Gouvernement Macron : à quoi faut-il s’attendre pour le secteur financier ?

L’élection à la Présidence de la République de l’ancien locataire de Bercy est à coup sûr une bonne nouvelle pour les marchés financiers et pour le dynamisme du secteur bancaire.

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Gouvernement Macron : à quoi faut-il s’attendre pour le secteur financier ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 23 mai 2017
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Par Théophile Gacogne.

À l’issue d’une présidentielle qui a tenu en haleine non seulement la France, mais le monde entier, Emmanuel Macron s’est finalement imposé avec 66% des suffrages au second tour.

Grâce à sa stratégie politique pragmatique qui fait la part belle aux expertises individuelles, le Président bénéficie désormais d’un boulevard pour appliquer son programme. Tout du moins, jusqu’aux législatives de juin 2017 : Macron n’est en effet pas certain d’obtenir la majorité des sièges à l’Assemblée Nationale, ce qui compromettrait fortement sa marge de manœuvre.

Quoi qu’il en soit, l’ancien banquier d’affaire pourrait bien mettre son expertise économique au service de nombreux secteurs d’activité, et notamment la finance.

Avec la nomination de Bruno Le Maire au ministère de l’Économie, Macron espère conserver une capacité d’ingérence forte dans les questions économiques tout en signant un coup de maître de recomposition de l’échiquier politique.

La même logique s’applique au ministère du Budget avec la nomination de Gérald Darmanin, député LR davantage connu comme juriste que comme économiste. Car avec Bruno Le Maire, c’est toute une partie de la droite qui pourrait bien se rattacher à la majorité présidentielle lors des législatives à venir. Mais que doivent attendre les établissements bancaires et les particuliers du quinquennat qui s’ouvre actuellement ?

Des signes positifs pour les marchés financiers

Dans ses grandes orientations, la feuille de route du candidat Macron a de quoi réjouir les acteurs et observateurs de l’économie française.

Suppression d’emplois publics, allègements de charges, baisses d’impôts pour les entreprises et les particuliers, assouplissement des règles du dialogue social (en faisant prévaloir les accords d’entreprise sur les accords de branche), … le programme Macron est une bénédiction pour tous les partisans d’un libéralisme économique régulé, du libre-échangisme et de l’ouverture à l’international (notamment européen).

Un programme progressiste et pro-européen que des analystes de Morgan Stanley surnomment d’ailleurs avec humour les Macronomics, contraction de Macron et Économie.

Concernant la taxe sur les transactions financières (TTF), plus connue sous le nom de Taxe Tobin (du nom de James Tobin, l’économiste keynésien qui a milité pour sa création), le Président a estimé dans un entretien à Libération le 24 mars qu’elle n’était « pas la priorité ».

La taxe Tobin qui fait frémir

Cette taxe, largement évoquée dans le débat public suite à la crise de la dette de 2011, a longtemps fait frémir le système bancaire : elle aurait pour effet de rendre caduques de nombreuses transactions et micro-transactions spéculatives.

François Hollande avait déjà freiné des quatre fers ce projet de taxe au niveau européen, et Macron ne relancera probablement pas la dynamique pendant son quinquennat.

De même, lors d’un débat organisé par la Confédération des PME le 6 mars dernier, l’ancien ministre de l’Économie a fait part de sa volonté d’assouplir les règles auxquelles les établissements bancaires et les assureurs ont dû se soumettre après la crise financière.

Selon lui, les groupes bancaires ont été « désincités à financer l’économie », sous couvert d’une réduction des risques systémiques. Cette position ambivalente est également celle des principaux lobbies bancaires, qui font par la même occasion l’impasse sur la spéculation à outrance, la rigueur budgétaire, et leurs effets néfastes sur l’économie réelle.

Cependant, quand on regarde le détail, certaines mesures pourraient susciter des levées de boucliers de la part des grands établissements bancaires, ou des particuliers.

Réformer la fiscalité du capital

La remise à plat de ce pan de la fiscalité est l’une des propositions du candidat Macron qui est passée sous le radar du grand public. Il est pourtant capital, car il pourrait être très favorable aux gros épargnants, et remettre en cause des avantages de l’assurance-vie.

Concrètement, Macron compte taxer les revenus du capital à hauteur d’environ 30% (prélèvements sociaux inclus). Tous les revenus du capital. C’est-à-dire que seront visés les intérêts, les dividendes, les plus-values mobilières, mais aussi des contrats comme l’assurance-vie, pourtant mode de placement préféré des Français aux côtés du célèbre Livret A. « Ces conditions ne changeront pas pour les contrats et dépôts existants, mais seulement pour les flux à venir, les nouveaux versements » a indiqué celui qui était encore candidat dans une interview aux Échos au mois de février.

De plus, ce taux de 30% ne s’appliquera qu’aux personnes ayant placé plus de 150 000€ en assurance-vie, comme l’a rappelé Jean Pisani-Ferry, conseiller économique du candidat d’En Marche !

Sachant que les gains sur une assurance vie sont d’ores et déjà taxés à 7,5%, plus 15,5% de prélèvements sociaux, cette mesure pourrait alourdir encore plus un mode de placement qui est généralement très utilisé par les ménages situés dans les plus hautes tranches de l’impôt sur le revenu.

Les revenus d’épargne de ces derniers sont actuellement taxés jusqu’à parfois 60%, ce qui fait de la France la championne d’Europe de la taxation de l’épargne.

Ce taux maximum n’est que de 26,4% en Allemagne, 26% en Italie ou 23% en Espagne, et les plus-values mobilières sont même exonérées au Luxembourg ! Les spécialistes de la gestion de patrimoine sont donc assez frileux : « Un tel alourdissement de la fiscalité risquerait de détourner certains épargnants de l’assurance-vie », fait valoir Olivier Rozenfeld, président du cabinet Fidroit.

