Macron-Le Pen, deux visions du monde totalement opposées

By: uwdigitalcollections - CC BY 2.0

Quelles que soient les affinités et les attentes de chacun, deux candidats semblent capter toutes les attentions : Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Examinons donc leurs programmes.

Par Tmatique.

Depuis plus d’un mois, la campagne électorale se résume aux enquêtes judiciaires concernant François Fillon et Marine Le Pen, des enquêtes qui, dans d’autres pays démocratiques, auraient entraîné le retrait des deux candidats. Mais elle est aussi l’otage des tractations au sein des partis PS et LR. D’un côté, Benoît Hamon négocie avec les écologistes un soutien contre des investitures, fait semblant de tendre la main à France insoumise, tout en ménageant les soutiens de Manuel Valls, et prépare son ascension à la tête du parti en vue d’y imposer ses convictions. De l’autre, les soutiens de Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy spéculent sur un plan B, tandis que les quadragénaires se tiennent prêts à dégainer sur le premier d’entre eux qui sortirait du lot, le tout sur fond de conquête du parti et de maîtrise des investitures à venir.

À défaut de vouloir et d’être capables de défendre leur programme, les candidats des trois partis (PS/LR/FN) et leurs équipes respectives finissent par s’écharper sur les médias, par laver leur linge sale en public et éluder le fond de leur programme en caricaturant celui des autres. Semaine après semaine, ils tentent de minimiser leur responsabilité par des « je voudrais bien, mais je ne peux point » pour justifier la vacuité de leur campagne. Et semaine après semaine, les candidats moins cotés par les sondages sont ignorés, et les propos ou les propositions des candidats En marche et France insoumise sont caricaturés.

Mascarade orchestrée par les médias

Pour couronner le tout, la campagne électorale de 2017 est devenue une mascarade orchestrée par les médias. Des éditorialistes, des chroniqueurs et des représentants d’instituts de sondages ne se soucient même plus d’une quelconque neutralité. Ils font abstraction de tout discernement et d’objectivité pour imposer insidieusement leur propre tendance politique par des jugements péjoratifs à l’égard de ceux ne la partageant pas.

Relayés en boucle dans les médias, les scénarios imaginés et les théories du complot fantasmées privent les Français d’un vrai débat de fond sur les programmes proposés, d’analyses impartiales sur chacune des propositions. De l’affabulation sur une quelconque persécution aux calculs sur les chances de Juppé de faire mieux que Fillon, en passant par les violences verbales sur les personnes ou les institutions, aucune ignominie politicienne n’aura été épargnée aux Français. Mais ces derniers ont-ils pour autant renoncé à débattre sur le fond des programmes ? Les réseaux sur internet prouvent que non.

Points de convergence

Même si tous les sites d’information sont parasités par des interventions de militants, ou de sympathisants, chargés de dénaturer les programmes ou de répandre des quolibets, nombreux sont ceux qui y cherchent des éléments d’explication, des points de convergence avec leurs attentes, une raison d’aller voter.

C’est au travers des réseaux sociaux que les deux mouvements, soit disant non représentatifs, ont en l’espace de quelques mois obtenus deux fois plus d’adhérents que le PS et presque trois fois plus que le FN. La défiance envers les médias et les partis politiques a tout au moins incité de nombreux Français à consulter le programme respectif de ces deux mouvements, et d’obtenir un certain nombre d’éclaircissements à la source.

Quelles que soient les affinités et les attentes de chacun, deux candidats semblent capter toutes les attentions : Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Chacun des deux candidats aborde l’autre de façon différente. Marine Le Pen cultive sa victimisation en tentant de convaincre les électeurs sur l’existence d’un complot ourdi par le pouvoir en place au profit d’Emmanuel Macron ou du soutien dont il bénéficierait auprès des médias, même si la plupart des journalistes ne cessent de semer le trouble sur sa crédibilité.

