Énergie renouvelable : science économique versus discussion de comptoir

Sans chiffres, un débat économique tourne vite à la discussion de comptoir. Avec les chiffres, ce n’est pas gagné non plus ! Encore faut-il les soupeser avec circonspection avant d’en tirer des conclusions.

Par Fabrice Houzé.

« Un économiste peut commettre deux erreurs, la première consiste à ne pas calculer et la seconde à croire en ce qu’il a calculé. »

C’est ainsi que Michał Kalecki, économiste polonais précurseur de John Maynard Keynes, soulignait sur le ton de la plaisanterie deux erreurs économiques répandues.

Sans chiffres, on peut tout dire et son contraire

La première erreur d’un économiste consiste à ne pas se confronter aux chiffres. Intéressons-nous à l’effet d’une baisse des taux d’intérêt, comme celle qui est mise en œuvre par la Banque centrale de la zone euro depuis la crise de 2008. Sous prétexte que rémunérer faiblement le capital décourage l’épargne dans les livrets et l’assurance-vie, elle est supposée favoriser la consommation (et par là, croissance et emploi). Pourtant, l’argument opposé semble tout aussi valable : puisque l’épargne sert essentiellement à obtenir un complément de revenu à la retraite, la baisse de la rémunération du capital peut pousser à épargner davantage.

Examinons ce que nous disent les chiffres sur la période 2007-2015 où le PIB de la France a stagné. En pratique, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il tonne, la consommation annuelle des ménages est restée inchangée, autour de 55 % du PIB. Comme pour le taux d’épargne, resté stable autour de 9 %. En revanche, la dette brute des ménages a grimpé de 96 % à 108 % du revenu. En définitive, la baisse des taux n’a poussé les Français ni à consommer plus, ni à épargner plus, mais tout simplement à en profiter pour investir dans l’immobilier, en empruntant davantage sur plus longtemps. Pendant ce temps, le nombre des propriétaires n’a pas augmenté : ces achats ont donc porté sur des résidences secondaires et principales plus spacieuses.

Avec les chiffres, on peut encore se tromper

Intéressons-nous à la deuxième erreur possible des économistes : croire aveuglément en ce qu’ils ont calculé. Par exemple, pour la première fois en 2015, la puissance installée en énergies renouvelables a dépassé 50 % de l’ensemble des nouvelles capacités électriques. Autrement dit, pour faire face à l’augmentation de la consommation d’énergie mondiale, on aurait construit autant d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques que de centrales à gaz et à charbon.

Pour commencer, contrairement aux centrales thermiques qui tournent jour et nuit, avec ou sans vent, l’éolien et le photovoltaïque ne sont exploités qu’à hauteur de 15 % de leur capacité maximale en moyenne. C’est-à-dire qu’il faut diviser par 6 la capacité apparente des énergies renouvelables pour obtenir la production réelle. Par ailleurs, l’électricité représente un quart de l’énergie que nous consommons, à côté du chauffage, du transport et de l’industrie. Il faut donc encore diviser ce chiffre par 4. Finalement, les énergies renouvelables ont fourni 3 % de la seule augmentation de la consommation totale. Il y a de quoi relativiser l’éclatant succès affiché pour l’éolien et le photovoltaïque…

Sans chiffres, un débat économique tourne vite à la discussion de comptoir. Avec les chiffres, ce n’est pas gagné non plus ! Encore faut-il les soupeser avec circonspection avant d’en tirer des conclusions.