François Fillon devrait se méfier des sarkozystes

Présidentielles : Juppé conforté, Sarkozy distancé By: Virginia Manso - CC BY 2.0

Ils ont perdu avec Sarkozy, ils voudraient contre vents et marées gagner avec Fillon ! Ils crieront unité mais n’en penseront pas moins. Leur ambition est la passerelle.

Par Philippe Bilger.

François Fillon gagne brillamment la primaire de la droite et du centre. Controverses immédiates sur son projet pour la santé et la sécurité sociale. Article dévastateur du Canard enchaîné. Très mauvaise défense du candidat et de son équipe. Une enquête est ordonnée par le Parquet national financier. François Fillon décline dans les intentions de vote et Emmanuel Macron progresse.

On craint que sa campagne soit plombée par les incessantes polémiques personnelles et familiales auxquelles il doit répondre. D’aucuns, dont moi, suggèrent que dans ces conditions, il consente à laisser Alain Juppé, finaliste de la primaire, assurer la relève.

L’hypothèse Alain Juppé

François Fillon ne bronche pas malgré des réunions rendues de plus en plus difficiles.

L’hypothèse Alain Juppé prend de la substance d’autant plus que Nicolas Sarkozy, se posant en « parrain » de la droite, semble ne pas s’y opposer.

Les défections se multiplient, des plus banales aux plus honteuses.

On cherche sans aucune pudeur un candidat de remplacement alors que le seul plausible est Alain Juppé.

Une information judiciaire est ouverte et, avec une précipitation rare, François Fillon est convoqué pour le 15 mars aux fins probablement de sa mise en examen. Soit deux jours avant la clôture des parrainages. La justice n’est pas à mon sens inspirée par une malignité politique mais elle va vite, très vite.

Assassinat politique

François Fillon, le jour de sa visite au Salon de l’agriculture, réagit vigoureusement, pourfend la justice et dénonce un « assassinat politique ». La gauche s’en prend à lui, le président de la République l’admoneste et certains de ses amis sont critiques.

Une manifestation est organisée au Trocadéro le dimanche 5 mars. François Fillon fait un grand et beau discours et un immense public vient soutenir son candidat et le programme qu’il a porté. Il est clair que François Fillon n’a nullement l’intention de se retirer, encore moins après ce succès qui dément les pronostics généralement sombres.

Au journal de France 2, le dimanche soir, combatif, offensif mais se disant prêt au dialogue, François Fillon campe sur une ligne obstinée qu’il assume d’autant plus que nul ne peut le déchoir de sa candidature.

Sortie de crise

Nicolas Sarkozy s’active pour trouver une sortie de crise honorable qui ménagera la susceptibilité de François Fillon. Il propose une rencontre entre ce dernier, Alain Juppé et lui-même.

Le 6 dans la matinée, Alain Juppé, digne, lucide et amer coupe court à toute candidature de sa part et clarifie ainsi la situation, puisqu’elle laisse le champ libre à François Fillon qui se trouve par conséquent débarrassé de la seule alternative valable.

Le 6 au soir, le bureau politique des Républicains renouvelle son soutien unanime à François Fillon et semble enfin vouloir se mobiliser à fond pour défendre sa cause qui est maintenant la leur. Il a « imposé sa candidature à la droite », certes, mais il ne faudrait pas que celle-ci le lui fasse payer. Elle le voyait défait, la défaite est pour elle. Et il est plus qu’urgent de rattraper le temps perdu.

Fin de partie pour les juppéistes

Mes inquiétudes au-delà de la fidélité à François Fillon ou du retour à celui-ci.

Les juppéistes ne vont plus vraiment compter pour et par la suite. Alain Juppé, se consacrant à la mairie de Bordeaux, continuera à s’exprimer sur les questions importantes mais je doute qu’il soit entendu avec l’attention que son intelligence mériterait car peu ou prou, dans son propos de désistement, il s’est déclaré lui-même hors jeu.

François Fillon a résisté, a gagné pour l’instant. On verra s’il parviendra à se qualifier pour le second tour et s’il démentira ceux qui considéraient Alain Juppé comme la plus grande chance de la droite après les déboires de l’élu de la primaire.

J’ai peur cependant, les juppéistes écartés, de voir les sarkozystes chassés par la porte de la primaire revenir par la fenêtre de la crise même si elle paraît dominée dorénavant. Ils avaient prétendu assujettir Fillon à l’alternative suivante : s’il opère le rassemblement, ils le soutiennent mais avec le choix de François Baroin Premier ministre et de Laurent Wauquiez à la tête du parti. Ou ils contraignent François Fillon à choisir son propre remplaçant. Lui en tenaille ou sans lui !

Des alliés incertains

François Fillon, malgré sa résistance, a dû faire amende honorable et chercher des alliés dans un camp qui ne l’aime pas mais est prêt à passer avec armes et bagages de Sarkozy hier à Fillon aujourd’hui. La primaire que celui-ci a remportée n’a pas été faite pour ça. Derrière François Fillon, je ne voudrais pas voir promue une équipe très habile et très opportuniste. Ils ont perdu avec Sarkozy, ils voudraient contre vents et marées gagner avec Fillon ! Ils crieront unité mais n’en penseront pas moins. Leur ambition est la passerelle. Sarkozy, avec son passé, en vante certains comme s’ils étaient le futur. La France préfère patienter.

La droite est perdue si François Fillon devient leur otage. Avant même le premier tour.

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