Macron aurait-il tendu un piège à Marine Le Pen ?

Marine Le Pen - Front national - Meeting 1er mai 2012 - Blandine La Cain via Flickr

Peu de temps avant le débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, peu de commentateurs se sont posés la question, et pourtant…

Par Fabio Rafael Fiallo.

Forte d’un début de campagne de l’entre-deux tours plutôt réussi (avec notamment sa visite surprise devant l’usine Whirlpool d’Amiens), Marine Le Pen pouvait espérer remporter le débat télévisé face à Emmanuel Macron et ainsi essayer de convaincre les indécis et faire mentir les sondages qui la donnaient perdante au second tour. 

Pour gagner un tel pari, sa prestation aurait dû viser à rallier le soutien du plus vaste public possible, poursuivant ses efforts de dédiabolisation et montrant la compétence nécessaire pour devenir chef d’État.

Elle a cependant préféré utiliser tout son temps de parole pour cogner sans relâche sur son adversaire.

Le verdict sur le débat fut implacable. Sondages, analystes politiques et même certains membres de l’univers lepéniste allaient tous dans le même sens : Marine Le Pen avait raté l’occasion, montrant au passage une étonnante impréparation.

Erreur d’aiguillage

Le caractère du personnage a sans doute joué un rôle dans cette erreur d’aiguillage. Marine Le Pen ne pouvait faire que ce qu’elle aime : vilipender, narguer, avancer des propositions simplistes, voire incohérentes. Chasser le naturel, il revient au galop. 

On est tout de même en droit de se poser une question : et si elle avait été induite sciemment par l’équipe de son rival à prendre cette fausse route politiquement mortifère ? Voici le pourquoi de cette question.

La veille du débat, la chaîne de télévision BFM diffuse un scoop : « Macron menace : s’il sert de punching-ball à Marine Le Pen, il quittera le plateau au bout d’une demi-heure. »

L’occasion de piéger Macron ?

De quoi ravir Marine Le Pen et son équipe, qui sautèrent sur l’occasion pour tourner Macron en dérision.

En effet, la nouvelle a pu être interprétée comme le signe que Macron était, pour ainsi dire, au bord de la crise de nerfs. « Macron, on le tient », en un mot.

Certes, l’information a ensuite été démentie ou tout au moins nuancée par l’équipe de Macron. Il n’empêche, le scoop paraissait d’autant plus plausible que le candidat d’En Marche ! ne s’était jamais frotté aux affres d’une campagne électorale. Face à une politicienne rodée aux joutes verbales, Macron aurait pu douter de sa capacité à faire face au déluge de diatribes qui l’attendaient. 

De là à croire dur comme fer à la véracité de l’information de BFM TV, il n’y avait qu’un pas que (à en juger par les tweets sarcastiques qui s’ensuivirent) l’équipe de Marine Le Pen franchit allègrement. 

Concentrer le feu sur Macron

Il y avait donc matière à réajuster la stratégie que Marine Le Pen adopterait lors du débat du lendemain. Désormais, il lui fallait tout simplement concentrer le feu sur Macron jusqu’à le faire craquer et l’amener à quitter le plateau. Les Français verraient ainsi, devant leurs écrans de télé, lequel des deux candidats avait vraiment l’étoffe d’un Président de la République.

Mais voilà que, tout au long du débat, le novice en politique politicienne s’est avéré plus coriace que prévu, répondant du tac au tac aux assauts de sa rivale, montrant en même temps une maîtrise des dossiers qui, chez Marine Le Pen, faisait défaut.

Puis, comme le temps s’écoulait autour des invectives de Marine Le Pen – auxquelles, répétons-le, Macron sut bien riposter – le candidat d’En Marche ! n’eut pas à aborder (sauf superficiellement) les éléments les plus épineux et controversés de son programme, telle sa réforme du Code du travail, qui a vocation à mettre les syndicats dans la rue.

Le message de Macron

De par les attaques de Marine Le Pen, Macron put passer au public un message subliminal : n’étudiez pas trop mon programme mais le danger que représente celle que j’ai en face. Une aubaine pour lui.

Ainsi, contrairement aux espoirs de Marine Le Pen, le débat télévisé aura servi, non pas à réduire l’écart qui la séparait de son adversaire dans les sondages, mais, au contraire, à le creuser.

Macron aurait-il souhaité installer le scénario du corps-à-corps dont il a finalement su tirer profit, qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Ce qui conduit à se demander si le scoop au sujet de sa supposée nervosité, et de son possible départ du plateau de télévision, ne fut qu’un stratagème pour inciter Marine Le Pen à tirer à boulets rouges sur lui, la détournant ainsi de toute tentative d’utiliser le débat pour montrer une quelconque capacité à gérer le destin de la France. 

La « gaffe » de Macron

Autrement, quel intérêt Macron aurait-il eu à faire connaître sa prétendue crainte de servir de souffre-douleur de Marine Le Pen ? Le bon sens lui aurait plutôt conseillé de cacher sa peur.

La fameuse « gaffe » de Macron, déclarant être prêt à quitter le débat, était trop grosse, trop lourde de conséquences, pour ne pas obéir à des arrière-pensées machiavéliques.

Tout cela, cher lecteur, faut-il l’admettre, n’est qu’une simple hypothèse. Une hypothèse, tout de même plus solide que celle qui ferait attribuer le scoop de BFM TV à une bourde maladroite de Macron.

Face à un tel cas de figure, on ne peut que dire : bien joué !