Géants du net : les idées moisies de Piketty

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S’il est difficile de toujours trouver une solution à certains problèmes, il est en revanche assez aisé de dégoter un problème pour chaque solution qu’on se sera préalablement créée. Comme le disait fort justement Ernest Benn, la politique est justement l’art de chercher les ennuis, de les trouver, d’en poser un diagnostic erroné puis d’appliquer les mauvais remèdes. En la matière, difficile de trouver meilleur exemple que les dernières aventures de Thomas Piketty, le nouvel économiste de choc de la fine équipe Hamon.

Pour le petit Benoît, l’improbable candidat à la présidentielle pour ce qui fut, jadis, le Parti Socialiste, il existe un vrai problème avec les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), les grosses entreprises de l’internet.

Grâce à une presse au taquet sur le sujet, tout le monde sait bien évidemment que ces firmes, suspicieusement nord-américaines, font tout pour payer le moins d’impôts possible, au contraire des entreprises franco-citoyennes qui ont le bon goût, elles, de se battre pour en payer le plus possible. Mais non seulement, elles ont le culot de mettre en place des mesures d’optimisations fiscales scandaleusement efficaces, en plus trouvent-elles le temps, dans le cours de leur activité, de constituer de gigantesques collections de données personnelles ! Tout se passe comme si leurs affaires dépendaient de cette collecte de données, de son analyse intelligente et d’une redoutable capacité à en extraire de la valeur et à la vendre à des clients très bien ciblés.

C’est, bien sûr, parfaitement intolérable ! Il faut donc agir.

L’opération aura lieu en trois temps, menés avec brio par un triplet d’acteurs redoutables dans leur partie.

Dans un premier temps, tous les politiciens (qui vivent de l’impôt) et toute la presse (qui vit de subventions publiques) se ligueront pour faire entrer dans le crâne de leurs concitoyens (qui paient des impôts et des contributions) qu’échapper à l’impôt est une abomination sans nom. Au début, tout le monde comprend le piège et rappelle bien vite que l’impôt se doit d’être juste, contrôlé par le citoyen lui-même, et tout le tralala. Mais en laissant le message mijoter pendant quelques décennies, il finit par accrocher dans le subconscient collectif et à la fin, tout un peuple crie à l’unisson : « l’impôt, c’est citoyen, c’est câlin, on en veut tant qu’on peut ! ». Pour les têtards d’argent public, c’est gagné.

Dans un second temps, un gentil candidat à la présidentielle notera que ses frétillantes utopies, habilement construites sur une distribution de friandises gratuites, nécessitent des piscines de pognon frais dont l’État, fort malheureusement, ne dispose pas. Qu’à cela ne tienne : l’argent est là, disponible, en gros paquets joufflus, chez les riches et, surtout, dans les coffres de ces entreprises qui ne font rien qu’à piller ces données personnelles que nous nous battons, tous, pour leur donner gratuitement.

Notons au passage que cette idée d’aller taxer les utilisateurs et collecteurs de données personnelles n’est pas nouvelle, puisqu’en 2013, un rapport commandé par le gouvernement (dans lequel se trouvait justement le brave Ben) évoquait justement l’idée de taxer ces géants sur cette base. Finalement, tout comme l’idée aussi sotte que grenue de créer une taxe sur un loyer fictif qui revient régulièrement dans l’actualité pour habituer les citoyens à son apparition sur une feuille d’impôt un jour ou l’autre, à force de voir apparaître et réapparaître une « taxe « Google » ou autre « contribution GAFA », on finira bien par y arriver, n’est-ce pas ?

Dans un troisième temps, l’idée du candidat sera adoubée par un économiste de salon dont les affirmations, aussi farfelues que fausses mais particulièrement séduisantes, pourront trouver dans le pillage en préparation une résonance peut-être apte à relancer une carrière littéraire passablement en panne, ses variations de rouge se vendant moins bien que les nuances de gris.

