ISF, taxation des produits de luxe : le ps rame pour survivre

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Le parti socialiste rame pour s’en sortir depuis la défection d’Emmanuel Macron, et son élection à la présidence de la république. Les débats sur l’ISF et la taxation des biens de luxe, aussi artificiels soient-ils, sont pour certains l’ultime occasion de se refaire…

Par Nathalie MP.

Il est des symboles avec lesquels on ne plaisante pas. Quand on appartient au parti de Jaurès, Blum, Mitterrand, Hollande et Martine Aubry, quand la justice sociale et l’égalité réelle guident vos pas tous les jours de votre vie, il est simplement impossible de rester plus longtemps silencieux devant la scandaleuse perspective de voir 34 voiliers de luxe appartenant à l’évidence à des « riches » échapper à l’ISF. 

Par contre, il est très possible de penser au passage qu’on tient peut-être là une occasion en or – non, pas en or, ça fait trop lingot ; disons plutôt idéale, ça colle mieux, on pense idéaliste, idéologique… – une occasion idéale, donc, de sortir de l’insignifiance et d’exister à nouveau dans l’arène politique et le petit cœur solidaire des Français.

Les déboires s’enchaînent

Il faut dire qu’au PS, la vie n’est pas drôle tous les jours ces derniers temps. En fait, depuis la défection d’Emmanuel Macron, les déboires s’enchaînent. Ce Macron qui était quand même le ministre de l’Économie de François Hollande, membre éminent du PS et anti-riche revendiqué – il faut se pincer pour le croire !

Toujours est-il que François Hollande a dû renoncer à se représenter. Les militants ont choisi Benoît Hamon, lequel, faute d’avoir réussi à faire alliance avec Mélenchon, n’a finalement récolté que 6,4 % des voix à la présidentielle comme le premier candidat périphérique venu – et encore, en comptant les écologistes. Dès son échec officialisé, il s’est d’ailleurs empressé de ficher le camp pour refonder la gauche de son côté en créant un improbable « Mouvement du 1er juillet » que les écolos ont rapidement déserté.

Groggy et les idées en désordre

Rebelote pour les législatives : tout le monde – trop de monde, y compris au PS – a tellement répété qu’il fallait saisir l’élan printanier de cette élection, donner sa chance et surtout une majorité à Macron, que le PS s’est couché le 10 juin dernier avec 295 sièges à l’Assemblée nationale pour se réveiller le 19, groggy et les idées en désordre, avec un petit groupe très intime de 31 députés et aucun véritable ténor en son sein pour couvrir le bruit et la fureur de la France Insoumise de Mélenchon d’un côté et la majorité insolente des 308 députés La République en Marche de l’autre.

La série noire n’est pas finie. Qui dit moins d’élus dit moins de subventions (de 25 à 7 millions d’euros) et qui dit moins de subventions dit grosses difficultés pour boucler ses fins de mois.

Le trésorier du PS a fait les comptes : pour s’en tirer, le parti doit se résoudre à vendre son bel hôtel particulier de 3 000 m2 sis rue de Solférino à Paris et il envisage même des licenciements. Un comble – n’est-ce pas, M. Filoche ? – quand on a la justice sociale et l’égalité réelle chevillées au corps et qu’on a toujours caressé l’idée d’interdire les licenciements.

Le pot de départ de Cambadélis

Pour le PS, une époque s’achève, une page se tourne, mais les plaies sont à vif. Le secrétaire général Jean-Christophe Cambadélis, tenu pour responsable des échecs successifs, a fait son pot de départ vendredi dernier dans une ambiance de plomb, d’autant qu’il vient de sortir un livre dans lequel il dézingue allègrement François Hollande.

Dès lors, les scénarios possibles pour le prochain congrès du parti (début 2018) sont très simples : comme le dit un député, ce sera « soit un hold-up, soit un cambriolage » tellement tout le monde a envie de cogner sur tout le monde.

Mais ça, c’était la semaine dernière. Depuis, tout a changé. Curieusement, le projet d’Emmanuel Macron de réduire l’ISF en Impôt sur la fortune immobilière (IFI) n’avait pas soulevé trop d’objections jusqu’au jour récent où certains députés, surtout à gauche, tendance Bayrou incluse, et parfois même jusque dans les rangs de LREM, se sont avisés que les valeurs mobilières exonérées dans le PLF 2018 incluaient aussi des signes extérieurs de richesse absolument intolérables. Mais où est passée la « Solidarité » dans ce pays ?

L’ISF sur les produits ostentatoires

Supprimer l’ISF sur les titres, passe encore ; c’est furieusement anti-social, un vrai cadeau aux riches et aux patrons, mais on peut éventuellement arguer que c’est productif. Tandis que supprimer l’ISF sur les yachts, les chevaux de course, les Ferraris et les lingots d’or, des produits purement « m’as-tu-vu » et « improductifs », c’est simplement ignoble. Et c’est la preuve définitive que les riches qui les possèdent (et qui ont voté Macron, soyez-en sûrs) sont des êtres avides d’argent, toujours à l’affût d’un bon plan fiscal qui empêchent le peuple d’accéder au bonheur égalitaire pur et parfait.

