Médecine généraliste : la maison brûle

La maison brûle (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

La maison de la médecine généraliste brûle et avec elle la liberté, l’indépendance et la responsabilité des médecins.

Par le docteur Jérôme Marty, président de l’UFML.

Pour pallier cette tendance de fond à la décrue du nombre de médecins généralistes, observée et annoncée depuis plusieurs années, des initiatives ont pourtant été lancées, comme le développement du cumul emploi-retraite. Ce dispositif connaît un franc succès, puisque le nombre de retraités en exercice a augmenté de 18 % en un an et représente aujourd’hui 5 % de la population générale des médecins. « Mais les retraités exercent dans des zones qui sont déjà bien dotées ! » fait remarquer le Dr Bouet. « Ce sont des mesures intéressantes, mais très parcellaires. Il faut aller au-delà en matière d’incitation ».

Entre 2007 et 2014, le nombre de médecins généralistes a diminué en France de 6,5 %. Selon les projections du Conseil national de l’ordre, qui rendait public vendredi matin son Atlas national de la démographie médicale, ce chiffre pourrait atteindre les 12 % d’ici 2020. Si la tendance se poursuit sur cette lancée, les spécialistes seront plus nombreux que les généralistes d’ici 2020, soit 88 158 pour 86 203 généralistes, prédit le CNOM.

La maison brûle depuis des années, et l’odeur du feu commence à se faire sentir… La profession de médecin généraliste est menacée, à brève échéance, dans son organisation, dans son existence même. L’heure est suffisamment grave, suffisamment menaçante pour que nous établissions la liste, non exhaustive, des responsables.

Les responsables politiques : pour avoir géré le secteur sanitaire par idéologie, calcul politique, intérêt du moment, favoritisme, bêtise et incompétence décisionnelle. Faits reconnus, 100 fois répétés, quelles que soient les mandatures, quels que soient les ministères, la politique sanitaire a frappé toujours plus la médecine générale jusqu’à la rendre non attractive. Personne ne veut s’installer dans un champ de ruines et les architectes de cette réalité construite, travestissent la conséquence en cause et osent mettre en avant le peu d’intérêt des jeunes pour la médecine générale.

Les administratifs de l’ensemble des organismes qui régissent l’exercice. Acteurs d’un corps en expansion continue, hydre à mille têtes qui chaque jour, encadrent, surveillent, obligent, accusent, pénalisent, contraignent. Organismes qui, comme un fait naturel, pourraient disparaître avec leur organisme hôte, la médecine générale, si le modèle médical vers lequel tendent ces structures obéissantes faisait à terme fuir les derniers généralistes.

Nombre de syndicats en responsabilité qui, depuis des années, à force d’institutionnalisation, de compromission, d’arrangement et de conflit d’intérêt conventionnel, n’ont su éviter un drame connu de tous, comme ils n’ont su faire face à une démographie professionnelle vieillissante. Les médecins, nous tous, qui chaque jour assistons à la dégradation continue de nos exercices, qui voyons partir avant l’âge certains de nos confrères, qui savons les difficultés financières, les burn-out, les suicides et qui par notre silence, qu’il soit volontaire ou contraint par la pression de l’exercice, laissons le champ libre à ceux-là même qui entendent décider de notre avenir et de celui de nos professions.

La maison brûle et avec elle la liberté, l’indépendance et la responsabilité de chacun.

img contrepoints395L’UFML appelle au rôle actif de chacun d’entre nous, face à des choix politiques qui visent à annihiler tout pouvoir décisionnel médical, au bénéfice d’une médecine caporalisé. Ouvrez les yeux, prenez du recul : Le premier recours, le pivot du système, le coordonnateur, ne sont que des mots qui masquent les buts recherchés : faire du médecin généraliste l’acteur d’une réforme qui aggravera encore la crise démographique.

Le Tiers Payant Généralisé va livrer les médecins au bon vouloir des financeurs, il déstabilisera l’exercice, diminuera encore le tarif de l’acte avec un coût de gestion évalué à 3 euros 50 par acte. Face aux files d’attentes le politique répondra quota, face aux dépenses il répondra lettres clefs flottantes.

Le médecin sous dépendance se verra attribuer le rôle d’orientateur, rémunéré sous indicateurs de lutte contre les inégalités sociales en santé par le rejet des confrères en secteur 2.

Médecins sous indicateurs, sous logiciel de diagnostic imposé, aux ordonnances numérisées et contrôlées avant délivrance pour personnaliser encore la surveillance et formater le prescripteur à terme à l’absence de réflexion et à l’obéissance.

Médecin sous menace de sanction économique permanente, sans plus aucune possibilité de rébellion, il sera inclus dans des réseaux de soin, dirigé par des organismes complémentaires, dès lors organisateurs et financeurs, dont l’extension du domaine d’action prendra le pas sur celui de la Sécurité sociale. Le financeur dictera la pratique et modèlera le soin en fonction de son seul intérêt économique.

Médecin soumis aux financeurs et aux ordres d’ARS toujours plus puissantes qui imposeront le rôle, le lieu d’implantation, le mode d’exercice, distribueront ou non les subventions, ouvriront ou fermeront les structures.

Ce système va naître de l’incendie qui ravage notre maison. Regarder l’incendie c’est regarder notre liberté, notre indépendance et notre responsabilité disparaître et accepter d’être des médecins de système, à la pensée formatée et à la médecine automatique. Nous ne pouvons y souscrire, l’UFML appelle la profession médicale dans son ensemble à se lever et à refuser l’obéissance servile. Nous ne devons pas être complice du massacre de la médecine de France, nous ne devons pas accompagner le scandale sanitaire d’une médecine de marché, où l’éthique, la déontologie seront foulées au pied, au seul intérêt économique idéologique et politique.