Le danger toujours renaissant du protectionnisme

Derrière le barbelé - Furcifer pardalis(CC BY-NC 2.0)

Sans même parler du fait que l’histoire a démontré que l’instauration de barrières douanières accroît, à chaque fois, les risques de tensions de toutes natures entre les nations, le protectionnisme ralentit les progrès économiques des pays qui le mettent en place.

Par Paul-Jacques Lehmann1.

Les réunions annuelles du FMI et du G20 viennent encore de le démontrer : les oppositions entre partisans du libre-échange et partisans du protectionnisme (aujourd’hui encouragés par les déclarations du président américain Donald Trump qui vient de menacer de se retirer du traité de libre-échange nord-américain ALENA qui regroupe les États-Unis, le Canada et le Mexique) restent toujours d’actualité. Ce débat existe depuis des siècles alors que les avantages du libre-échange ont eu à de multiples reprises l’occasion de faire leurs preuves.

En revanche, sans même parler du fait que l’histoire a démontré que l’instauration de barrières douanières accroît, à chaque fois, les risques de tensions de toutes natures entre les nations, le protectionnisme ralentit les progrès économiques des pays qui le mettent en place.

La naissance du protectionnisme

La doctrine protectionniste est véritablement née en France à l’époque où Colbert persuadait ses compatriotes que la puissance économique d’un peuple était d’autant plus importante que celui-ci détenait davantage d’or. Être riche nécessitait donc d’exporter le plus possible afin que les pays étrangers règlent leurs achats en métal précieux, tout en limitant au maximum les importations afin d’éviter les sorties de cette monnaie. Or, les inconvénients du protectionnisme sont nombreux.

Le protectionnisme privilégie certains producteurs au détriment de l’ensemble des consommateurs

Empêcher l’entrée sur le territoire de certains produits, soit de manière autoritaire, soit par l’instauration de droits de douane favorise quelques producteurs nationaux puisqu’on les soustrait à la concurrence étrangère. Mais ces privilèges qui leur sont accordés nuisent à la collectivité.

Outre le fait qu’ils les conduisent à relâcher leurs efforts pour améliorer la qualité de leurs produits et accroître leur productivité, ils sont surtout à l’origine de hausses de prix provenant de la répercussion de cette sorte de redevance payée aux producteurs privilégiés. Les consommateurs, donc l’ensemble de la population, sont donc les grands perdants du protectionnisme.

La hausse des prix est d’autant plus importante qu’il est évident que les pays étrangers ne manquent pas de mettre en place en représailles des mesures de rétorsion, les deux plus fréquentes étant une réduction de leurs importations conduisant à une baisse des exportations, cette fois pour tous les producteurs du pays protégeant, et une hausse des coûts des matières premières importées nécessaires à la fabrication des biens protégés.

Le protectionnisme pèse sur la valeur de la monnaie nationale

Comme nous vivons dans un régime de taux de change flexibles dans lequel le cours d’une monnaie varie en fonction de son offre et de sa demande sur le marché des changes, la mise en place de la protection conduit à la dépréciation de la valeur de la monnaie nationale car l’attractivité et la notoriété du pays diminuent.

Il s’ensuit un renchérissement du prix de tous les biens que le pays est obligé d’acquérir à l’étranger parce qu’il ne les produit pas lui–même. Les libéraux en concluent que le protectionnisme est une violation du droit de propriété car chacun doit avoir le droit de vendre au meilleur prix. Bastiat, le grand artisan du libre-échange, va très loin dans sa condamnation du protectionnisme :

il n’est tout entier qu’une immoralité. C’est l’injustice organisée, c’est le vol généralisé, légalisé, mis à la portée de tout le monde, et surtout des plus influents et des plus habiles… Oui, protection, c’est spoliation.

Que nos responsables prennent donc garde à ce que les supposés intérêts d’un grand pays ne conduisent pas l’ensemble des autres nations à revenir à des travers qui ont produit tant de désastres dans le passé. Un libéralisme maîtrisé doit être leur ligne de conduite.

  1. Paul-Jacques Lehmann, professeur émérite à l’Université de Rouen, vient de publier un ouvrage, Les fondements du libéralisme économique – Les 50 économistes à l’origine de la pensée libérale en France  aux éditions ISTE.