Fausses nouvelles : les journalistes valent-ils vraiment mieux que les autres ?

L’analyse politique doit-elle être laissée aux journalistes professionnels ? Ce repli sur l’entre-soi est-il une garantie de leur plus grande objectivité ?

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Fausses nouvelles : les journalistes valent-ils vraiment mieux que les autres ?

Publié le 7 février 2017
- A +

Par Philippe Bilger.

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Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, a récemment publié un éditorial sur « La défense des faits », dans lequel il célébrait un certain type de journalisme qui se fonderait seulement sur les faits et serait donc légitime en allant dénoncer sur Internet les fausses informations. Comme une sorte de chien de garde de la vérité !

Ce n’est tout de même pas à cet homme fin, si doué pour manier l’équilibrisme cher au quotidien qu’il dirige, qu’il convient de rappeler cette évidence que les « faits » ne constituent pas un socle fixe et incontestable qu’il suffirait au journaliste de transmettre mais qu’ils sont d’une certaine manière, à partir d’un noyau dur souvent infime, construits, élaborés et interprétés. Le fait n’est jamais à disposition telle une denrée stable, même sa matérialité peut prêter à discussion.

Plus gravement, au-delà, évoquer « la défense des faits » néglige l’élément capital que l’information tient moins à leur identification qu’à leur sélection, à leur exclusion ou à leur hypertrophie. Un exemple parmi d’autres de cette étrange discrimination. La mairie de Béziers fait l’objet d’une vigilance médiatique constante mais, pour qui connaît la réalité de cette ville et de sa gestion, frappée d’une infirmité regrettable : l’essentiel qui obligerait à en dire du bien est occulté au profit d’épisodes montés en épingle dont le seul mérite est de donner bonne conscience à la partialité de la plupart des journalistes.

Défiance à l’endroit des journalistes politiques

Ces considérations s’inscrivent dans un mouvement général qui, selon une enquête réalisée par l’Institut Kantar pour La Croix, confirme pour 2016 une pente descendante nette pour la confiance qu’inspirent au public les supports d’information. Tous sont concernés : radio, télévision, journaux et web. Particulièrement, une forte majorité de sondés éprouve une défiance envers les journalistes politiques « qui ne seraient pas indépendants des pressions des pouvoirs politiques et du pouvoir ».

Année après année, cette approche négative s’amplifie à proportion, me semble-t-il, de l’appréciation très positive, quand on les écoute ou qu’on les lit, dont les journalistes continuent à se prévaloir. Comme s’il y avait chez eux, notamment pour l’analyse de la politique, quelque chose d’irremplaçable.

Tout démontre au contraire que pour un citoyen bien informé – et il en est de nombreux qui passionnés sont capables de s’appuyer sur le même terreau que celui des journalistes spécialisés -, il n’y a pas de partage à opérer entre les amateurs et les professionnels. L’intelligence, la psychologie, l’analyse des rapports de force, l’humus à la fois divers et au fond vieux comme le monde qui imprègne l’actualité politique et sociale ne paraissent pas représenter une frontière infranchissable entre ceux qui ont fait de ces exigences un métier et tous les autres qui se projettent dans cet univers avec une curiosité et une liberté d’autant plus intenses qu’elles ne sont ligotées par rien ni personne.

La chambre d’écho journalistique

Mon expérience personnelle, toujours dans un aimable contexte, m’a confronté parfois à cette situation. Pressenti pour une émission, j’étais reporté au motif que le sujet devait être d’abord traité par des journalistes.

Par exemple à une ou deux reprises pour C dans l’air.

Caroline Roux que j’apprécie au plus haut point fait pourtant, assez souvent, débattre des journalistes entre eux.

Comme si leur présence garantissait une vision plus clairvoyante et offrait une capacité d’intelligibilité qui dépasserait par principe celle d’autres invités « profanes » eux aussi épris de joutes intellectuelles et politiques. Ce n’est pas en offenser certains, piliers de cet emblématique moment, que de les écouter certes avec intérêt mais sans être frappé de saisissement par l’originalité de leur perception.

Je pense même – je rejoins sur ce plan Daniel Schneidermann et la défiance considérable à l’égard des journalistes politiques – qu’ils n’ont qu’un avantage, mais pervers et préjudiciable, par rapport à l’amateur éclairé : ils connaissent tous les politiques et ont des liens de complicité avec eux, qui ont forcément une incidence sur les modalités de leur analyse et de son expression. Quand il y a connivence, c’est pire.

C’est la raison qui explique cette impression que j’ai souvent ressentie en écoutant les journalistes de droite ou de gauche : une liberté encadrée, un souci de vérité mais limité, de l’audace contrôlée, des susceptibilités à ménager, des évidences à ne pas dire, un enlisement dans les données techniques mais des tiédeurs intellectuelles, des prudences calculées pour ne pas insulter l’avenir. Règne alors comme une objectivité molle, plus précautionneuse qu’exigeante.

