Législatives : la disparition programmée de la droite ?

La droite aurait tort de ne pas méditer l’histoire de la gauche de gouvernement depuis quinze ans et de ne pas en tirer certaines leçons si elle ne veut pas connaître le destin de feu le Parti socialiste.

Par Vincent Feré.
Un article de Trop Libre

L’histoire comparée des élections présidentielles de 2002 et 2017, malgré les risques du raisonnement par analogie, annonce une défaite probable de la droite aux législatives et la nécessité d’une refonte totale de son projet et de son organisation, sous peine de disparition programmée.

Droite et gauche absentes du second tour

La droite a perdu l’élection présidentielle qu’elle a crue – et elle n’était pas la seule – imperdable, privée de surcroît du second tour par le centre gauche et l’extrême droite qu’elle pensait initialement affronter. La gauche a vécu le même scénario en 2002 : Lionel Jospin, le candidat socialiste, a été devancé au premier tour par celui du Front national et Jacques Chirac.

Sans doute faut-il se méfier de l’effet de symétrie et 2017 n’est pas la parfaite réécriture de 2002. Ainsi, en 2017, François Fillon a mené campagne en anticipant la présence du FN au second tour alors qu’en 2002 celle de Le Pen était un coup de tonnerre dans le ciel électoral.

Ensuite, en 2017, les partis de gouvernement ont organisé des primaires ouvertes qui n’ont pas réglé leur problème de légitimité puisqu’ils ont été éliminés, François Fillon étant devancé par Marine Le Pen mais également par un candidat hors parti et hors primaire prétendant en finir avec la bipolarité de la vie politique française.

En 2002, le Président sortant et son Premier ministre étaient, après cinq ans de cohabitation, les candidats naturels de leur camp respectif, la droite et la gauche, et ils représentaient les deux partis dominants du jeu politique, le RPR et le PS. Enfin Jacques Chirac, élu par 62% des inscrits, avait une forte légitimité, à l’inverse d’Emmanuel Macron qui n’en a rassemblé que 43%.

En dépit de ces différences, la droite aurait tort de ne pas méditer l’histoire de la gauche de gouvernement depuis quinze ans et de ne pas en tirer certaines leçons si elle ne veut pas connaître le destin de feu le Parti socialiste.

Gauche et droite défaites aux législatives

En 2002, la droite a redouté un temps qu’en dépit de sa large victoire au second tour de la présidentielle, elle ne soit battue aux législatives et ne se voit imposer une nouvelle cohabitation. On connaît la suite : l’UMP a remporté la majorité absolue à la Chambre.

Les Républicains s’illusionnent donc sans doute s’ils s’imaginent priver Emmanuel Macron et son parti la République en Marche d’une majorité parlementaire en juin prochain. D’abord, les Français, s’ils respectent à nouveau la tradition de la Cinquième République voudront sans doute donner au Président nouvellement élu les moyens de gouverner.

Ensuite, on voit mal comment une droite doublement divisée pourrait être audible : une partie de l’UDI est alliée aux Républicains tandis que son fondateur Jean-Louis Borloo a rejoint le nouveau président de la République et, chez les Républicains, certains ont appelé clairement à voter Macron tandis que d’autres s’y sont refusés. Ajoutons que cette droite divisée n’a plus de programme, et le leader qu’elle s’est donnée pour la campagne des élections législatives, François Baroin, aura du mal à faire taire les ambitions rivales de la génération montante à laquelle il appartient.

Enfin et surtout, au PS comme chez les Républicains, plusieurs personnalités, dès le soir de l’élection du nouveau président de la République, lui ont proposé leur soutien sinon leur collaboration. Après avoir réduit le Parti socialiste, Emmanuel Macron songe d’ailleurs sans doute à nommer un Premier ministre issu de la droite pour mener la bataille des législatives. Le principal adversaire du nouveau gouvernement ne devrait donc pas être au Palais-Bourbon.

Une disparition programmée ?

En 2002 comme en 2017, ceux qui n’ont rien compris ont accusé les candidats de porter la responsabilité exclusive de la défaite. Certes Jospin et Fillon ont commis des erreurs : l’un en affirmant que « son projet n’était pas socialiste » disputait le second tour avant d’avoir gagné le premier, l’autre, en restant sur le socle idéologique et sociologique de la primaire n’a pas su convaincre la France populaire.

Mais en 2002 la gauche a surtout refusé de tirer les leçons de son échec. François Hollande, le premier secrétaire du PS, s’est attaché prioritairement, de congrès en congrès, à maintenir artificiellement l’unité de la maison d’Epinay au prix d’improbables synthèses.

Conséquence, la gauche s’en est tenue à une stérile culture d’opposition, refusant par exemple l’indispensable réforme des retraites de François Fillon en 2003. Elle a pourtant dû l’assumer quand elle est revenue au pouvoir en 2012. Résultat, en 2017, le PS a perdu le reste de sa base sociologique qui est parti chez un Mélenchon prônant le retour de la retraite à 60 ans ! Éviter la clarification idéologique au nom de l’unité du Parti a donc précipité sa disparition !

Les Républicains feraient bien d’y songer s’ils ne veulent pas connaître le même sort. Le positionnement central d’Emmanuel Macron, la puissance du vote frontiste, leur posent certes de redoutables problèmes mais ils n’ont sans doute aucun intérêt ni à se rallier sans autre forme de procès au nouveau Président ni à s’enfermer dans une opposition bornée et pas davantage bien entendu à regarder du côté d’un Front national qui a juré leur perte.

Xavier Bertrand a compris tout cela et affirme « savoir où il habite ». Il est urgent en tout cas que les Républicains donnent leur nouvelle adresse !

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