La « France d’en bas » a-t-elle raison d’être en colère ?

De la « France d’en bas » monte un colère qui s’exprime dans le vote Le Pen ou Mélenchon. À tort ou à raison ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Mélenchon By: Blandine Le Cain - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La « France d’en bas » a-t-elle raison d’être en colère ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 avril 2017
- A +

Par Patrick Aulnas.

Le milieu social dans lequel nous vivons peut nous empêcher de voir la réalité. Cela ne concerne pas seulement les politiciens de haut vol qui évoluent à des années-lumière du bénéficiaire du RSA. Dans la classe moyenne relativement aisée, la découverte des réactions politiques des plus défavorisés peut constituer un choc.

 

Les mots de la colère

Dans le sud de la France, à l’occasion d’une fête de village, j’ai ainsi rencontré des personnes ayant un emploi plus ou moins stable, mais très modeste. Le salaire mensuel ne dépasse pas 1 400 à 1 500 € pour les mieux lotis. S’il s’agit d’un bénéfice (agricole, commercial), il est sans doute encore inférieur. Que réclament ces personnes aux gouvernants ? Tout simplement « qu’ils améliorent leur vie ». Autrement dit, qu’ils augmentent leur niveau de vie. Les propos sont abrupts, parfois grossiers (on les éliminera ici), et révèlent une profonde désillusion :

  • « Ils ne respectent pas leur parole, ils mentent. »
  • « Ils se rallient à Macron pour avoir des postes. »
  • « Il faut que ça change, sinon ce sera la révolution. »
  • « Mon père vote Le Pen, et plutôt dix fois qu’une. »
  • « Fillon ne met rien de côté, et nous, comment on fait avec 1000 € ? ».

 

Radicalisation

Je me suis hasardé à suggérer que l’augmentation du niveau de vie dépend assez peu des politiciens. Elle suppose une croissance économique forte. « Et pourquoi elle est faible ? ». Je réponds que nous sommes passés de la domination économique et technologique du monde (1944-1974) à la compétition économique avec le reste du monde. C’est beaucoup plus difficile pour nous. Cela ne convainc absolument pas. Certains disent qu’ils n’ont rien à perdre et qu’il vaut mieux essayer autre chose. C’est-à-dire les solutions extrêmes : Le Pen ou Mélenchon. On imagine même un deuxième tour entre ces deux candidats.

L’affaire Fillon est appréhendée comme le souhaitaient ceux qui l’ont lancée : avec une présomption de culpabilité. La présomption d’innocence n’existe pas à l’égard d’un homme politique perçu comme un adversaire, voire un ennemi. Les sommes en jeu apparaissent pharaoniques. On confond 900 000 € et 9 millions d’€. On ignore tout du droit parlementaire. Dire que l’emploi d’un conjoint comme assistant parlementaire est licite n’a aucun impact. Poutou est applaudi lorsqu’il parle de « piquer dans la caisse ». « Voilà au moins quelqu’un qui dit la vérité ! » Du moins, celle qu’on ressent avec rage. Certes, ces électeurs-là ne sont pas du tout ceux de François Fillon, mais l’affaire les a radicalisés. Certains emploient même le mot, désormais entré dans le vocabulaire courant.

 

La candeur et la colère

Les deux dominantes du ressenti de ces Français de la « France profonde » apparaissent nettement : la candeur et la colère.

Leur naïveté face au politique est tout à fait pathétique. Ils espèrent beaucoup trop de leurs gouvernants. Beaucoup plus que ceux-ci ne pourront jamais offrir. Pour eux, la politique consiste à « changer la vie », en réalité à améliorer matériellement leur quotidien. L’État n’est pas perçu comme un arbitre mais comme un acteur dominant, responsable de la situation économique et sociale du pays. Il doit distribuer, peu importe d’où vient l’argent. Il y a des riches, on en croise tous les jours. Il suffit de leur en prendre un peu. Ils n’en mourront pas. Ces Français révoltés prennent au mot les promesses politiciennes accumulées depuis plusieurs décennies. D’abord parce qu’elles représentent un espoir, ensuite parce que le « respect de la parole » est un impératif catégorique. Les promesses doivent être tenues, sinon il y a malhonnêteté. Que répondre ? C’est la vérité.

