Présidentielle : plan F comme Fillon… ou Foutu ?

Sauf improbable miracle, l’attitude de Fillon reste suicidaire pour la droite, car cette affaire n’est pas que politique ou médiatique, elle est aussi pénale.

Par Serge Federbusch.

Plan F comme Fillon... ou Foutu ?

François Fillon a décidé de parler au cerveau reptilien du noyau dur des électeurs républicains : « Vous n’avez pas d’alternative et nous vaincrons ou échouerons tous ensemble », leur a-t-il suggéré.

Il mise tout sur leur réflexe clanique, leur hostilité aux juges, aux journalistes de gauche (qualificatif il est vrai redondant), aux socialistes et assimilés, leur rejet viscéral des corrompus du camp d’en face. On peut comprendre cette méfiance et cette détestation mais, sur le fond, cette contre-offensive est fragile.

« Collaboratrice mais pas assistante » a déclaré François Fillon au sujet de Pénélope, pour justifier la quasi absence de traces de travail durant toutes ces années. On parle pourtant d’assistant parlementaire, non ? Circulez, il n’y a rien à voir : « C’est au député de définir le contenu des tâches qu’il assigne à son personnel. » À ce compte-là, il pourrait décider de ne rien leur donner à faire. De toute façon, Pénélope déclarait qu’elle n’était « ni son assistante ni quoi que ce soit de ce genre », en anglais dans le texte. Et ce n’est pas le versement d’une indemnité de licenciement qui va arranger les choses.

Les faits sont les faits

François Fillon invoque des officines, des complots, ce qu’on ne peut naturellement pas exclure mais qui n’enlève rien à la matérialité des faits. Et qui est sans portée sur le volet le plus gênant des accusations, celui qui concerne ses relations avec Marc Ladreit de Lacharrière.

En réalité, voyant les caciques de la droite incapables de trouver en leur sein la force de changer de candidat, Fillon les a placés au pied du mur et, pilote de course au volant d’une voiture sans frein, il se dirige tout droit sur cet obstacle. Le brave député Fenech a appuyé sur le bouton du siège éjectable mais il a dû, isolé et penaud, remonter dans le véhicule fou.

Au risque de me faire détester d’une partie de mes lecteurs (mais il faut bien que quelqu’un leur dise) : sauf improbable miracle, l’attitude de Fillon reste suicidaire pour la droite. Car cette affaire n’est pas que politique ou médiatique, elle est aussi pénale. Et la contestation oiseuse de la compétence du Parquet national financier, celui-là même dont François Fillon réclamait il y a dix jours à peine qu’il soit diligent, n’y fera rien. L’affaire des primes en liquide de Claude Guéant n’était pas plus complexe que celle des activités de Pénélope, ce qui n’a pas empêché le Parquet national financier d’agir en s’estimant compétent.

Le risque d’un renvoi devant le juge

Pénélope, François, Marc et les autres risquent à tout moment un renvoi direct devant le tribunal correctionnel ou la saisine d’un juge d’instruction. « Fillon veut être élu pour se protéger de la justice » sera le leitmotiv de ses concurrents. Quant à ses appels à l’effort et à la discipline budgétaire, cœur de son discours, ils tourneront à vide et susciteront sarcasmes, quolibets et réactions ulcérées.

Dans sa fuite en avant, François Fillon n’a plus qu’un seul espoir : que le peuple de droite et du centre ait une sorte de haut-le-cœur face à la perspective d’une présidence Macron et se mobilise pour éviter le face-à-face entre Marine Le Pen et le télévangéliste-banquier. Quoi qu’il arrive, le futur président sera élu par défaut, sans enthousiasme, sans garantie aucune d’obtenir une majorité parlementaire aux élections législatives qui suivront.

François Fillon a gagné un bref répit, s’est trouvé un petit ballon d’oxygène. Mais c’est toute la droite et peut-être la Cinquième république elle-même qui va désormais suffoquer avec lui.

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