Flèche et char d’assaut

Puis elle l’associe à la finance, à « l’ultra-libéralisme », à la mondialisation, et au « hollandisme ». Quant à Emmanuel Macron, il la renvoie aux enquêtes judiciaires dont elle et son parti font l’objet, à l’irrespect dont elle fait preuve envers la justice qui est incompatible avec la fonction présidentielle. Il aurait beau lui dire qu’elle veut une tolérance zéro pour les autres et une immunité totale pour elle, elle ne serait pas plus affectée. Marine Le Pen est un char d’assaut de phrases préparées à l’avance avec des outrances désarmantes, tandis que Emmanuel Macron est une flèche qui a besoin d’un sujet bien défini pour atteindre sa cible.

Les deux formes d’expression sont divergentes, tant dans la forme que sur le contenu. Il en va de même quant à la construction de leur programme et leurs priorités. De façon synthétique, celui de Marine Le Pen repose sur une sortie de l’Union européenne, le contrôle des frontières nationales et de l’immigration, un renforcement de la sécurité. Celui d’Emmanuel Macron mise sur l’éducation, la formation, les gains de compétitivité par la modernisation et le numérique, le renforcement de la sécurité en collaboration avec l’Union européenne.

Wagner et Mozart

La présentation et le fond du catalogue des 144 engagements de Marine Le Pen s’accordent à merveille avec La chevauchée des Walkyries de Richard Wagner et ceux du contrat avec la nation d’Emmanuel Macron avec La flûte enchantée de Mozart. À chacun sa partition. Ceci étant, la comparaison des éléments essentiels de ces deux programmes permet de constater que celui de Marine Le Pen réajuste un système déjà existant en renforçant le système socialiste.

Celui d’Emmanuel Macron amorce une nouvelle conception de celui-ci en préservant une protection dite de « gauche » et une libéralisation économique dite de « droite » d’un système social-démocrate. Sa réforme des retraites supprimant progressivement les régimes spéciaux et inspirée par le modèle suédois, puis celle du Code du travail, qui permettrait notamment de privilégier des accords d’entreprise, illustrent l’objectif sous-jacent de poser les fondations d’un autre modèle, plus simple et moins contraignant, sans pour autant heurter les sensibilités corporatistes.

Conservatisme et progressisme

Les deux programmes sont tout aussi opposés sur la conception de la société. Marine Le Pen propose du nationalisme et du conservatisme, avec un sacerdoce républicain (morale/valeurs républicaines = idéal républicain). Emmanuel Macron propose une conquête du monde et du progressisme, avec une République en tant que régime doté de lois constitutionnelles dont fait partie la laïcité. Si certains usent et abusent de raccourcis tels que le repli sur soi face à la mondialisation, ou les anti Union européenne contre les pro Union européenne, il n’en demeure pas moins que ces deux programmes offrent une vision du vivre ensemble différente de celle existante.

L’une confirmerait l’avènement de l’ostracisme et la suprématie de l’intérêt général au détriment des libertés individuelles. Et l’autre tendrait vers l’implication de chacun dans la vie économique et sociale et la responsabilisation individuelle face aux choix personnels opérés, tout en ayant droit à une seconde chance.

La menace des législatives

Quant à l’épée de Damoclès des législatives, construite de toutes pièces par un monde médiatique et politique dépassé par la modernité, Marine Le Pen et Emmanuel Macron n’auront aucun mal à pourvoir toutes les investitures et à aspirer à une majorité à l’Assemblée Nationale. Par contre, la situation ne serait pas la même pour les deux candidats. Le FN ne pourrait plus contenir les divergences profondes au sein du parti entre les partisans de la vision de Philippot (=système socialiste) et celle de Marion Maréchal Le Pen, plus proche d’un système social-démocrate à la Fillon.

