % des voix dans les scrutins locaux ou nationaux. Il possède pourtant des idéologues et un fort potentiel de rassemblement. La situation pourrait-elle évoluer ?

Ses intellectuels organiques sont des zombies post-marxistes, tel Emmanuel Todd qui explique que le fondamentalisme en France est le produit de l’euro et des discriminations dont sont victimes Noirs et Arabes.
Tant pis si l’islamisme radical se développe dans le monde entier, bien loin des inconvénients de la monnaie unique européenne. Et tant pis si, depuis des décennies, les transferts au bénéfice de ces « discriminés » se montent à des dizaines de milliards d’euros. Il faudrait selon eux aller plus loin, toujours plus loin, dans la compréhension et la compassion, les subventions et la tolérance.

Par-delà les constructions idéologiques hasardeuses de Todd et consorts, le rassemblement de cet électorat se fera un jour, s’il doit advenir, sur une base communautaire au grand dam des efforts de Terra Nova pour le rabattre vers le Parti socialiste. Cette captation a fonctionné en 2012 pour faire gagner François Hollande mais elle est désormais en panne.

Le pouvoir actuel va bien sûr tenter de le récupérer in extremis avant 2017. C’est pour cela qu’il se garde de défendre les principes laïcs autant qu’il le faudrait. Si les socialistes échouent, ce qui est probable au vu du désarroi actuel de la gauche, ce rassemblement n’aura pas le temps de trouver un débouché politique. Pour l’heure, cet émiettement profite donc à la droite.

Mais ces « marxistes zombies », sans référence au socialisme, à ses principes et à ses idéaux, un peu comme les catholiques zombies détectés par Todd ont oublié le christianisme, peuvent trouver dans certains préceptes égalitaires et anti-capitalistes islamiques radicaux une idéologie politique de substitution. Il y a beaucoup à dire et à reprocher au style littéraire de Houellebecq. Mais on ne peut lui dénier sur ce point une forme d’intuition.

Dans l’immédiat, cette dimension sociologique explique aussi pourquoi la France ne voit pas émerger de mouvements comme Podemos et Syriza. En Espagne ou en Grèce, l’immigration, notamment celle ayant le droit de vote, est plus homogène, au plan religieux, avec le reste de la population. Formant une grande partie des classes populaires, elle alimente le vote d’extrême gauche. Ainsi, la majorité des immigrants de ces dernières décennies en Espagne proviennent d’Amérique latine (36,21%), d’Europe occidentale (21,06%) et d’Europe de l’Est (17,75%). Seuls 14,76 % viennent du Maghreb. Les étrangers originaires d’Afrique, et plus particulièrement d’Afrique subsaharienne, ainsi que d’Asie ne constituent qu’une part très minoritaire des arrivées dans la péninsule ibérique. De plus, depuis 2008, les flux migratoires se sont carrément inversés.

Le souvenir désormais lointain du franquisme ou du régime des colonels ne peut non plus expliquer l’insuccès relatif de l’extrême droite en Grèce ou en Espagne. Bref, contrairement à ce qui s’est passé en Espagne et en Grèce, où malgré son caractère braillard le mouvement nazifiant Aube dorée est très minoritaire, le phénomène migratoire a perturbé en France le jeu classique des clivages politiques. Le sentiment de paralysie du système représentatif, qui gêne autant les Français et les met mal à l’aise, doit moins au pesant couvercle du scrutin majoritaire à deux tours qu’à cette fracture dont peu osent parler mais qui entrave le renouvellement partisan.

En réalité, à rebours des analyses de Todd et de ses suiveurs, c’est le communautarisme à la française qui, en entravant l’émergence de forces de remise en cause des partis traditionnels à gauche, permet la perpétuation de l’adhésion des classes dirigeantes à l’euro.

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  • « pourquoi la France ne voit pas émerger de mouvements comme Podemos et Syriza »
    il y a aussi une raison toute bête : podemos et syriza ne s’appelent plus : Parti Communiste…alors qu’en france le PCF n’a pas changé de nom…
    sinon le titre me donne l’idée d’un script à envoyer à Hollywood !

  • emmanuel todd est un beau parleur, un peu chouchou des médias dont il a fait parti et qui est capable de faire passer pour un discours presque scientifiques toute une série de sornettes.
    Mais c’est surtout quelqu’un qui a des marottes, et régulièrement il sort une nouvelle idée explicative de tous les maux de nos concitoyens:
    un coup se serra le niveau de l’imposition trop bas, un autre l’absence de frontières et de protectionnisme, et pourquoi pas le racisme supposé des français et en particulier de ceux qui ne pensent pas l’être.