On pourra tenter d’objecter, comme s’y emploie h16 ici, qu’en toute logique économique un cheval de course ou une montre de prix créent de l’activité, des emplois, de l’innovation etc.. au même titre qu’un produit non étiqueté « luxe » et que ceux qui les achètent (très cher, mais ils aiment ça) contribuent à alimenter grassement les recettes de TVA.

La comédie du socialisme

On pourra avancer également qu’il s’agit en réalité d’un patrimoine totalement anecdotique et que sa re- ou sur-taxation dans le cadre de l’IFI ou via d’autres taxes ne rapportera jamais que quelques dizaines de millions d’euros tandis qu’on peut prévoir, par exemple, que les yachts ne s’immatriculeront ni ne mouilleront plus en France, dégât collatéral de l’ISF déjà constaté dans les ports de plaisance français.

Mais non, la fureur authentique ou sur-jouée est à son comble chez nos généreux. Une telle iniquité, ça signe le quinquennat d’Emmanuel Macron, un quinquennat qui, loin de dépasser les clivages, clive encore plus socialement en roulant carrément à la droite de la droite.

Martine Aubry, boussole inébranlable de l’humanisme socialiste à la sauce rose pourpre du care (comprendre État-nounou), ne s’y est pas trompée. D’après elle, « même Chirac n’aurait pas osé penser à une politique aussi libérale » ! Des propos bien mystérieux : Chirac a dit et fait beaucoup de choses dans sa carrière politique, mais il a justement supprimé intégralement l’Impôt sur les grandes fortunes ou IGF lors de sa cohabitation avec Mitterrand (1986).

Bouclier fiscal sarkozyste, armure fiscale macronienne

Même son de cloche chez le groupe PS à l’Assemblée, si ce n’est que leur référence de l’horreur économique indépassable est Sarkozy. Saisissant pour ainsi dire le malaise de leurs collègues LREM au bond, les députés socialistes emmenés par leur Président Olivier Faure leur ont adressé hier une lettre ouverte qui constitue une véritable main tendue les incitant à se désolidariser de la majorité gouvernementale.

Vous étiez plein d’idéaux ? Ne tombez pas dans les petits calculs de boutiquiers ! leur expliquent-ils en substance sur un gentil ton paternaliste. Vous étiez contre le bouclier fiscal de Sarkozy ? Vous ne pouvez décemment pas approuver « l’armure fiscale » de Macron – une armure étant donc pire qu’un bouclier. Vous vouliez incarner un « monde nouveau » ? Vous ne pouvez décemment pas vous compromettre avec la politique de privilèges « moyenâgeuse » du gouvernement. Rejoignez notre « contre-budget » !

Le PS ridicule

Comme c’est beau, toutes ces protestations de justice et d’égalité ! Et comme c’est peu crédible ! Je ne sais ce que les députés LREM les plus accros à la taxation des produits de luxe en penseront, mais la lecture du premier paragraphe devrait les alerter. Si l’on en croit les signataires, pas un instant ébranlés par leur déconfiture électorale et apparemment pas le moins du monde conscients du ridicule de leurs propos :

Ce budget (le PLF 2018) prend place dans un contexte d’amélioration de la situation économique et financière de notre pays, en grande partie due aux décisions prises sous le précédent quinquennat. (sic)

La question de l’ISF révèle à l’évidence du flottement et des divergences de vue dans les rangs de La République en Marche. Ça devait arriver tôt ou tard ; on sait que les troupes présidentielles forment un attelage hétéroclite ni de gauche ni de droite « et en même temps » de gauche et de droite, parfaite matière à l’éclosion (l’explosion ?) de sensibilités plus plurielles les unes que les autres.

Les socialistes décrédibilisés

Mais si LREM est parvenue à obtenir en si peu de temps une majorité à l’Assemblée dans laquelle on compte beaucoup d’anciens socialistes, c’est bien parce que le PS au pouvoir a profondément déçu ses électeurs : avoir pour ennemi la finance et ne réussir qu’à augmenter le chômage, promettre de se conformer aux exigences de l’Union européenne et n’y parvenir qu’en faisant des budgets insincères, tout ceci n’est pas pour vous recommander aux yeux des rêveurs printaniers.

Et de son côté, le gouvernement s’est rapidement montré opportunément ouvert à l’idée de renforcer les taxes sur les produits « ostentatoires » et il songe maintenant à supprimer les allocations familiales pour les hauts revenus. Voilà qui devrait apaiser les alarmes des troupes LREM jusqu’à la prochaine fois, à défaut de constituer une politique économique et fiscale mûrement réfléchie.

Le PS n’a pas fini de ramer.

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