L’hypocrisie d’Oxfam sur la richesse individuelle

Le rapport Oxfam a donné lieu dans les médias à des commentaires tonitruants dénonçant les huit personnes qui concentrent entre leurs mains plus de richesses que la moitié de la population mondiale combinée. Qu’en est-il exactement ?



Par Mateusz Machaj et Mateusz Benedyk.

L’hypocrisie d’Oxfam sur la richesse individuelle
By: Bart RousseauCC BY 2.0

Plus tôt cette semaine, Oxfam a publié un rapport sur les inégalités au niveau mondial. On ne peut pas vraiment nommer cela un rapport étant donné qu’il s’agit principalement de babillages économiques reposant sur un faible fondement empirique, et dont les données chiffrées proviennent d’une source externe : le rapport du Crédit Suisse. Si ces données démontrent quelque chose c’est qu’il existe beaucoup de pauvreté dans le monde alors qu’à certains endroits il y a relativement beaucoup plus de richesse. Ce constat a donné lieu dans les médias à des commentaires tonitruants dénonçant les huit personnes qui concentrent entre leurs mains plus de richesses que la moitié de la population mondiale combinée.

Les données vs. l’interprétation des données

Si on observe les données (Crédit Suisse Global Wealth Databook 2016, pp. 112-115) on voit bien que n’importe quel individu vivant dans l’OCDE est vraisemblablement beaucoup plus riche que le reste de la population mondiale. Si vous ne possédez que 30 $ vous êtes déjà plus riche que les 10 % les plus pauvres. Si vous possédez 250 dollars, vous êtes au-dessus de 20 % de la population mondiale. Si vous avez légèrement plus de 2200 $, vous êtes déjà plus riche que la moitié de la planète.

Se pose alors la question : si vous ajoutez 30 $ à votre compte bancaire, est-ce que vous avez par cette action mis 10 % de la population dans une situation d’extrême pauvreté ? C’est pourtant bien ce qu’Oxfam suggère dans son analyse pseudo-économique biaisée.

Jugeons Oxfam selon ses propres critères

Oxfam ne met pas en pratique ce qu’elle prêche. C’est une fondation, fonctionnant grâce à des recettes annuelles et aux intérêts provenant de capitaux investis. Oxfam n’est pas différente d’une entreprise classique si ce n’est que les dividendes ne sont pas formellement distribués mais dépensés pour ses projets. Cependant, Oxfam met tout en œuvre, comme pratiquement n’importe quel acteur sur le marché, pour se développer sur un marché spécifique et maximiser la valeur de ses divers actifs. Regardons maintenant à combien s’élèvent les actifs totaux de la branche américaine d’Oxfam, les actifs par tête et le « revenu national » par tête, et comparons cela à la situation de certains pays.

Selon leur rapport financier (p.11), les actifs totaux nets d’Oxfam US s’élèvent aux alentours de 69 M$ (si on regardait toutes les branches d’Oxfam dans le monde, ce serait sûrement beaucoup plus important mais nous ne cherchons qu’à faire une démonstration et non l’audit global de l’organisation). Cela veut dire qu’en tant que personne morale la division américaine d’Oxfam a accumulé à elle seule plus de capitaux que 99,7 % du total de la population mondiale. Certains pourraient rétorquer qu’Oxfam est bien une personne morale et non un individu. Et alors ? L’argent c’est de l’argent, n’est-ce pas ? Nous ne faisons que dire l’évidence : Oxfam détient seule plus d’actifs que 99,7 % de la population. C’est là une concentration de richesses plutôt impressionnante !

Nous pouvons bien sûr diviser ces capitaux par le nombre de salariés (351 personnes). Par tête, le montant des capitaux atteint presque 200 000 $, et c’est encore supérieur à ce que possèdent 92,5 % de la population mondiale.

