La victoire pas si large d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron n’a pas remporté un vote d’adhésion malgré une majorité pas si large. Quelles conséquences au lendemain de son élection ?

Par Natasa Jevtovic.

Comme beaucoup de mes concitoyens et de libéraux, j’ai voté blanc au deuxième tour de cette élection présidentielle. Je ne parviens pas à voter contre ma conscience seulement pour éviter le plus mauvais candidat et j’ai besoin d’adhérer à un programme ou un projet avant d’engager ma responsabilité.

C’est en lisant la biographie d’Emmanuel Macron sur Wikipédia que j’ai appris qu’il a été membre du Parti Socialiste à 24 ans, et de 2006 à 2009 ; il n’a jamais adhéré à un autre parti, il a simplement omis de renouveler son adhésion depuis cette période. En 2007 et 2010, il a refusé d’intégrer les gouvernements Woerth et Fillon, qui n’étaient pas de sa famille politique ; ceci atteste son intégrité et sa loyauté, mais ne montre pas qu’il est un candidat indépendant des partis comme il a souhaité le démontrer lors de son passage au gouvernement Hollande.

L’article explique ensuite qu’en 2015, alors qu’il était ministre de l’Économie, « il a fait passer la part de l’État dans le capital de Renault de 15 % à près de 20 % […] puis imposé l’application de la nouvelle loi Florange qui permet de donner un droit de vote double aux actionnaires ‘historiques’, ce qui confère à l’État la minorité de contrôle ». Une nationalisation partielle, donc. Fidèle à son employeur, Emmanuel Macron a agi en bon stratège en réalisant une belle opération financière pour enrichir l’État au détriment d’un groupe privé ; ce qui m’a convaincu qu’il n’était pas vraiment libéral. Il n’est qu’un autre candidat étatiste, héritier du président en place qui nous a tant déçus, et qui nous conduira probablement à un autre quinquennat d’immobilisme, comme ses confrères du parti socialiste.

Pour le premier tour, j’avais choisi François Fillon, qui selon moi avait le meilleur projet pour redresser les comptes publics de la France et libérer le marché de l’emploi pour enrayer le chômage. Les médias et la justice ont décidé de le désigner coupable de détournement des fonds publics pour avoir engagé son épouse comme assistante parlementaire. Je me souviens d’une conférence à l’Assemblée nationale sur le thème de la corruption où le député du Nouveau Centre, Charles de Courson, expliquait le principe d’un crédit de plusieurs milliers d’euros à leur libre disposition afin de rémunérer leur(s) collaborateur(s), sans instance de contrôle. Il a été reproché à François Fillon une pratique légale dans les milieux politiques ;  la bonne réponse aurait été de légiférer afin d’y mettre fin, au lieu de choisir le coupable en la personne du leader de l’opposition. Dès la mise en examen de François Fillon, ses plus proches collaborateurs l’ont abandonné, d’abord les non conservateurs, puis les opportunistes. Parmi eux, le plus remarqué, Bruno Le Maire, avait embauché et rémunéré sa propre épouse comme assistante parlementaire entre 2007 et 20131. Le même Bruno Le Maire qui maintenant évoque sa volonté de collaborer avec Emmanuel Macron.

Forts du sentiment d’avoir été floués, la plupart de mes connaissances, des militants de droite et du centre, ont voté blanc ou se sont abstenues au deuxième tour ; tout comme certains militants d’extrême gauche ne se reconnaissant pas dans le programme « trop libéral » du parti En Marche. Trois de mes proches ont choisi d’adhérer au programme de Macron – deux libéraux centristes et un homme de gauche, à la tête d’une organisation qui défend les droits des demandeurs d’asile.

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Ainsi, face à Marine Le Pen, jugée trop populiste, Emmanuel Macron a obtenu 66,1% de votes exprimés. Ce chiffre n’a malheureusement rien d’une victoire et doit être relativisé, car il convient de considérer le taux d’abstention de 25,5%, les votes blancs et nuls (8,6% soit 4,1 millions d’électeurs) ainsi que les  non-inscrits (11,4% soit 6 millions d’électeurs selon l’INSEE)2. Ces chiffres alarmants signifient que seulement 58,5% du corps électoral français a choisi de voter pour l’un des deux candidats du second tour. Emmanuel Macron a donc obtenu deux tiers de ces voix, soit 38,7%. Ce qui peut laisser penser que le processus démocratique ne fonctionne pas correctement.

Cette élection présidentielle a le mérite d’avoir causé la chute des deux partis traditionnels au pouvoir depuis quarante ans. Mais Emmanuel Macron n’a pas pour autant suscité un vote d’adhésion. Parmi ses électeurs – les 38,7% du corps électoral français – seuls 16% ont voté pour son programme ; 43% l’ont choisi contre Marine Le Pen. Ces 43% auraient voté pour n’importe quel autre candidat positionné contre elle au second tour.

Comment un président élu avec un taux d’adhésion aussi bas va-t-il gouverner le pays ? Où va-t-il chercher ses collaborateurs ? Puisse-t-il s’entourer de technocrates et de spécialistes afin de former un gouvernement comme celui du Canadien Justin Trudeau, sans recyclage des vétérans des partis ayant perdu ces élections présidentielles, et qui le courtisent par pur opportunisme. Par chance, il a connu la vie d’entreprise, sans vraiment être issu de la société civile. Il reste un énarque, mais espérons que son expérience à la Banque Rothschild lui permette de mieux gérer les finances de notre pays. Même si ses anciennes rémunérations confortables et l’absence de patrimoine en France peuvent suggérer une tendance à la dépense toute socialiste.

Rien de nouveau, donc, sous le soleil.

  1. Qui est Pauline, la discrète épouse de Bruno Le Maire ? 11 octobre 2016, http://www.planet.fr/politique-qui-est-pauline-la-discrete-epouse-de-bruno-le-maire.1201589.29334.html 
  2. Francis Brochet, « Près de six millions de citoyens pas inscrits », Le Progrès, 7 mars 2017, http://www.leprogres.fr/politique/2017/03/07/pres-de-six-millions-de-citoyens-pas-inscrits