Si le parti exerce une pression sur le bloc Marion Maréchal Le Pen une fois élu, leurs électeurs seraient floués. Dans le cas contraire, comme pour le PS et LR, les frondeurs ne manqueraient pas de se distinguer en vue de prendre par la suite la tête du parti. Emmanuel Macron peut créer une dynamique nouvelle avec la convergence des talents de la société civile et de certains politiciens issus de partis politiques différents, comme le font certains élus locaux de parti opposé dont la priorité est l’aboutissement de projets au profit de leurs administrés. De toute évidence, qu’il s’agisse des ténors du PS ou de LR, voire même de l’UDI, ils s’accrocheront jusqu’au bout à l’espoir d’asseoir leur propre carrière.

La question des parrainages

Avec près de 600.000 élus en France, ce ne sont pas les politiciens plus soucieux de l’intérêt du pays que de leur propre avenir qui manquent. D’ailleurs, en date du 3 mars Emmanuel Macron est le second candidat en terme de parrainages, puisque 464 parrainages de tous bords ont été transmis au Conseil Constitutionnel (même si une fourchette allant de 700 à 1.000 permettrait d’éviter tout risque d’invalidation) contre 84 pour Marine Le Pen. Au passage, cette dernière ne pourrait pas se prévaloir d’une quelconque injustice. À cette même date, Cheminade en a déjà 163, Nathalie Artaud 314, et Nicolas Dupont-Aignan 205. Les chiffres peuvent encore varier le 7 mars.

L’autre particularité de ces deux candidats est l’absence de toute expérience de Marine Le Pen sur les spécificités protocolaires et fonctionnels propres à l’Élysée, Matignon, et aux relations internationales, contrairement à Emmanuel Macron. Mais, pour certains électeurs, il ne s’agit peut-être là que d’un détail.

Campagne exceptionnelle

Hormis le « dégagisme » et l’auto-décomposition des partis amplifiée par la banalisation et la prépondérance des voix discordantes, cette campagne 2017 est somme toute révélatrice d’un changement profond de la conception de la politique de nombreux électeurs. Quelles que soient les convictions et les attentes de chacun, il faut admettre que la méthode des mouvements En marche et France insoumise, consistant à construire un programme en partant de la base, s’avère efficace.

Avec des comités de réflexion/préparation comportant un panel hétérogène de la population et des experts pour la mise en forme, ces deux mouvements privilégient les expériences concrètes et l’usage d’arguments pragmatiques par leurs adhérents auprès de l’ensemble de la population , et non des outils de langage politiciens. Cette méthode contraste avec des décennies de programmes conçus par le haut dans tous les partis, y compris le FN, pour construire une base et au final s’asseoir dessus. Elle s’apparente à une forme d’ordre spontané d’une partie de la population autour d’attentes convergentes, dont nous, les libéraux, pourrions peut-être nous inspirer pour enfin nous faire entendre et voir un jour nos convictions triompher.

Impasse pour les libéraux

Chacun est libre de penser ce qu’il veut et de choisir son candidat à sa guise. Toutefois, il faut avouer que les libéraux se retrouvent dans une impasse avec le possible avènement de Marine Le Pen au pouvoir suprême. Le libéralisme étant absent de tous les programmes, certains libéraux ont peut-être déjà choisi l’abstention ou le vote blanc. D’autres ont peut-être déjà choisi par défaut Emmanuel Macron ou un candidat LR, ou hésitent entre les deux.

Mais les querelles partisanes et la quête d’un modèle idéal, au même titre que les stigmatisations et le hooliganisme intellectuel, pourraient bel et bien contribuer à la concrétisation du pire des scénarios politiques : le socialisme et le nationalisme. Ne pas adhérer aux propositions d’Emmanuel Macron ou à celles d’un candidat LR, voire même à leur personnalité respective, ne doit pas nous faire oublier que si le socialisme est l’ennemi du libéralisme, son pire ennemi est bel est bien le FN, tout comme France insoumise. Le premier tour des élections présidentielles sera décisif. Cela mérite peut-être réflexion.