Il en résulte une profonde colère car l’impression d’avoir été trompé est omniprésente. Les promesses de la gauche – changer la vie – ont été perçues comme réalisables, tout au moins partiellement. Or, le niveau de vie stagne et l’espoir d’amélioration à court terme n’est plus envisagé. Le « coup de balai » devient alors justice. Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon apparaissent, non comme des sauveurs, mais au moins comme ceux qui nettoieront les écuries d’Augias. Le « dégagisme » à l’égard des « menteurs », des « corrompus » constitue désormais l’objectif immédiat et un acte véritablement cathartique.

 

Une désillusion à la mesure des mensonges politiciens

Cette terrifiante colère résulte de la surévaluation du politique depuis plus de trente ans. La désillusion est à la mesure des espoirs déçus. Dans les années 70, Raymond Barre, alors Premier ministre, avait conseillé aux chômeurs de créer leur entreprise. Il y avait une part de provocation dans cette phrase de Raymond Barre. Mais au moins, l’éthique préconisée était claire : il faut compter sur ses propres efforts. La gauche avait hurlé au scandale. Mais promettre que le renforcement de l’État, donc du pouvoir des politiciens, constitue la solution de toute chose, est beaucoup plus dévastateur. C’est un mensonge désormais perçu comme tel. Disposer du pouvoir de décision sur 57% du PIB (dépenses publiques françaises) et conduire le peuple à la désespérance, voilà l’échec sidérant de la classe politique. L’émiettement du Parti socialiste résulte de ces mirages utilisés pour conquérir le pouvoir. La montée du Front national en est le corollaire.

Voir les commentaires (21)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (21)
  • Oui, la seule issue est une faillite ou un déclin façon Venezuela.
    Beaucoup de gens, sinon une majorité, sont absolument convaincus de leur bon droit à spolier celui qui gagne de l’argent honnêtement .

  • il y a pourtant eu un avertissement en 2002 , mais une fois le danger passé , nos zélés zélus se sont tranquillement assis dans leur fauteuil rembouré sans chercher plus loin ; que leur faut il à ces gens là ?un bon électrochoc de la part des électeurs ? en arriver là parce que droite et gauche n’ont tout simplement rien foutu pour améliorer la vie des citoyens …en revanche les élus savent comment améliorer leur niveau de vie , et ce avec notre argent ;

  • Je partage vos propos. J’y ajouterais cependant un autre aspect qui est celui du désordre étatique, judiciaire, administratif et fiscal. Le tribunal administratif et ses délais, les loyers impayés et les dégradations volontaires de biens, les violences volontaires…le non remboursement des trop perçus par l’état au titre de l’ISF ( je me souviens de personnes ayant acheté des actions eurotunnel et ayant payé de l’ISF quelques années sur ces actions parties en fumée !). Bref sans grande littérature je pourrais inexorablement additionner des faits ahurissants qui sont devenus courants, dans une anesthésie médiatique et donc collective, puisque l’homme moderne ne semble penser que par l’intermédiaire des médias.

  • C’est exactement ce que j’entends lorsque je tracte, le résultat des « affaires » n’est pas uniquement Fillon pourri mais tous pourris. Marine ou Jean Luc feront le ménage dans cette​ porcherie, ils feront payer des impôts à Mac Do, Google, Starbuck et ceux qui ont fuit seront également mis à contribution. 20 ans de socialisme nous ont persuadé que la solution est en dehors de nous. Nous sommes loin de Raymond Barre ce qu’il y a de plus inquiétant c’est que cette état d’esprit est partagé dans toutes les classes sociales et non pas uniquement comme vous pourriez le penser chez les plus défavorisés et les plus jeunes.

