4 (mauvaises) excuses du terrorisme

Les excuses idéologiques ne manquent pas pour atténuer la responsabilité individuelle des terroristes. Le philosophe Michael Walzer en a réfuté 4 des plus répandues.

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4 (mauvaises) excuses du terrorisme

Publié le 22 août 2017
- A +

Par Frédéric Mas.

Les attentats terroristes suscitent des réactions bien compréhensibles, de colère, de tristesse ou de protestation sur les réseaux sociaux. Face à l’émotion, les explications se sont multipliées, qu’elles viennent d’anonymes ou d’experts plus ou moins compétents sur les questions d’islamisme ou de terrorisme. Seulement, avec la même régularité d’horloge, après chaque attentat, réapparaît le même discours dans le débat public, celui des excuses idéologiques du terrorisme.

Dans un livre de 2004, le philosophe Michael Walzer s’était attaché à réfuter les 4 excuses idéologiques les plus souvent invoquées pour minimiser l’horreur du terrorisme. Walzer vient de la gauche de la gauche, et s’adresse en priorité à certains de ses camarades politiques, particulièrement impliqués dans les mouvements de libération et les luttes pour l’émancipation aux États-Unis et au Proche Orient.

Les opinions que Michael Walzer décrit et cherche à réfuter se retrouvent aujourd’hui bien au-delà du petit monde de la gauche radicale. Elles se confondent aujourd’hui avec un certain prêt à penser sur le terrorisme commun aux commentateurs paresseux de l’actualité.

En d’autres termes, ce qui était visé hier par Michael Walzer peut permettre de prendre de la distance avec certains biais idéologiques qui empêchent de penser correctement le problème du terrorisme aujourd’hui.

« Le terrorisme, c’est le dernier recours quand tout le reste a échoué»

C’est imaginer que les terroristes raisonnent comme des stratèges, évaluant et testant plusieurs alternatives, militaires et politiques, avant de s’en remettre à la violence à l’endroit des plus vulnérables.

Une fois écartée l’objection la plus simple, à savoir que même ne rien faire du tout se révèle être une option supérieure à celle de commettre un acte de violence terroriste, une autre intervient : à quel moment les terroristes ont-ils épuisé toutes leurs alternatives ? « Dans les faits, la plupart des fonctionnaires et des activistes qui plaident en faveur d’une stratégie terroriste le font en premier lieu. » Dans le cas de l’État islamiste, c’est à la fois une stratégie militaire et une technique effroyable de communication, qu’il n’a jamais songé à remplacer par d’autres solutions.

« Le terrorisme, c’est l’arme des plus faibles contre les puissants »

L’argument très répandu au sein des mouvements de libération nationale se distingue du premier en posant le terrorisme comme premier recours. Pas besoin ici de trouver des artifices rhétoriques pour justifier la violence à l’endroit des populations. Politiquement en situation de faiblesse, les défenseurs du terrorisme estiment devoir en passer par le terrorisme.

Pour Walzer, il y a ici confusion entre deux sortes de faiblesses, l’une vis-à-vis de l’État (ou de la puissance dominante) qu’elle combat et l’autre vis-à-vis du peuple qu’elle dit défendre. C’est cette seconde faiblesse qui conduit les terroristes au terrorisme plutôt qu’aux manifestations de masse, aux grèves générales ou à la résistance non violente.

C’est parce que le terroriste n’a pas de soutien fort et affirmé dans la population qu’il prétend défendre ou incarner qu’il a recours aux armes.

Dans le cas de l’État islamique, la stratégie terroriste tous azimuts signe aussi son incapacité à susciter l’adhésion au sein de la grande majorité des Musulmans d’Europe : elle est certes inquiétante et mérite une réponse ciblée des pouvoirs publics, mais témoigne aussi de son peu d’impact sur les populations ciblées.

« Le terrorisme est le seul moyen efficace pour que les opprimés s’expriment »

Walzer explique qu’il existe une variante à l’argument « l’arme des plus faibles contre les puissants » : sans même la participation des opprimés à leur propre émancipation, le terrorisme réalise leurs objectifs avec efficacité.

En général, ceux qui invoquent cet argument reconnaissent le caractère immoral du terrorisme, mais expliquent que la fin justifie les moyens, que les conséquences positives du terrorisme peuvent très bien excuser son usage. Mais la fin recherchée n’aurait-elle pas pu être obtenue par des moyens moins nocifs ? L’excuse est ici tributaire des deux premières, déjà assez précaires.

« Toute politique est dans le fond terroriste »

Le premier moteur du terrorisme et le même que celui de toute politique, c’est la violence, ce qui fait du terrorisme une variété de politique un peu plus franche et honnête que ses autres versions. On ne peut pas reprocher aux terroristes d’agir comme tout le monde, ce ne sont pas des Saints, mais la sainteté n’existe pas en politique.

