Fillon : « Pardon de n’avoir rien fait d’illégal ! »

François Fillon by Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0)

La conférence de presse organisée par François Fillon repose sur un surprenant paradoxe en termes de communication politique, s’excuser de n’avoir commis aucune illégalité.

Par Florian Silnicki.

Fillon : "pardon de n'avoir rien fait d'illégal !"
François Fillon by Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0)

Beaucoup de commentateurs auront cru bon de taper sur les communiquants qui entourent François Fillon et sur une professionnelle aussi compétente qu’expérimentée : Anne Méaux et l’agence Image7 qu’elle a fondée et dirige. C’est évidemment à la fois un bouc-émissaire et un exutoire facile… trop d’ailleurs. Les communiquants de crise sont des avocats médiatiques et comme tous les avocats le redoutent et le savent, nos clients peuvent nous mentir. Par calcul (idiot), par peur ou par honte qui sait… par méconnaissance surtout parce que notre rôle c’est de conseiller et défendre de toutes nos forces notre client sans jamais le juger.

Le rôle d’un communiquant de crise est d’intervenir alors que la maison brûle. La communication de crise est un exercice très difficile. La communication politique de crise l’est au moins tout autant, surtout lorsque cela touche un domaine aussi symbolique pour les Français que l’argent. L’argent, surtout l’argent du contribuable, est un sujet politique qui a fait chuter ces dernières années de nombreuses personnalités politiques.

Malgré cela, François Fillon n’a pas semblé voir venir la crise politique naissante. Pourtant, dès l’information donnée par Le Canard enchaîné qu’un article sur sa situation allait sortir, un dispositif de riposte médiatique aurait dû se mettre en place pour constituer un bouclier de protection de l’image du candidat.

Des éléments de langage peu convaincants

François Fillon s’est enfermé dans des éléments de langage non susceptibles de convaincre qui que ce soit. Criant au complot. Répétant en boucle qu’il avait « scrupuleusement respecté » toutes les règles de droit ensuite. Attaquant enfin les médias, la gauche, le parquet national financier sans que cela ne puisse servir ses intérêts médiatiques. Sans laisser paraître d’inquiétude. Ni regrets, ce qui est très surprenant. Sans prendre non plus la moindre décision de remboursement par exemple. Son entourage même le défendant maladroitement dans tous les médias.

François Fillon aurait dû immédiatement déployer la transparence attendue par tous les Français sur les faits révélés par les médias. Il a préféré miser sur l’empathie et la mise en scène des sentiments à l’égard de sa femme. Sa défense ne fonctionnait dès lors plus que sur un pied. Autant dire que pour celui qui venait d’entamer un marathon médiatique, l’avenir s’annonçait particulièrement hasardeux.

François Fillon a semblé finir par comprendre l’ampleur de la crise qu’il traversait. Annonçant une « nouvelle campagne », il a organisé lundi une conférence de presse tentant de mettre un terme à cette affaire dite du Penelopegate. Présentant des excuses, reconnaissant une erreur mais aucune illégalité, il est resté prisonnier d’une stratégie de défense basée sur le complot dont il n’a pas réussi à se défaire.

Le « système » lui en veut. C’est évidemment un peu court pour mettre fin à une telle crise qui l’a fragilisé au point que son propre camp s’est demandé s’il ne convenait pas de le remplacer pour mener la campagne présidentielle. Il n’a pas réussi à reprendre le tempo médiatique ni à déplacer le sujet sur un autre terrain. Au contraire, quelques minutes seulement après la conférence de presse, des révélations sur un appel d’une journaliste ayant interrogé sa femme venaient contredire les affirmations du candidat Les républicains.

Dédramatiser les enjeux

Quoiqu’il arrive tout cela arrive bien tard. C’est le jour même des révélations du Canard enchaîné qu’il aurait fallu tout mettre en œuvre afin de contrôler l’interprétation médiatique des révélations de l’hebdo satirique. Il fallait dédramatiser au lieu de dramatiser les enjeux en optant pour le format du 20 heures de TF1. Matignon entend assumer la démonstration de force.

Cette configuration médiatique de l’offensive organisée de François Fillon n’offrait rien d’autre qu’un candidat tentant maladroitement de répondre aux accusations au lieu de livrer un récit permettant aux Français de s’approprier son histoire.

Faire acte de contrition était attendu. Cela ne parait pas aujourd’hui suffisant pour faire face à la vague médiatique qui submerge le candidat, et le feuilletonnage à laquelle il a donné naissance par mépris des événements et un manque évident de préparation et d’anticipation.

Le péché originel de François Fillon aura sans doute été de s’être cru insubmersible. En ne voulant pas se voir chuter, il se sera aussi terriblement et tragiquement fragilisé. Ce n’est pas sans me conduire à méditer la phrase de l’Empereur Marc-Aurèle : « Qu’il est aisé de repousser et d’abandonner toute pensée déplaisante ou impropre, et d’être aussitôt dans un calme parfait. »

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