  • Pour compléter mon propos, et faisant partie de la France du haut, la simple expérience des calembredaines hospitalières et de leurs coûts , ou l’étude attentive des rapports de la cour des comptes suffisent à rendre irritant le rôle de l’état en toutes choses. Les rémunérations des personnels hospitaliers « exposés » devenant éthiquement indécent à la vue de ceux qui ne sont pas exposés (administratifs et certains soignants dans certains services )

  • Une spécificité Francais, peut être Européenne ou occidentale c’est la difficulté de faire varier son niveau de vie, sauf à pleurer, revendiquer, exiger, quémander.

    en fait en France quand on a un job il est diffcile d’augmenter ses revenus.
    On ne contrôle pas son temps de travail, et il est de facto interdit de bosser ailleurs.
    Il y a plein de contrainte pour sous-louer son bien, et même pour le louer.
    AirBanb en ce sens est une liberté à détruire, comme Heetch, ou UberPop… le minage de monnaie virtuelle, la vente dans la rue, les fleurs du jardin, sont aussi à éliminer…
    Les nounous non certifiées (mamie elle est certifiée elle?), les taxis sauvages, les femme de ménage, sont aussi à chasser san mercie…
    En france on punie plus durement le travail et la fraude fiscale que la fraude sociale et le vol.

    Il y a des tentatives de libération, comme l’autoentrepreneur tel qu’il était vu initialement, un revenu d’apoint.
    c’est devenu en fait un pied a l’étrier pour des professionnels qui permet d’échapper quelque années à la complexité (pas vraiment à la fiscalité coté montant, mais un peu) de la création d’entreprise standard et (nécessairement très) rentable (avant impots)…

    une autre liberté qui est réduite en France c’est celle d’ajuster son niveau de vie à ses revenus.

    Si j’ai un loyer ou un emprunt pour ma maison, et que je perd mon boulot, je serais protégé par la loi uniquement si je m’entête à rester dans mon logement.
    Si je décide de revendre ma maison, de changer de loyer, en fait je ne trouverais rien, car aucune banque ne m’accordera d’emprunt pour une plus petite maison, ni de bailleurs de location pour une chambre de bonne.

    de toute façon la masure et la chambre de bonne sont illégales, et donc sauf à appeler le samu social, ou jouer au squatteur chez moi, je crèverais sous les ponts.

    pire encore pour un provincial au chomage a cause d’un gros employeur local qui ferme, qui souvent est propriétaire parce que ca coute moins cher, sa maison n’est plus vendable, même si le prix facial baisse lentement, ni louable… sans boulot la maison ne vaut plus rien

    la part variable dans notre niveau de vie est très faible en france, et les problème se corrèlent très vite pour empêcher de compenser.

    En fait le meilleurs moyen d’améliorer son niveau de vie, est d’obtenir des aides sociales, HLM, aide au logement, RSA, et là le gain est énorme.

    quand on va dans un pays émergent, on est surpris de voir que celui qui est dans la mouise peut rapidement vendre des pâtes, ou faire le ménage pour ses voisins…

    il peut louer sa maison et habiter dans une chambre avec des étudiants

    Il rest pauvre mais il peut décider de sur quoi il va rogner, ou de jusqu’où il va se tuer au travail, et il ne s’endettera pas socialement ou financièrement comme un Français.

    nous avons une vie confortable, mais une vie sans honneur et sans liberté.

  • Il y a une coïncidence malheureuse entre les crises économiques que connait la France depuis les crises pétrolières des années 70 et qui l’obligent à évoluer après la phase « glorieuse » de la reconstruction d’après-guerre, et l’accumulation des promesses irréalistes de la gauche. Résumées sous le slogan « changer la vie » elles ont surtout servi de tremplin politique et ont accentué une croyance fort ancienne dans la prééminence de l’Etat et son rôle redistributif. Il est bien dommage que le PS et la gauche n’aient pas fait leur « Bad Godesberg » de façon explicite, et que la droite soit restée assez largement colbertiste.

  • « Cette terrifiante colère résulte de la surévaluation du politique depuis plus de trente ans. » Je dirais que c’est bien plus vieux que cela, tout vient à l’origine de De Gaule lorsqu’il fonda la 5eme, d’ailleurs le Gaulisme n’est-il pas fondé sur une part non négligeable de doctrines Keynésiennes et régulationnistes. Depuis cette période le peuple français a pris cette habitude (devenue normale avec le temps) de systématiquement s’en remettre à l’état dès que survient la moindre difficulté. Aujourd’hui avec la mondialisation et la numérisation, la société change et les individus ne le comprennent pas car ils ont toujours été protégés par leur état nounou, mais celui-ci est resté bloqué en 1958.

