Le marché existe-t-il vraiment ?

Supermarché By: francois schnell - CC BY 2.0

Contrairement à ce que soutiennent Mélenchon et autres extrémistes, le marché n’est pas une abstraction mais la rencontre bien réelle de milliards d’individus.

Par Guillaume Moukala Same.

Dans son livre De la Vertu, Jean-Luc Mélenchon se chagrine que l’idée que « les êtres humains gèrent leurs besoins et les moyens d’y satisfaire de manière rationnelle [paraisse] insupportable » et s’insurge que l’on « préfère un mécanisme purement métaphysique qui s’appelle le marché ».

Décidément, Mélenchon ne finira jamais de m’impressionner. C’est vraiment marrant, il ne cesse d’opposer le marché aux êtres humains.

C’est amusant parce qu’une place où les êtres humains gèrent leurs besoins et les moyens d’y satisfaire de la manière la plus rationnelle possible cela s’appelle le marché. Le marché n’est pas déconnecté de la réalité, ce n’est pas une idée métaphysique où l’être humain n’a pas sa place, c’est justement une métaphore de la coordination de l’action humaine.

Jean-Luc Mélenchon oppose deux choses qui ne sont pas opposées du tout en réalité.

Le marché métaphysique ou le Keynésianisme fantastique ?

Imaginons que le marché ne soit pas le meilleur moyen pour gérer nos besoins, qu’a-t-il à proposer ?

Une « gestion démocratique » ? Mais le marché n’a rien de plus démocratique puisque chacun a son mot à dire, chacun, que ce soit par la consommation ou l’investissement attribue une forme de pouvoir aux entreprises qu’il soutient, et chacun peut offrir quelque chose de nouveau grâce à la libre entreprise. Quel système inclut davantage le peuple que celui-ci ?

Ou peut-être une relance keynésienne multiplicatrice ? Qu’est-ce que l’effet multiplicateur selon Mélenchon lui-même ? « Le mécanisme c’est : on met 100 milliards d’investissement. Le circuit que ça met en route, ça crée de l’emploi, donc ça crée de l’impôt sur le revenu, ça crée des taxes, etc. [ABRACADABRA!] À la sortie, il y a 190 milliards de recettes supplémentaires »1. Et bim, 2% de croissance, un taux de chômage à 6% et une réduction du déficit de 2,5%.

Pour résumer, c’est fabuleux, il suffit de dépenser de l’argent et il nous revient multiplié par 2, et en bonus cela relance l’économie ! Pourquoi ces méchants défenseurs de l’austérité n’y ont pas pensé avant ? À mon avis, quelqu’un y a déjà pensé, eu égard aux 56% du PIB de dépenses publiques, mais ce n’est que mon avis. Si certains voient un côté « métaphysique » dans le marché, pour ma part je vois un côté assez chimérique dans l’effet multiplicateur. Mais bref, il faut sortir de l’austérité !

Sérieusement, s’il suffisait de dépenser pour relancer l’économie ce serait la loi la plus importante de l’économie politique et nous serions tous keynésiens. Or nous ne le sommes pas. Pourquoi ? Ce mécanisme est loin de constituer un remède universel2. Si Mélenchon était réellement rationnel il aurait jeté un coup d’œil aux multiples études empiriques menées sur la dépense 3 et se serait rendu compte que son plan est une mauvaise idée, les résultats étant  très aléatoires pour ne pas dire très souvent décevants. Et si par malheur cela ne se passe pas comme prévu, non seulement la situation ne s’améliorera pas, mais elle risque de s’aggraver sérieusement, sachant l’augmentation de la dette que cela aura causé.

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De manière générale, autant il est possible de discuter de l’utilité de la dépense publique par nécessité (pour les infrastructures par exemple), mais la considérer comme une finalité et un moyen universel de relancer l’économie durablement semble assez caricatural et relève presque de la féerie (pour les raisons déjà mentionnées et celles ci-dessous). Revenons en à notre sujet principal, le marché.

Le marché bat Keynes (et Mélenchon)

Visiblement, le marché étant trop « métaphysique » pour lui, il préfère tout simplifier à outrance. Malheureusement, la réalité n’est pas simple, et c’est pourquoi son plan est irréaliste.

Avec son « planisme écologique », ses nationalisations, ses autres projections ubuesques et les résultats spectaculaires que ses économistes prévoient, le candidat de la France Insoumise nous envoie un message radical : « je sais ». Je sais où sont les emplois de demain, je sais où se créera la valeur future, je sais ce dont l’économie souffre, je suis omniscient, je suis infaillible et par conséquent je peux tout diriger moi-même.

Il a beau tenté d’être rationnel, le manque de décentralisation dans le processus d’imagination de ce plan est flagrant et le risque que rien ne se passe comme prévu est d’autant plus important. Les conséquences seront d’autant plus néfastes.

Bref, il ferait mieux d’appliquer ses propres conseils : laisser les « êtres humains gérer leurs besoins et les moyens d’y satisfaire » – sans vouloir tout contrôler.

C’est une erreur fondamentale de croire que la main invisible d’Adam Smith (un concept qui le fait bien rire aussi), l’ordre spontané de Hayek ou le marché libre en général sont des fictions métaphysiques.  Au contraire, les performances du marché et les échecs des plans ou interventions cristallisent l’impuissance du technocrate face à la complexité du monde. Ces idées n’ont rien d’irréalistes car derrière cette métaphore il y a de vrais êtres humains qui agissent. Adam Smith a utilisé l’expression de « main invisible » pour décrire ce qu’il observait, John Maynard Keynes a parlé d’effet multiplicateur pour anticiper ce qui ne se produira (presque) jamais.

Réussir à faire coopérer des millions d’êtres humains, lesquels, en agissant sur le marché, partagent leurs connaissances donnera nécessairement un résultat plus intelligent et rationnel que remettre la décision économique à un groupe de technocrates bien-pensants ne détenant qu’une information limitée. Si Mélenchon se trompe, toute la France se trompe ; si un individu sur le marché se trompe, son erreur aura moins d’impact et sera progressivement corrigée.

Terminons en citant un homme dont la sagesse saura nous éclairer :

La tâche curieuse de l’économie est de démontrer aux hommes à quel point ils connaissent vraiment mal ce qu’ils s’imaginent pouvoir planifier.F.A Hayek