Pour terminer la démonstration, nous pouvons aussi calculer l’équivalent du revenu national d’Oxfam US. Selon ses bulletins de paie, les rémunérations et les autres avantages perçus par les salariés représentent environ 34 M$ par an (38 % du budget). Ce qui signifie que le revenu national par tête est de presque 97500 $ par an, faisant d’Oxfam US le troisième pays le plus riche au monde. Seuls le Qatar et le Luxembourg sont plus riches. Oxfam US est loin devant le Koweït, Singapour, la Norvège, la Suisse, les États-Unis et la Suède pour ne citer qu’eux. Ça a tout l’air d’être un endroit génial où vivre : « Créer des solutions durables pour lutter contre la pauvreté dans le monde, la faim et l’injustice » fonctionne particulièrement bien pour ceux qui mettent ce programme en œuvre.

Maintenant et bien évidemment, nous jouons avec des arguments démagogues. Mais Oxfam elle-même doit recourir à cette démagogie pour la simple raison que ce n’est pas parce qu’une personne est riche et qu’une autre est pauvre qu’il y a un lien de cause à effet. Si nous mettions Oxfam face à son immense richesse, elle contre-argumenterait probablement ceci : mais nous employons des gens de qualité, nous devons engager ceux qui sont brillants, nous dirigeons une société.

Précisément ! Tout comme ces huit personnes qui concentrent à elles seules plus de richesses que la moitié de la planète. Parmi elles, nous avons Mark Zuckerberg, qui a créé le réseau le plus populaire de l’histoire de l’échange des idées, Jeff Bezos, qui a créé l’une des plateformes de commerce les plus performantes de l’histoire, ou encore Bill Gates dont les contributions à l’industrie informatique sont innombrables (curieusement Gates est l’un des donateurs principaux d’Oxfam). Ces grands entrepreneurs ont fait bien plus pour enrichir des millions de personnes que ne le fera jamais Oxfam.

Nous avons besoin de plus d’entrepreneurs comme ceux-là pour lutter contre la pauvreté et augmenter la richesse de la société. Fort heureusement, c’est ce qui est en train de se passer dans les régions les plus pauvres du monde. Ironiquement, ceci est corroboré par Oxfam elle-même qui rapporte (p.12) qu’entre 1988 et 2011 les 80% les plus pauvres ont globalement connu un taux de croissance de leur revenu bien plus élevé que les 20 % les plus riches, et les infâmes 1 % n’y font pas exception.

Dans tous les cas, ce ne sont certainement pas les huit personnes les plus riches au monde qui maintiendraient les plus pauvres dans leur condition. En fait, c’est tout le contraire puisqu’elles créent une plateforme plus grande, source de croissance future pour tout le monde.

Conclusion

Il est temps pour Oxfam de comprendre enfin que la société n’est pas fatalement un jeu à somme nulle. C’est bien le cas quand l’État prend l’argent d’untel pour le donner à un autre mais pas quand il s’agit du marché. Le marché crée de la valeur ajoutée, il ne prend rien à personne pour le donner à d’autres.

L’interprétation qu’Oxfam fait des données rassemblées par le Crédit Suisse se fonde sur une vision de l’économie épouvantable. Intuitivement, Oxfam le sait bien sûr vu qu’elle possède beaucoup d’argent grâce aux capitaux employés. Pourquoi faire ça ? Pourquoi concentrer des millions de dollars sous la forme de capitaux alors qu’il y a tant de pauvreté dans le monde ? Apparemment, Oxfam croit en une certaine forme de création de valeur qui peut être obtenue via la concentration, la possession et la gestion de capitaux. Dit autrement, Oxfam valorise sa propriété privée et essaye d’en faire la meilleure utilisation possible.

Et vous savez quoi chère Oxfam ? C’est précisément ce que font les entrepreneurs qui ont réussi. Vous n’imaginez pas combien il existe de biens produits en masse auxquels il est peu coûteux d’accéder grâce à cet état d’esprit.

Traduction Contrepoints

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