    Juste bon à écouter d’une oreille distraite pour en rire, et encore

  • Normal que l’extrême droite n’ait pas de succès en Espagne et en Grèce. Les partis classiques ont des discours très musclés sur des sujets comme l’immigration. Le parti populaire sur bcp de choses n’a rien à envier au FN. En France, ce parti serait d’extrême droite. Bcp d’anciens franquistes sont au parti populaire. Les espagnols qui ont le plus de nostalgie pour le franquisme sont les espagnols les plus âgés ( en d’autres termes, ceux qui ont connus l’époque franquiste) et ceux qui haïssent le franquisme sont les jeunes ( qui n’ont pas vécu sous franco et qui le connaisse que par la propagande gauchiste des médias et de l’enseignement). Les héritiers du franquisme est la droite classique. En Grèce même les partis de gauche jouent la carte nationaliste. Syriza n’a pas de problème à s’allier avec un parti anti immigration. vous pouvez voir des partis classiques tenir des discours anti immigrés. Dans ces deux pays, l’immigration est surtout de passage ce qui n’est pas le cas en France.
    Si l’extrême droite n’existe pas dans ces pays, c’est parce que la seule extrême droite qui peu exister est une extrême droite radicale alors qu’en France, en raison du politiquement correct, on est bcp plus vite d’extrême droite. Donc l’extrême droite française est bcp plus modérée ce qui fait que plus de gens vie tient pour elle. L’extrême droite radicale est aussi inexistante en France

    • *peu je voulais dire peut
      *vie tient je voulais dire votent
      Désolé, mon correcteur change les mots que j’écris.

  • Vous faites un contresens : toute la gauche et l’extrême gauche en France sont bruxelloises, favorables à l’UE, à l’Euro, et pro immigration. Vieux marqueur génétique : internationalisme, à bas les frontières.

    C’est uniquement ce que vous appelez l' »extrême droite » (qui n’est rien d’autre qu’un gentil RPR de la grande époque, souverainiste, comme le souligne un commentateur) qui est contre Bruxelles.

    Bref, vous avez raison de souligner que c’est bien l’immigration qui explique la spécificité française.

    Mais vous vous trompez en affirmant que « gauche traditionnelle » égalerait remise en cause de l’Euro.

    Enfin, autre erreur de mon point de vue : vous dites que les électeurs d’origine immigrée s’abstiennent tous, et qu’ils sont mal à l’aise avec la « gauche ».

    En 2012, ils ont su se mobiliser… Cela a donné 80 % pour Hollande dans certaines banlieues parisiennes….

    Les naturalisés (rappel 100 000 par an) plus les français d’origine nord africaine et africaine… affichent un biais électoral « gauche » incontestable. Sans être « extrême » (pas besoin). Ce biais se poursuivra, grâce aux gènes « internationalistes » de la gauche.

    Les gens de Terra Nova, que l’on traite de doux rêveurs, sont en fait parfaitement rationnels.

  • Peux être aussi que le PC a disparu parce que son programme des années 80 à été entièrement appliqué par nos gouvernants (de gauche comme de droite)…

    • Vous, je vous soupçonne d’être de bordeaux et pas sectaire concernant la rançon ..LOL

    • Le PCF a disparu parce que son Vatican qui était à Moscou s’est euthanasié en 1991 tandis que le marxisme-léninisme était rejeté et vomi par les peuples européens qui avaient eu à subir son joug.
      De plus, Moscou subventionnait l’ensemble de ses missions en terre capitaliste c’est à dire l’ensemble des partis communistes dans les pays non communistes en charge de diffuser la Foi marxiste et de préparer la victoire finale du socialisme scientifique là où elle était possible. En plus de la perte de sa Ville Sainte et de la désertion de ses fidèles, le PCF y perdit également une source importante de financement.

  • http://www.amazon.fr/Histoire-du-marxisme-Leszek-Kolakowski/dp/2213018987 Pour ceux qui veulent se faire une culture libérale intelligente en comprenant le marxisme.
    ou encore Isaiah Berlin, un classique: http://www.amazon.com/Karl-Marx-His-Life-Environment/dp/0195103262
    et pour ceux qui veulent comprendre comment s’est forgé un marxisme intellectualisé: http://www.amazon.com/Marxism-French-Left-Politics-1830-1981/dp/0814743528

  • la france est l’un des pays les plus socialistes d’europe, il suffit de regarder les chiffres (dépenses publiques 57%, la fonction publique représente pres de 7 millions de personnes dans la fonction publique (http://www.observatoiredessubventions.com/2010/combien-de-fonctionnaires-en-france/
    ), 73 au rang des libertés économiques selon Heritage Foundation après le Cap-Vert, le Kazakhstan ou encore la Jamaïque, l’un des plus haut taux d’imposition ( la France a un taux d’imposition total moyen de 64,7% principalement constitué (51,7%) de charges sociales, le 2 plus fort taux d’imposition en europe),….. certains partis de gauche dans le reste de l’europe (spd, parti travailliste,…) sont plus libéral que l’ump. la france est championne du monde en dépenses sociales. la france possède 60 code et est ultraréglementé (plus de 500000 lois et décrets). le pire s’est que le nombre de fonctionnaires augmentent. http://www.lepoint.fr/economie/les-fonctionnaires-sont-toujours-plus-nombreux-18-12-2014-1890940_28.php
    En 33 années, la France a fini par appliquer à peu près tous les points du programme du parti communiste de 1981. http://h16free.com/2014/04/01/30201-il-y-a-33-ans-deja

  • Les commentaires sont fermés.

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