Seulement, la politique, contra Hobbes, ne repose pas uniquement sur la crainte universelle. Il est même fort probable que l’État terroriste dont l’assise ne repose que sur la crainte soit marginal ou illégitime.

Dans une version plus étroite, ce quatrième argument pose que la violence des terroristes, celle des opprimés, constitue une réponse à celle des oppresseurs : « le message est le même dans les deux cas : le terrorisme nie l’appartenance au peuple et l’humanité des groupes où il puise ses victimes ».

La coloration islamiste du terrorisme d’aujourd’hui nécessite sans doute d’apporter des compléments à l’analyse de Michael Walzer. Notons tout de même que c’est aussi en empruntant au langage de l’extrême-gauche anti-impérialiste qu’il a bâti sa réputation et élaboré sa propagande partout dans le monde : c’est aussi, sans doute, ce qui masque sa spécificité à grand nombre de ses commentateurs.

 

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  • La gauche en est donc à chercher à légitimer le terrorisme, à voir dans les terroristes des victimes… ?

    • Il me semble que certains des groupes terroristes des années 60-70 étaient de l’extreme gauche, dans le style « communistes révolutionnaires ».
      Du coup, on comprend mieux que « la gauche » essaye de légitimer ou d’excuser certains d’entre eux…

      • Et c’est ainsi qu’ils voient dans les terroristes islamistes de nouveaux prolétaires révoltés.
        A force de se trouver de plus en plus d’affinités avec les islamistes (mêmes ennemis, excuse de jihadistes, défense d’un islam rigoriste), les islamogauchistes finiront à terme plus islamo que gauchistes…

  • la seule excuse que je trouve aux térroristes , c’est qu’ils ont le cerveau dérangé ; si , sur les 7 milliards d’individus que nous sommes , tout ceux qui ont échoué dans leur vie devenaient des térroristes , plus personnes ne vivraient en paix nulle part dans le monde ; il faut vraiment être complêtement perchés pour aimer , que dis je , adorer verser le sang , massacrer , torturer dans le seul but de faire souffrir et de tuer , que ce soit sous couvert d’une religion ou non ; la place de ces gens là , c’est l’asile ;

  • Vous oubliez celle qu’on entend le plus souvent pour diminuer la responsbailité des voyous, souvent terreau fertile du terrorisme, après un passage en prison: « ils ont eu une enfance difficile ».
    Et aussi: « c’est la faute aux puissances occidentales qui ont exploité ces pauvres pays ».
    Evidemment jamais on n’entend que l’islam est rétrograde et est incompatible avec les valeurs occidentales.

    • En amoindrissant leur responsabilité, en les victimisant, en les relativisant, les islamogauchistes risquent de développer beaucoup trop d’affinités avec l’islam obscurantiste et le jihadisme…

    • Vous rigolez ou quoi ?

      On n’entend que ça : c’est exactement le message que les Djihadistes veulent faire entendre : que l’Islam est incompatible avec les valeurs occidentales (ou plutôt que l’Occident est incompatible avec l’Islam)

    • D’accord avec les 2 premiers paragraphes. Mais dire que l’Islam est rétrograde n’a pas beaucoup de sens; une religion n’a pas d’essence en elle-même, et n’est jamais que ce que les croyants en font. La question est plutôt: comment se comportent les musulmans en Europe? Quelles sont leurs actes, leurs opinions? Etc.

  • J’imagine un prêtre catholique prônant la violence, l’intolérance et le racisme…
    J’imagine une de mes connaissances argumentant sur la domination d’une religion sur une autre, ou un commentaire sur les réseaux sociaux défendant cette violence…
    Vous savez tous ce qui se passera, quelles seront les réactions.
    «  »Ferme la, ça sent pas bon! «  »

    Il serait peut être temps que les Musulmans prennent leur responsabilité et remettent ces idées là où elles auraient du rester: « aux chiottes » (comme dirait un humoriste).

    Pour un non Musulman, il est impossible de reconnaître ces « petits Hitler ».
    C’est donc à vous, Musulmans, de les contrôler!

    Sinon, c’est de la couardise ou l’acceptation d’une guerre de religion.

    Quand je pense que personne ne contrôle les Imans.

    • @ Bago
      Dites-vous bien qu’il n’y a pas de guerre de religion! Ce n’est qu’un prétexte à la conquête d’un pouvoir, territoire, idéologie dominante sur les esprits, une main basse sur des ressources enrichissantes … Une vraie guerre de religion serait parfaitement désintéressée si elle ne contenait pas la motivation maladive de « j’ai raison! ». C’est donc toujours un prétexte, une voie vers un but.

      Dans le cas de l’EI, la reconstitution du grand califat musulman de l’âge d’or: nostalgie!

      La seule « religion » ou « idéologie » valable est la priorité du respect de la vie humaine et ça, on en a l’illustration toutes les semaines, lors des accidents et catastrophes!

      • D’accord avec votre vision pragmatique des causes, mikylux.
        Ce qui m’importe, c’est de constater la pauvre réponse de la communauté Musulmane européenne face à ce terrorisme.
        Soit elle accepte de combattre ce terrorisme en surveillant ses ouailles, soit elle va vers une exclusion (culturelle déjà, physique bientôt)
        Un Big Brother européen restera impuissant et seulement liberticide, vu la vitesse de radicalisation des fous terroristes. Alors que cette communauté peut contrôler ses Imams, les personnalités fragiles ou dangereuses, si elle en a le courage.
        Le reste, on est d’accord, n’est que répétition de la folie dominatrice dans l’Histoire (passée ou contemporaine)

        • Ce sont les mêmes qui regrettent le peu de réaction de la communauté musulmane et qui s’indignent de la monté des communautarismes ….

          La communauté musulmane, ça n’existe pas ! Il n’y a pas de Pape musulman, il n’y a pas de Curie musulmane, il n’y a pas d’orthodoxie musulmane, il n’y a pas d’Eglise musulmane, il n’y a pas de « vrai » Islam, comme il n’y a pas de « faux » Islam : les fatwas ne proviennent pas d’une autorité, mais d’un expert, ce sont des avis, pas des lois, etc….

          Il faut arrêter de regarder l’Islam avec des références occidentales et de demander aux musulmans de se prononcer sur ce qui se passe au moyen orient, surtout que la majorité des musulmans en France viennent d’Afrique et ne connaissent pas plus que vous le moyen orient…

          C’est un peu comme si disait que c’était aux Amish qu’incombait la responsabilité de commenter le KKK…

          • Merci de votre contribution, Mr BOULOTS, elle conforte mon avis.
            Donc, il est inutile de demander à un état « occidentale » de trouver des solutions là où il n’a pas une vision correcte du problème.
            Après 3 ans en Egypte, mes collègues musulmans fondaient des espoirs dans les mouvements du printemps, dans le sens d’une maturité et d’une responsabilisation des musulmans. Dito au Burkina Faso avec ceux qui considéraient être infantilisés religieusement et politiquement. !
            J’ai du travailler avec les mauvaises (intéressantes) personnes.

            J’ai regardé la définition de communautarisme, comme tous les Suisses qui ne travaillent pas en Suisse ;-), ça cadre pas avec nous !

  • Remettons les choses à leur place. Les « terroristes » dont on parle sont des ethno-délinquants. Ethno car pas franchement du cru, qu’ils soient de première génération ou nième, et pas franchement pressés de s’intégrer. Délinquants car ils ont tous des casiers depuis leur plus jeune âge, qui couvre à peu près tout ce qui est pénalement répréhensible, souvent assez gravement du type violence à autrui. Et vu qu’ils vivent dans des communautés avec les mêmes travers (ie les familles qui les trouvent bien sous tous rapports avant « acte délibéré »), il y a forcément de l’encouragement implicite. Un peu comme les gens du voyage, quoi… mais avec les slogans pseudo-religieux en plus.
    J’irais jusqu’à dire qu’ils sont les idiots utiles des trafiquants et truands de plus haut vol qui y voient une cible de surveillance pratique. C’est sûr que pendant que les forces de police tentent de suivre les achats de marteau, bonbonnes de gaz et véhicules utilitaires, voire de tracer les discussions avec l’imam du quartier, il y a un peu plus de tranquillité pour la tonne de coke, le cargo de porsches volées ou les caisses de lance-roquettes.

  • Il y a deux sortes de terrorisme, un défensif, contre un régime dictatorial, une occupation étrangère (comme le fut notre résistance, qui usa du terrorisme contre l’occupant), et un terrorisme offensif, visant à affaiblir un régime légitime, pour lui substituer un autre, favorable à la cause des terroristes.
    Celui de DAECH est du deuxième type. Il est supposé dissuader de lutter contre lui là où il s’estime le seul légitime, par droit divin. Il compte sur le ralliement massif de la population musulmane immigrée, afin de conquérir une force suffisante à la prise du pouvoir. La résistance contre ce terrorisme est légitime, sans réserves, sans réticence, avec tous les moyens nécessaires, militaires, policiers, judiciaires.

  • Le terroriste se suicide..Donc il y a chez lui des failles psychologiques que des pervers manipulateurs savent très bien détecter …Bien sûr certains sont de grands mélancoliques qui dans leurs actes entrainent les autres , mais la plupart sont semble-t’il des sujets frustes sans structuration psychologique basée sur des étayages solides( famille , travail , sport co , culture etc etc…). Et là il n’est pas très difficile d’en faire des proies d’un sectarisme religieux ou autre..Après pourquoi sont-ils fragiles ??? C’est une question sociologiquement plus complexe et à déterminants multiples..

    • Le suicide est le propre du terrorisme islamiste. Il peut augmenter l’efficacité de l’acte, et la conviction d’en être récompensé dans l’au-delà est la dernière raison.

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