L’économie française de nouveau en marche ? Pas si vite !

L’économie française s’est-elle remise « en marche » ? La réponse n’est pas tranchée, et les réformes structurelles annoncées ne sont pas encore là.

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L’économie française de nouveau en marche ? Pas si vite !

Publié le 29 juin 2017
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Par Jacques Garello.

« L’économie française retrouve des couleurs » : titre des deux pages que le Figaro consacrait à la conjoncture, assorties de deux photos géantes du Président et de son Premier ministre. Même enthousiasme à la une des Échos du même jour : « Croissance : l’embellie se confirme en France ».

Seuls de mauvais esprits verraient quelque opportunité électorale dans ces annonces euphoriques. Alors : oui ou non l’économie française s’est-elle remise « en marche » ? La réponse est moins tranchée, et les réformes structurelles annoncées ne sont pas encore là.

Précision et significations des indices conjoncturels

Nous avons toujours incité à la prudence pour interpréter les indices conjoncturels publiés par l’INSEE. D’abord parce l’INSEE possède un quasi-monopole public de la statistique, alors qu’ailleurs il y a concurrence entre instituts privés dont la prospérité dépend de la qualité du travail fourni.

Ensuite parce que l’INSEE a volé au secours des gouvernants à plusieurs reprises, pour modifier ses chiffres quelques mois ou quelques semaines plus tard. Enfin, parce que les indices retenus ne valent pas davantage que la macro-économie : chiffres globaux qui masquent disparités et décalages.

La politique de l’indice qui guide tant de gouvernements court-termistes et keynésiens est la pire qui soit. Avec les travaux de Friedman sur les décalages (lags) nous savons que les effets d’un changement de politique (monétaire ou budgétaire) n’apparaissent qu’un an ou deux ans plus tard, ils se produiront peut-être quand la conjoncture se sera inversée, ils seront donc contre-productifs. Le « fine tuning », pilotage à vue, n’existe pas.

Quelles comparaisons ?

Mais revenons aux données de l’INSEE qui légitiment aujourd’hui tant d’enthousiasme.

– Le taux de croissance du PIB aurait augmenté de 0,4 % au 1er trimestre 2017 de sorte que le taux annuel 2017 devrait d’ores et déjà être révisé à la hausse : 1,5 % vraisemblablement ;

– Ce dynamisme serait dû à une reprise de la consommation, en hausse de 1,5 % en 2016 et de l’investissement ; en hausse de 0,6 % alors qu’il avait décliné lourdement entre 2012 et 2015 ;

– Enfin, c’est l’indice de confiance des ménages et des entrepreneurs qui crèverait le plafond.

Voilà donc une bonne conjoncture aux yeux des keynésiens : la dépense globale (C+I) a redémarré, la croissance et l’emploi vont suivre.

Les comparaisons dans le temps ne sont pas aussi radicales : de tels chiffres ont déjà été enregistrés, par exemple au 1er trimestre 2016 mais il a suffi d’un printemps de manifestations syndicales pour « casser la reprise ». Les comparaisons dans l’espace ne sont pas spectaculaires : le taux de croissance actuel et prévu est inférieur à celui de l’Allemagne, et dans la moyenne de la zone euro.

D’ailleurs, le solde du commerce extérieur s’est creusé à nouveau, ce qui marque notre déficit de compétitivité et l’attrait des ménages pour les produits importés. Quant à la consommation, sa poussée est due aussi à la croissance des dépenses des administrations publiques : l’arrosage électoral a été dru.

Évidemment les indices ne donnent pas aux finances publiques la place qu’elles devraient avoir : le déficit budgétaire s’est creusé, au delà des 3,5 % du PIB et la dette publique frise le 100% du PIB.

Quant au moral des ménages, s’il s’est amélioré, ce n’est sûrement pas celui des ménages de chômeurs, puisque nous sommes toujours en écart de 6 points avec les Allemands et de 5 points avec les Anglais.

En marche vers quoi ?

La seule concession que l’on peut faire à ceux qui crient victoire un peu vite est que le climat a été si tendu dans le pays depuis le début de la campagne des présidentielles que la pression a disparu avec l’élection de Macron.