    • Non, c’est encore plus vieux que cela, il faut remonter à la guerre de 14, avec la militarisation de la société, de l’économie, de la monaie, la mise en place de pension que l’Allemagne devait payer. Par contre, De Gaulle, bien qu’étant un adepte du plan quinquénal, avait un ministre de l’économie libéral avec A. Pinay.

      • Vous avez raison mais c’est surtout après le 2 ième guerre mondiale que l’économie administré à fait son entrée en force avec la nationalisation de pans entier de l’économie et l’explosion du nombre de fonctionnaire. L’état est devenu tout puissant à ce moment là et n’a plus jamais lâché sa proie. les privatisations de façades n’empêche aucunement l’état de tout contrôler en sous main, pratique pour faire porter le chapeau par les entreprises et se dédouaner des erreurs. Pinay était un « libéral » français c’est à dire qu’il était un peu moins étatiste que les autre quand à Degaulle c’était juste un autocrate comme les autres…

  • Ecxellent article ! merci

  • En 1981 j’ai entendu cette phrase dans la bouche d’une ouvrière : « oui, notre salaire va augmenter, mais… combien on va payer le pain ?… « . Les petits employés et les ouvriers sont beaucoup plus proches de la réalité que nos « élites » politiques qui leur font miroiter monts et merveilles, en sachant que ce n’est que de l’utopie. Mais comme on dit : on n’attrappe pas les mouches avec du vinaigre !…

  • « responsable de la situation économique et sociale du pays »
    Oui l’état est belle et bien responsable de la situation de la France. Mais ce que les gens voient c’est juste les sommes énormes qui sont brassées et s’imagine pouvoir ne profiter. Le seul problème c’est cet argent n’est pas créée elle passe juste d’une poche à une autre (avec au passage quelques fonctionnaires qui prennent leur part). ls français ont parfaitement intégré la mythe socialiste, ils imaginent tous pouvoir vivre au dépend des autres. D’un utre coté quand on vous répète ça du berceau à la tombe depuis des génération….

  • La France d’en bas récolte ce qu’elle a semé depuis tant d’années… Aucune raison qu’elle soit en colère. Il se pourrait même qu’elle en rajoute une couche dans le toujours plus d’état qui nous fait crever. Donc aucune raison pour que la France d’en bas couine…

  • cette année je voterais lepen au second tour si Fillon en est absent pour la première fois de ma vie
    exaspéré par les lois socialistes qui ont renchéri ma coloc de 30% en deux et m’ interdisent l’accès à la location (entrepreneur non salarié donc mauvais risque)
    ah oui et je ne suis pas un pequenot…
    désolé pour votre constat hors sujet!!

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
droite gauche élections régionales lrem rn autoritarisme
0
Sauvegarder cet article

Par PABerryer.

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »

Ce texte du pasteur Martin Niemöller, victime des persécutions nazies, évoque le renoncement des intellectuels allemands face aux actions du NSDAP... Poursuivre la lecture

nationalisme
0
Sauvegarder cet article

Par Patrick Aulnas.

Les élections européennes confirment le recul du clivage traditionnel droite-gauche au profit d’un clivage centré sur le rôle de la nation. Au-delà de l’aspect politicien – le remplacement progressif des anciens partis – c’est une page de l’Histoire qui se tourne. Le débat libéralisme-socialisme s’estompe lentement au profit d’une problématique plus actuelle : la globalisation de l’humanité.

Le socialisme a accompli sa mission historique

Le marxisme avait fait naître deux tendances politiques majeures : le co... Poursuivre la lecture

Par Guillaume Nicoulaud.

Je voudrais revenir ici sur quelques-unes des inepties qui émaillent le programme économique et les discours de Madame Le Pen (mais aussi ceux de l'extrême gauche).

Avant l’euro, la France était libre de faire ce qu’elle voulait du franc

Ça n’est que très partiellement exact. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la parité du franc face aux autres devises a toujours été encadrée par des accords internationaux. Au début, c’était ceux de Bretton Woods, du 26 décembre 1945 au 19 mars 1973, puis le se... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles