Qui osera réformer les retraites ?

Aujourd’hui déficitaire de 10 milliards d’euros par an, notre système de retraite n’est pas prêt de devenir excédentaire.

Les années passent, les rapports se succèdent, les réformes aussi, critiquées puis adoptées, mais elles restent incapables de répondre aux défis de notre système de retraites. Aujourd’hui déficitaire de 10 milliards d’euros par an, il n’est pas prêt de devenir excédentaire. À moins que…

Par Ambroise Mejean 
Un article de Trop Libre

old couple credits Marcel Oosterwijk (CC BY-SA 2.0)
old couple credits Marcel Oosterwijk (CC BY-SA 2.0)

État des lieux (chiffres 2013)

  1. Efficacité du système
  • La France compte 15,5 millions de retraités dont 54% de femmes.
  • Le montant mensuel brut moyen (toutes pensions confondues) perçu par les retraités s’élève à 1600€ par mois ; 1300€ pour les femmes, 1900€ pour les hommes.
  • Le taux de remplacement (pourcentage du salaire des cinq dernières années d’activité reçu comme pension) est toujours progressif selon le niveau de revenu mais il est en baisse. 75% en moyenne pour la génération 1946 contre 80% pour la génération 1936.
  • Le niveau de vie moyen des retraités est presque égal à celui des actifs (2050€ par mois et par unité de consommation) mais il est supérieur à celui de l’ensemble de la population (1950€). En comparaison, les retraités aux États-Unis ont un niveau de vie égal à 92% de celui de la population, en Allemagne c’est 87% et en Belgique 77%.
  • Le taux de pauvreté des retraités est de 9% contre 14% pour l’ensemble de la population.
  • 600000 personnes perçoivent le minimum vieillesse qui est de 630€ par mois. Mais seulement 50% des potentiels bénéficiaires le perçoivent.
  1. Modalités d’accès principales (à partir de 2017, suite à la réforme de 2010)
  • Âge de l’ouverture des droits : 62 ans
  • Départ à taux plein à 67 ans ou après 43 années de cotisation.
  • Exceptions des différents régimes spéciaux…
  1. Financement
  • Coût estimé : 290 milliards
  • Répartition des ressources : 75% de cotisations (c’était 83% en 2002), 11% d’impôts, 6% venant de la CAF (pensions de solidarité), 6% de recours à la dette et 2% de prise en charge par l’État (certains régimes spéciaux).
  • Un déficit qui représente 0.5% du PIB (10 milliards)

Osons la réforme : brisons les privilèges et mettons en place un régime viable et vivable

Six milliards par an, c’est le prix à payer pour conserver le régime spécial de… la SNCF ! Un avantage qui date de l’époque du charbon et qui dure depuis plus d’un siècle. Si à l’origine le métier de cheminot pouvait justifier ce traitement de faveur, comment expliquer qu’aujourd’hui les employés de ce secteur à travers leurs cotisations retraites n’assument que 37% de la pension de leurs aînés ? Comment expliquer que des syndicats qui représentent l’intérêt d’une infime minorité de salariés soient en mesure de peser sur tout le système de retraite français ?

En fait, c’est très simple. Aucun politique n’ose réformer le régime de la SNCF ou alors les compensations (primes…) annihilent les efforts financiers consentis dans un premier temps. Alain Juppé, aujourd’hui présenté comme l’homme providentiel, ne semble pas décidé à retenter ce qu’il avait lamentablement raté en 1995. Personne, pas même le FN, n’évoque ce sujet tabou propice à déclencher une grève générale dans les transports.

La SNCF n’est pas la seule concernée, on peut ajouter le régime spécial des députés, celui des fournisseurs d’énergie et bien d’autres. On peut aussi critiquer les différences de mode de calcul entre le public et le privé. Comment se fait-il que la pension d’un fonctionnaire soit déterminée sur son salaire des six derniers mois quand celle d’un salarié du privé est calculée en fonction de ses… 25 meilleures années. Par ailleurs, le nombre des caisses de retraite différentes (16 !) permet de caractériser notre régime assez facilement d’usine à gaz.

Et ce n’est pas fini. Le COR (Conseil d’Orientation des Retraites), organisme chargé de prévoir les évolutions de notre régime, semble aussi crédible que les réformes successives. En témoignent les scénarios irréalistes proposés dans son dernier rapport sur l’équilibre financier du système à l’horizon 2040. Sans aucune justification économique, le COR pose des hypothèses invraisemblables dans sept des huit scénarios testés : un taux de chômage aux alentours de 4.5% ou de 7% et une inflation salariale annuelle proche de 1.5% ou 2%. Pour rappel, sur les vingt-cinq dernières années le taux de chômage n’est descendu qu’une fois à 7% et l’inflation salariale a très rarement atteint les 1.5%. Donc contrairement à ce que peuvent affirmer certains responsables politiques, si on prend en compte la qualité des hypothèses du COR, on se rend compte que le retour à l’équilibre financier du régime des retraites relève de l’utopie.

Pourtant notre régime a beaucoup d’avantages. Il est de celui qui compte le moins de retraités sous le seuil de pauvreté et en cela il assure à une immense majorité de Français une retraite d’une qualité acceptable. Il serait donc temps de prendre conscience que la première des réformes, avant de reculer l’âge de départ ou d’augmenter les cotisations, doit concerner la suppression de régimes qui coûtent la bagatelle de 8 milliards par an. Elle doit aussi permettre de réduire les frais de gestion administrative du système en harmonisant les modes de calcul et en supprimant des caisses de retraite.

« Le courage consiste à dominer sa peur » disait François Mitterrand, et les gouvernants feraient bien de s’en inspirer face à des syndicats qui ne semblent pas comprendre que leur combat ne fait qu’affaiblir les acquis sociaux de la majorité. L’arme référendaire sur ce sujet serait une réponse parfaite permettant à la fois de voter la loi, de légitimer la réforme et de montrer l’isolement des syndicats. Mais qui osera …? 

Sources : rapports du COR

Un article de Trop Libre en partenariat avec Hémisphère droit

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