Non seulement certains avaient peur de résultats poussant les Français à l’affrontement (une peur au demeurant démesurée), mais aussi le programme Macron s’est voulu consensuel, rassurant, et porteur de réformes structurelles.

L’effet d’annonce a été si fort qu’il a fait naître des anticipations positives. On en revient donc à une conclusion banale et habituelle chez nous : la conjoncture ne s’améliorera durablement que du jour où les structures auront été modifiées : marché du travail libéré, fiscalité allégée, sphère publique diminuée, patrimoine protégé et retraites capitalisées.

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  • du coup , on peut se dire que si l’économie va mieux au 1er trimestre , ce serai dut à la politique de hollande qui porte ses fruits , et non pas grace à macron qui n’a été élu qu »en mai ;

    • L’économie ne va pas mieux. Ce n’est que le mirage suscité par l’effet Macron, certains naïfs croyant que les réformes vont être enclenchées! Ils ne vont pas tarder à déchanter.

  • Qu’est-ce qui Marche et n’avance pourtant pas ❓
    Un Macron scotché sur un chewing-gum :mrgreen:

  • Il y a longtemps que le Figaro a cessé d’être un journal sérieux, et critique ainsi que la devise qu’il affiche (empruntée à Beaumarchais). C’est devenu un torchon comme les autres, politiquement correct et people!

  • Ben, la Cour des Comptes annonce un « manque » de 9 milliards pour 2017 et de 17 milliards pour 2018. Tout cela pour se ramener au dessous du fameux 3% de déficit, ce qui en soi n’est déjà pas l’équilibre. Donc, avant même la moindre ordonnance « pour aller vite », notre bon calife va devoir s’arrêter en route pour faire la manche. Vu l’état d’esprit de Merkel/Schäuble, la manche risque donc d’être nos poches. Vieille habitude… Et au fait, notre bon calife ne connaissait pas ces chiffres avant que Migaux en cause, vu son antériorité aux tunes de la France? Si non, c’est un peu un gland. Si oui, la tromperie sur la marchandise prend une autre dimension.

  • Ce que je remarque aussi c’est que la consommation se remet à frémir au moment où les inquiétudes se précisent sur l’évaporation de l’épargne …
    On dépense avant le bank run.

  • L’économie française va mieux ? Vraiment ?

    Sitôt les élections passées, on apprend comme par hasard que l’équilibre du régime des retraites est repoussée de 2020 à 2040 (ce qui revient tout simplement à dire qu’on compte beaucoup sur le fait que la démographie va régler d’elle même le problème) et que les finances publiques ont davantage dérapées que prévues et que le budget pour le programme d’infrastructure annoncé n’est donc pas vraiment là.

    Il faudra penser à remplacer le mot « élection » par « enfumage de premier ordre », nettement plus conforme à la réalité de ce qui vient de se passer.

    Heureusement, personne n’a voté cette fois-ci … un peu trop prévisible la petite entourloupe … vendre du renouveau avec des vieilles ficelles toutes usées … manque pas de culot le gamin …

    Et c’est justement l’abstention de masse qui rend la question budgétaire très délicate : l’assemblée nationale élue avec la participation de 38.4% des inscrits est peu légitime et son autorité en matière de taxation est donc fragile au regard du principe démocratique élémentaire de « pas de taxation sans représentation ».

    • « pas de taxation sans représentation »

      Je veux bien, mais dans notre médiocratie, jusqu’ici c’est la majorité bien représentée au parlement qui s’exonère d’impôts et les fait payer à la minorité pas ou peu représentée.

      J’adore ce concept original de consentement à l’impôt par procuration.

      • Beaucoup des maltraités fiscaux sont partis. Il est clair que la charge pèse de plus en plus lourd sur ceux, de moins en moins nombreux, qui restent. Ce qui fait de nouveaux maltraités fiscaux. Ce qui alimente l’exode. Et ainsi de suite. Les retraités qui vont se faire augmenter la CSG sont déjà en train de faire leurs valises pour le Portugal.

        Là encore, rien de nouveau.

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