Bilan, Thomas Piketty s’est donc dit intéressé par cette belle et grande idée de taxation nouvelle :

« Je pense que c’est une idée intéressante qui permettrait de surcroît, au-delà des recettes fiscales, de mieux réguler l’utilisation qui est faite parfois de ces données. »

Mais tout à fait, mon brave Thomas ! Tout le monde sait ainsi que le tabassage taxatoire permanent du capital et du travail en France a permis de nettement réguler tant l’utilisation du capital (qui fuit vers d’autres cieux) que celle du travail (qui manque à 5 millions d’individus dans le pays). De même que les effets d’une bonne taxe sur les cigarettes, l’alcool ou l’essence ont nettement « régulé » leur utilisation en poussant le développement du marché noir ou, quand une adaptation de la demande n’est pas possible, en paupérisant ceux qui raquent. Belle réussite, en vérité !

Bien sûr, tout ceci serait sans intérêt sans l’aspect pratique : une taxe, une taxe, oui, c’est bien joli, mais encore faut-il savoir comment la prélever, hein, mon petit monsieur ! Heureusement, Thomas n’est pas en reste de propositions, comme par exemple…

« On peut envisager une taxe calculée par internaute, avec un principe de modularité de la taxe pour inciter aux bonnes pratiques. Les entreprises qui revendent les données personnelles, sans en informer les utilisateurs, pourraient être plus durement taxées. »

… En plus, ce sera facile à mettre en place ! Il semble évident que les données, hébergées hors de France, seront mises à la disposition des autorités fiscales françaises. Tout comme il semble absolument limpide que la revente de données personnelles sera à la fois facile à pister. Sans parler de l’évidence que les entreprises ne prendront aucune mesure pour détourner leur activité de ces endroits où elles sont le plus taxées, ni que les utilisateurs, faisant tout pour continuer à bénéficier de leurs services même lorsqu’elles refuseront d’opérer sur les sols fiscalement minés, trouveront eux aussi un moyen d’accéder à ces entreprises sans que le fisc ne puisse le voir.

Tout ceci n’arrivera évidemment pas, parce que ces entreprises, leurs clients et leurs utilisateurs sont nettement moins agiles et finauds que Thomas, Benoit et toute l’administration étatique française, tous réputés pour être affûtés comme des guépards aux aguets.

Remarquons tout de même que notre brave Thomas n’est pas né de la dernière pluie. Il sait bien que cette taxe, aussi roborative soit-elle pour les finances publiques, n’est pas la meilleure façon pour gagner des thunes. Le plus simple, de loin, n’est pas d’essayer de ponctionner ici ou là, de trouyoter les comptes en banques de ces GAFA avec de la taxounette en 22 mal calibrée, mais plutôt de trouver un moyen d’appliquer du bon gros impôt de 105mm qui ne laissera personne debout sur le champ de bataille fiscal. Autrement dit, il existe un moyen de faire cracher ces grosses entreprises au bassinet. Le tout est, comme pour le vol d’un quidam dans le métro, de s’y mettre à plusieurs et de taper sans relâche : « Il faut juste se mettre ensemble et que la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie votent une assiette commune de l’impôt sur les sociétés. »

Et tout ça parce que, je vous le rappelle…

« On ne peut pas bénéficier du libre-échange comme l’Irlande ou le Luxembourg avec la France et l’Allemagne et siphonner la base fiscale du voisin. Ce n’est pas ça l’économie de marché, c’est du vol pur et simple. »

Voilà ! Il ne sert à rien de diminuer le niveau des impôts des États surtaxateurs. Il faut plutôt que les vilains paradis fiscaux deviennent, à leur tour, des enfers fiscaux agréés par la Socialie Redistributrice.

Tenez-le vous pour dit : le libre-échange ne peut bénéficier à tout le monde que lorsque tous sont tabassés au même niveau, le plus fort. Et de grâce, ne me parlez pas des deux cents dernières années de recherches économiques sur le sujet, l’économie n’est vraiment pas le truc de Piketty de toute façon…