Prélever l’impôt à la source

Cette mesure a été décidée par le gouvernement Hollande, et a été l’un des grands projets de Michel Sapin pendant qu’il était maître des lieux à Bercy. Le 1er janvier 2018, le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu devrait remplacer le recouvrement sur avis d’imposition tel qu’on le connaît actuellement.

Enfin ça, c’est sur le papier. Car dans les faits, beaucoup d’experts s’inquiètent des difficultés techniques qui pourraient être rencontrées. L’idée de base est aussi simple que sa mise en application est un véritable casse-tête administratif.

Pire encore, cette mesure porterait préjudice à de nombreuses entreprises qui devraient se charger du recouvrement de l’impôt, chose qui ne fait pas partie de leurs qualifications. Ces dernières seraient donc obligées d’engager des comptables et spécialistes financiers supplémentaires.

Le nouveau président ne souhaite pas abroger cette réforme, mais il s’inquiète des risques de désorganisation importants qui pourraient découler de son application à partir du 1er janvier 2018.

Il défend donc une expérimentation, limitée à un nombre restreint d’entreprises, avant d’envisager une généralisation de la pratique. Cette dernière serait donc décalée au 1er janvier 2019, voire plus tard.

Réformer l’ISF

Pour faire simple, la réforme de l’ISF vise à privilégier le risque face à la rente. L’ensemble des valeurs mobilières (actions, obligations et assurances-vie) seront exonérées, au profit d’une taxation accrue des valeurs immobilières.

Si le principe de base est louable, la pratique est très inégalitaire et peut conduire à des situations ubuesques, où une famille aux revenus dans la moyenne hérite d’un bien immobilier qui lui fait payer une fortune en ISF.

Les ménages de la classe moyenne ne détiennent que très rarement des actions : la pratique est réservée à des couches plus favorisées. Cette réforme engendrerait donc des inégalités accrues, en favorisant indubitablement les grosses fortunes.

Cette réforme de l’ISF a pour but de faire revenir en France les « petits » contributeurs à l’ISF, ceux qui choisissent l’exil fiscal en raison de leurs biens mobiliers (voitures, œuvres d’art, livrets d’épargne, …) mais qui ne possèdent pas forcément un gros patrimoine immobilier. Mais ceux dont la fortune est avant tout immobilière ne gagneront pas grand-chose.

Par cette manœuvre, Macron souhaite supprimer l’ISF (en grande partie, en tout cas), tout en évitant l’affichage politique d’une telle mesure.

Officiellement, l’épargne est réorientée vers « l’investissement productif », et le soutien à l’économie réelle, plutôt que vers la rente immobilière.

Officieusement, c’est un cadeau qui est fait à tous ces ménages aisés qui sont assez nantis ou éduqués pour accéder au marché boursier, ou pour se payer les conseils d’un gestionnaire de fortune.

Conclusion

L’élection à la Présidence de la République de l’ancien locataire de Bercy est à coup sûr une bonne nouvelle pour les marchés financiers et pour le dynamisme du secteur bancaire, qui échappent à des velléités de régulation pour 5 années supplémentaires. Le libéralisme est assurément « En Marche ! » comme en témoigne la loi Macron pour la mobilité bancaire, qui est entrée en action le 6 février dernier.

Il serait erroné de voir le quinquennat Macron uniquement par la lunette « finance », car ces réformes s’inscrivent dans un projet beaucoup plus global qui souhaite aligner l’économie française sur le modèle de la « flexi-sécurité » à la nordique, dont on fait si souvent l’éloge.

Comme le résument de nombreux éditorialistes politiques, le programme du candidat Macron est ambitieux, mais optimiste et réaliste (on l’espère). Et il pourrait faire beaucoup de bien à un pays sclérosé par les surcouches administratives, le chômage et le marasme économique dont il a du mal à se sortir.

Reste à convaincre une part suffisante d’électeurs pour gouverner sereinement. Avec la nomination de trois poids-lourds de la droite à des ministères importants, la figure emblématique de Nicolas Hulot à l’écologie, la place accordée à des anciens du Parti Socialiste, Emmanuel Macron va tenter de ratisser très large aux élections législatives de juin 2017.

D’autant que ce ne sont pas le PS exsangue et les Républicains morcelés qui vont lui faire beaucoup d’ombre. La véritable opposition à La République en Marche viendra des extrêmes, qu’ils soient insoumis ou bleus marine.

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  • Depuis quand les marchés financiers et les banques servent-ils l’intérêt général et les plus défavorisés en particulier ?

  • Rien de nouveau sous le soleil , ils sont obtus , il ne comprennent pas que taxer le revenu du capital ou le capital empêché la création de richesses. Ex: un agriculteur vend du blé et conserve une partie pour la récolte suivante. Si vous taxez son épargne vous diminuez la récolte suivante…à la fin , il est ruiné.
    Et en effet la France n’est plus qu’une ruine.

  • Je suis toujours étonné de lire, y compris sur un site libéral, des phrases comme « cela profiterait indubitablement aux plus fortunés ». Qu’est-ce que cela peut faire si, dans le même temps, cela co,ntirbue à augmentr la richesse globale et fin

    • …et finalement augmenter la richesse globale. Cette obsession de favoriser « les plus démunis » est ce qui nous plombe depuis 40 ans. Ce qu’il faut, c’est favoriser les locomotives en leur permettant de gagner beaucoup d’argent sans être taxés et surtaxés, de trouver facilement des capitaux pour grandir et embaucher et relancer la machine.
      En définitive, ce sont les entrepreneurs qu’il faut favoriser et non les pauvres (qui s’y retrouveront, mais 2 ou 3 ans plus tard).

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