Sans doute ne serais-je pas autant sollicité par cette envie d’universalité au détriment des enfermements professionnels si ce n’était pas chez moi une obsession qui touche bien d’autres domaines. La Justice est trop fondamentale pour être laissée aux seuls magistrats : les citoyens aux assises sont une bénédiction. Le football est un sport trop populaire pour être abandonné aux commentateurs et experts qui nous en privent en mauvais français. Le cinéma est une passion trop partagée pour être livrée aux seuls spécialistes. J’imagine le Festival de Cannes ouvert aux vents du grand large.

J’en suis sûr.

Les citoyens sont des journalistes comme les autres.

Sur le web

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  • Que l’état cesse de subventionner la presse… on aura sans doute une presse plus indépendante.

  • Bah, un jounaliste a les meme problèmes qu’ un indic de policier , il doit menager la chevre et le chou….un metier vraiment pas facile surtout qu’il tres facile de devenir un complice, faut bien manger …et comme le lecteur se fait rare…..

  • Un livre intéressant de ce point de vue est celui d’Ingrid Riocreux « La Langue des médias : Destruction du langage et fabrication du consentement ».

  • Merci pour ce bel article.
    Ajoutons que la vérité se cherche ensemble avec une information et un débat pluralistes. La participation au débat est un facteur d’élévation de la capacité d’analyse des citoyens et c’est donc un bienfait pour la démocratie.
    Nous avons déjà une sorte de « gouvernement des experts ». Internet nous évite d’avoir seulement un « système médiatique des experts ».

  • L’entre soi et les corporatismes sont un mal très amplifié dans notre pays, il est d’ailleurs a déplorer que si le journalisme est gangrené par cette cirrhose, la magistrature ou la médecine pour ne citer que ceux-ci sont loin d’y échapper, sans parler des syndicats qui décrochent toutes les palmes…

  • Effectivement, l’ arrêt des subventions à la presse mais aussi à la pseudo culture, au profit de la Justice, de la Recherche, du Renseignement paraît évident à l’heure de cette gigantesque manipulation des citoyens par les médias (qui dénoncent les médias russes), c’est l’hôpital qui se foutde la charité. Nous en crevons de voir nos impôts utilisés pour nourrir grâceument toute cette racaille de la bienpensance. Une purge s’ impose. Nous voulons une vraie démocratie.

  • Bravo, une très bonne analyse?

  • On notera que l’étude de La Croix mentionnée dans l’article indique que seuls, 14% des internautes n’ont jamais détecté de fausses informations sur le web (3% ne se leononcent pas). Comme quoi, au moins 80% sont capables d’exercer leur esprit critique!

  • Il y a un problème de simplification , il y a un problème de pluralité réelle avec les médias, mais comme les populistes dénoncent les médias et que ça fait même partie de leur stratégie, on ne peut plus critiquer les médias sans se faire qualifier de populiste.

    trump ET clinton posaient problème…dénoncer clinton n’est pas soutenir trump dénoncer la focalisation sur trump n’est pas non pus soutenir trump..
    quand les journalistes se posent en juges, les gens le saisissent tout de suite.

    Sur certains sujets, l’écologie en fait partie, les journalistes ont m^me renoncé à la réflexion ils ont repris le vocabulaire des militants … c’est bien simple le discours tenu ne veut RIEN dire.
    On peut aussi se demander pourquoi jamais un journaliste de france télévision ne se pose la question de sa légitimité a abordé un sujet sur le service public…
    On a un problème avec les médias et on a un problèmes avec le populisme…

  • En 1976,Michel Legris démontait et dénonçait les méthodes de désinformation du très officiel « Le Monde » .Avec un demi-siècle d’expérience des médias, je ne peux que ricaner devant les prétentions de certains de ces médias à s’ériger en censeurs de la démocratie de l’Internet.

  • Et que pensez-vous M. Bilger de l’outil decodex du Monde qui juge de la pertinence de ses confrères sur des critères non détaillés (si j’ai bien compris le fonctionnement du bidule)?
    D’aileurs Contrepoints.org y est référencé comme non fiable.
    http://www.lemonde.fr/verification/source/contrepoints/

    • ben contrepoint est plutôt climato sceptique..alors l’affaire est vite bouclée…on dépasse le manque de fiabilité on est dans l’hérésie et le blasphème.

  • Les élections américaines et françaises montrent clairement pour qui roulent les journalistes! Aucune éthique ni déontologie ne vient freiner leur militantisme!

    • ce n’est pas le militantisme le problème, c’est que ces andouilles ne s’en rendent même pas compte et en plus ils pensent tous pareils, allez remettre en cause l’ineptie de certains dogmes cause à travail égal salaire égal, ou la lutte contre le discrimination ( on passe notre temps à discriminer!!!,) etc etc…

  • Les commentaires sont fermés.

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